Archives par mot-clé : La marche à l’amour

Tatouage collectif – vers 175

Un nouveau participant s’est fait tatouer et m’a fait suivre quelques mots avec sa photo…

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Ce verset est un peu comme un appel de l’âme de chaque humain (même chez la personne pour laquelle j’éprouve de la difficulté à aimer) un acte d’humilité, d’aveu face à la constatation du besoin d’amour auquel chaque humain aspire. Merci du privilège de participer à ce projet qui a créé un esprit de communauté chez nous. J-LM

Jan-Léopold Munk, Sherbrooke, QUÉBEC [no175 – je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi]

Tatouage collectif – vers 144

À la suite de l’article publié sur LaPresse+ samedi dernier, plusieurs participants se sont manifestés. Nous avons un premier tatouage de cette nouvelle cuvée de marcheurs à nous mettre sous la dent. Le tatouage de Jean-Pierre Rouillier, tellement d’occasion, avec le froid automnal qui commence à se faire sentir. Projetez-vous donc dans l’hiver et ses inspirations [expirations] avalanches… jeanpierre_rouillier_web

Jean-Pierre Rouillier [no144 – s’exhalera le froid natal de mes poumons] / tatouage : Marie-Christine Gauthier – F is the key

Journée de marde, fin de semaine de miel…

Quelle semaine étrange! C’était le festival des montagnes russes émotionnelles. Avec la grisaille – les brumes charriées par la Charte de la laïcité – ma cheville enflée. Parce que mardi je traînais le motton. Le genre de peine qui est un mélange de nostalgie, de fatigue et de découragement-passager-face-à-l’espèce-humaine-en-général. J’étais dans un café. Je finissais de lire un courriel qui me foutait encore plus le cafard et je me suis dis, ça suffit, je retourne à la maison m’enrouler sur mon divan dans une grosse couverte épaisse. Je me lève et comme ça faisait un bon moment que j’avais la jambe croisée, je réalise que ma jambe droite est complètement engourdie et qu’elle ne supporte juste pas mon poids. Je me suis étalée de tout mon long en plein milieu du café. Ce genre de matin-là, de jour de marde-là. Deux hommes sont venus me relever ou plutôt, me rassoir sur une chaise, parce que je ne sentais toujours pas cette jambe sur laquelle j’avais mis tout mon poids. Ils sont repartis aussi vite qu’ils sont arrivés. Et moi j’essayais de leur expliquer que je ne sentais toujours pas ma jambe. Et l’un des deux hommes m’a dit d’attendre, de me reposer, que ma jambe allait revenir. Et j’étais seule au milieu de gens qui continuaient de siroter leur café comme si de rien n’était. Et j’étais sous le choc, alors je me suis mise à avoir des sueurs froides et à trembler et je croyais que j’allais m’évanouir. Et je me disais : « si je tombe de nouveau, est-ce que quelqu’un va me ramasser? » J’étais loin d’en être certaine. Alors je me concentrais sur ma respiration et j’avais une très très grande envie de pleurer. Je suis restée là sur ma chaise à avoir un peu peur de me relever parce que j’avais les oreilles qui bourdonnaient et ce sentiment que l’on a avant de tomber dans les pommes, de n’être pas tout à fait présente et que le sol se dérobe tranquillement sous nos pieds. J’ai attendu. J’ai bu un verre d’eau que la serveuse m’a apporté au bout d’une quinzaine de minutes. Je me suis dit que je devrais trouver un autre café où travailler. C’est vrai que je suis un peu comme un chien dans un jeu de quilles dans ce café où il y a des machines vidéo-poker occupées dès 9 heures le matin. Mais nous sommes tous humains, non?

Une fois partie, j’ai boité toute la journée sur une patte qui ne collaborait qu’à moitié. J’avais des échéanciers à rencontrer et un bébé à aller chercher à la garderie. Le bébé en question commence à marcher, à courir même. Elle n’apprécie plus trop d’être dans sa poussette parce que c’est beaucoup plus amusant d’explorer le monde debout. Bien sûr, je n’étais pas trop équipée pour courir derrière un bébé et j’ai installé hibou dans sa poussette et elle pleurait pour en sortir et c’était comme ça pendant tout le trajet d’autobus. Avec bébé qui pleure et les gens de l’autobus qui me regardaient l’air de dire : « faites quelque chose madame, votre bébé pleure. » Et moi qui avais encore une fois le goût de pleurer et de prendre un porte-voix pour crier : « elle veut marcher et pis, non, je peux pas la sortir de sa poussette dans l’autobus et pis j’ai eu une journée de marde et pis j’ai la cheville grosse comme un melon et pis si vous continuer de me regarder de même, comme si vous aviez jamais entendu un bébé pleurer… je vais vomir. »

