s’appartenir

Je suis toujours bercée dans le ventre de ma mère. Protégée par cette main dans mes cheveux qui s’invente violon. Une main bonne pour pétrir du pain. Violence d’odeur de brûlé. Et dire que certains ventres ne se laissent pas connaître et que nous pouvons ne vivre que dans les proverbes. Sauve-toi dit la petite voix… avant d’être vieille et chauve.

J’ai l’avoir et l’être dans plusieurs temps et espaces. Je suis l’hiver dans une fenêtre. Langage amélanchier de par lignée. Mobile à bicyclette. Pour desserrer les poings. Pour échapper la colère d’un monde gravier. Ouvrir les mains sur le guidon. Coudonc. Rouler. Guidons. Le vent me baigne, me draine. Je suis en vie. À chaque coup de pédale, le fleuve remonte mon cœur chamade.

J’habite le territoire et le territoire m’habite. Dans la blancheur, la peur. Toujours. De tout. De ne pas être aimée. D’être aimée. De l’argent. Du noir. De la fin des arbres. De l’intolérance. De l’incompétence des monstres. De l’inconnu. De marcher à talons hauts. De ne pas être à la hauteur, incapable, fatiguée. De rater ma meringue. De perdre mes clés. De manquer de courage. Tellement fatiguée. Éphémère assoiffée.

Est-ce qu’on choisit quoi que ce soit? Sinon toi! Le petit engrenage manquant. Tu trembles en moi dans nos cent familles. Et les souvenirs remontent à la surface. La mémoire en construction à travers les diapositives émiettées et les exagérations maternelles. Même ma mémoire ne m’appartient pas.

Elle me raconte moi, debout dans la cuisine. J’ai des pantoufles en phentex rouge. Dans un rayon de lumière, les cheveux auréolés. Est-ce que ce sont mes cheveux ou ceux de ma fille? Ma fille aux mêmes reflets irisés. Une cuisinière jaune, une table de cuisine métallique. Des rideaux cousus à la main. Rien de made in china et un téléphone à roulette.

La vie est courte. Arrache-moi le chiendent enraciné dans ma panse ciment. Crache pendant que je cours avec le typhon dans mes tympans silants. Silence vacant. J’ai perdu mon chemin depuis qu’une application a remplacé les cartes géographiques. Te souviens-tu du nom des rues? Marche-moi avant que je meure étouffée par ce masque sensé me sauver de mon cancer.

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