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Des ricochets

Le projet Vocalités vivantes de Rhizome est [littéralement] en route depuis le début août. Le projet de caravane envisage différentes escales coast to coast, qui navigueront en poésie autour des thématiques de la langue, de la diversité, de l’identité, des origines et de la francophonie. Le projet s’articule aussi à partir du texte « Le vivant », de Carl Lacharité, revisité par différents auteurs au fil du voyage.

Pour notre plus grand plaisir, Jean-Yves Fréchette tient un journal de bord. Dans son dernier article (ici) il s’intéresse notamment à la question intertextuelle, à l’exercice de réécriture initié par Rhizome.

Vocalités vivantes pose une question essentielle : quel est le statut d’un texte source devant ses textes cibles ? Par quelle(s) opération(s) passe-t-on de Le vivant de Carl Lacharité au texte de Jonathan Roy, de Georgette LeBlanc ou, ici à Edmundston, à celui de Mychèle Poitras à ’El vivant ? Comment pourrait-on nommer ces procédés qui font glisser les mots d’origine, celui du texte tuteur, à ces autres textes générés après-coup. Pastiche ? Hybridation ? Transcodage ? Traduction ? Adaptation ? Apprivoisement ? Appropriation ? Le passage de l’un aux autres est à la fois subtil et complexe fait d’élisions de passages escamotés, d’emprunts ou substitution de rythmes, d’expressions, de mots ou de lettres.

Tout cela correspond sans doute à l’activité de réécriture proposée par Vocalités vivantes, mais j’aimerais mieux dire qu’il s’agit ici d’une heureuse machination complice qui mène à un beau traficotage du texte tuteur sans ne jamais rien perdre de l’essentiel du sens. Le texte source apparaît ainsi comme un artefact échantillonné qui s’inscrivant dans un acte de réappropriation respectueuse. En fait, s’il y a transfert de forme et de sens, c’est qu’il y eut d’abord en aval un travail d’intériorisation du texte de Lacharité. (JYF, journal de bord jour 2)

Les réflexions liées à l’intertextualité m’intéressent et me ramènent jusqu’à mon [ma] mémoire. Tous les textes sont tissés les uns aux autres de façon plus ou moins avouée ou évidente. Au-delà de nos influences de lectures, ou de notre généalogie littéraire, l’intertextualité permet d’afficher nos couleurs, de faire écho à d’autres auteurs, de s’associer, de rappeler comment les idées et les mots sont en mouvement et sont liés. Le projet Vocalités vivantes illustre bien, à mon avis, comment l’écriture est ancrée dans nos parcours, dans l’espace et dans nos rencontres. Continuer la lecture de Des ricochets