Heureusement, tantie est venue m’aider avec le souper et le bain et du rhum&coke bu dans des pots Masson. Pour ceux qui veulent savoir, tantie, c’est pas ma soeur. C’est comme ma soeur, mais c’est pas ma soeur, mais c’est la tantie de bébé-hibou quand même. Me semble que c’est pas si compliqué à comprendre. Le genre de concept famille élargie. Parce que les liens naissent pas toujours aux endroits prévus. Pis que c’est vrai que ça prend un village pour élever un enfant. Surtout quand t’es monoparentale, pis que des fois, t’as le pied comme le coeur, c’est-à-dire, un peu à l’envers.

Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. – Marie Curie

Je ne sais pas de quoi nous avons tant peur? Je ne comprends pas cette « menace » qui, dit-on, plane sur notre identité? Je suis entourée de gens qui viennent d’ailleurs et à leur contact, je ne me suis jamais perdue, bien au contraire. Je ne suis pas devenue musulmane, malgré toutes les discussions sur l’Islam avec Hamed. Je demeure encore et toujours athée. La religion n’est pas trop mon bag, pour toutes sortes de raisons, mais principalement à cause de ce qu’en font les institutions religieuses et aussi, parce que je suis le produit d’un contexte social où la religion a été évacuée après avoir été castrante pendant des années. Mais je ne crois pas que l’intégration est possible lorsqu’on dicte nos valeurs sans s’intéresser à celles des autres. Et honnêtement, à travers toutes les discussions avec Hamed, si j’ai appris une chose, c’est que nous ne sommes pas si différents, parce que, chacun à notre façon et avec des moyens différents, nous essayons, surtout, de trouver du sens à ce monde vraiment complexe. Ce que j’entendais dans les mots d’Hamed, c’est le réconfort et l’espoir à travers la prière, la force de continuer d’avancer dans un monde absolument injuste et inéquitable. Et ça c’est très beau.

Par ailleurs, il faut vraiment arrêter de dire comment c’est don’ important pour nous l’égalité entre les hommes et les femmes. Pas que ce ne le soit pas, mais come on, je l’ai déjà dit ici, les femmes immigrantes mettent 20 ans à acquérir les mêmes conditions de travail que les femmes nées ici. Et là je pourrais vraiment facilement en rajouter une couche en vous rappelant que les femmes nées ici n’ont pas les mêmes conditions salariales que les hommes! Alors, ça vous paraît pas évident à vous que le meilleur moyen de transmettre des valeurs et de convaincre les nouveaux arrivants d’y adhérer c’est sûrement des les mettre en pratique et d’être cohérents avec ces dernières. Le jour où nous déciderons d’offrir de bonnes conditions de travail aux gens que nous accueillons, je crois nous aurons déjà fait un pas vers un véritable « vivre-ensemble ». Est-ce que cela nous amènera à changer? Très certainement. Mais le monde change, non? Et nous demeurons tous humains, non? Et la diversité c’est magnifique!

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hibou_webSur une note plus joyeuse, un article de Sophie Allard sur le projet de tatouage poétique LA MARCHE À L’AMOUR est paru samedi le 14 septembre sur La Presse+. Depuis, des participantes ET participants se manifestent pour prendre part au projet. Ça fait vraiment chaud au coeur de voir le poème de Miron prendre vie sur la peau de gens de tous âges, hommes et femmes. En espérant pouvoir me lier poétiquement pour la vie à encore plus de gens, d’horizons divers. Et attendant, je vous montre, en primeur, mon tatouage (dessiné par Jean-Christophe Diehl) auquel j’intégrerai les mots de Miron. Puisque, très ironiquement, je suis tombée enceinte au moment de mettre le projet LA MARCHE À L’AMOUR en ligne et que je ne pouvais me faire tatouer avant que bébé soit sevré. Au plaisir de vous montrer mon tatouage en vrai très bientôt. À suivre…

C’est quoi l’Amour? Tatouage collectif – vers 132, 133, 134, 135, 137 et 138

Eva m’a dit de regarder le film AMOUR de Micheal Haneke. Eva est partie d’Autriche depuis plusieurs années, elle a son atelier à Montréal au Chat des artistes et elle est pétillante et drôle et bourrée de talents. Elle m’a dit donc de regarder tous les films de Haneke et de lire Thomas Bernhard.

En regardant le film j’avais ce noeud dans l’estomac. Dans le film, un couple d’octogénaires apprivoisent leur fin de vie, avec tout ce que ça implique de difficultés : dégénérescence physique et intellectuelle, isolement, couches et retour aux purées. Un huis-clos dans un appartement bourgeois où le corps du personnage féminin se transforme graduellement en prison de chair. Elle ne peut plus marcher, ne peut plus parler. Elle s’accroche à de vagues souvenirs et des musiques, lorsqu’elle est lucide, sinon elle n’est plus qu’une enfant effarouchée, une parodie démaquillée d’elle-même. Impossible de ne pas imaginer que ces deux personnages sont mes parents dans un avenir rapproché. Et c’est la force du film, nous mettre en plein visage notre finalité et celle de nos proches. L’absurdité  et l’urgence de la vie, qui n’a de valeur que parce que nous sommes mortels.

Comment conserver une forme de dignité humaine dans ce retour à une forme de dépendance envers les autres? Jamais le mot « euthanasie » n’est mentionné dans le film et pourtant, quel plaidoyer en faveur de celle-ci.

………. Alors c’est quoi l’amour dans un tel contexte?

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C’est quoi l’amour sinon marcher en regardant dans la même direction?

J’en profite pour publier les photos des magnifiques tatouages de Maïka Houde, participante au projet de tatouage collectif LA MARCHE À L’AMOUR et tatoueuse (https://www.facebook.com/TattoobyMaika?fref=ts). Quelques images à vous mettre sous la dent donc, en attendant le reportage de Sophie Allard dans la Presse de samedi prochain!

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Maïka Houde, Montréal, QUÉBEC [no132 – je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi] et [no133 – avec la rumeur de mon âme dans tous les coins] et [no134 – je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang] et [no135 – haletant] et [no137 – et dynamité] et [no138 – de petites apocalypses]

Tatouage collectif – vers 58

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« Parce que j’ai dans la tête et le cœur ces étalons qui se bousculent et qui vont à fond de train…
Aucune demi-mesure. Aucune autre façon possible  de vivre/d’aimer /de partager  que de le faire intensément.
L’intensité comme partie intégrante de ce que je suis, de ce que je fais!
Tout simplement parce que « j’ai un cœur de mille-chevaux vapeur ». »

AnnieC, Montréal, QUÉBEC [no58 – j’ai un coeur de mille chevaux-vapeur]

Tatouage collectif – vers 116

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« Pourquoi Gaston?

Simplement parce qu’il évoque avec ses mots ce qui nous dévore l’âme par dedans et ce qui nous éblouit par dehors. Il dit les choses. Il nomme juste, il nomme bon.

Par ce temps profus d’épilobes en beauté
Un tatouage est un affront au temps. Le temps a beau utiliser ses meilleures cartes en défilant plus vite que nous le voudrions, le tatouage s’inscrit dans un continuum qui permet une mémoire personnelle et intemporelle, une mémoire qui ne s’effacera pas.

Par ce temps profus d’épilobes en beauté
À mon sens, la profusion est significative d’abondance, d’extrapolation, de surplus, mais également et surtout de passion et d’intensité. C’est gros, grand, bon, doux, c’est englobant.

Par ce temps profus d’épilobes en beauté
C’est la plante de par chez moi. Le Nord.
Robuste et délicate à la fois, elle s’élève aussi haut qu’elle le peut afin d’obtenir ce qu’elle désire : sa part de soleil. L’épilobe meurt, mais ses nombreuses graines restent viables dans le sol pendant de nombreuses années.

Par ce temps profus d’épilobes en beauté
Parce que dans un monde où il est facile de voir tout ce qui ne va pas, tout ce qui est laid, remarquer la beauté d’un moment, d’une personne, d’une action ou d’une envie est légitime et souhaitable. Apprendre à aimer le beau.

Ce tatouage? Pour moi, c’est tout ça. Il s’agit de convictions profondes qui se devaient d’être tatouées au près de mon cœur, sous mon sein par fierté d’être femme. C’est l’envie d’aller aussi loin au creux de mes rêves, de mes désirs, mais également de mes peurs. Avancer à vive allure par la douceur de mon humanité. Parce qu’il fait si beau et que la vie est si intense! Parce que les possibilités et les capacités sèment des racines qui pousseront tout partout. Par ce temps profus d’épilobes en beauté

Pourquoi on ne le ferait pas? »

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M.B., Montréal, QUÉBEC [no116 – par ce temps profus d’épilobes en beauté]