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Métropolitain encadré

Depuis que je travaille sur le projet PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL, étrangement, j’ai appris à apprivoiser le boulevard métropolitain. J’ai commencé en flânant sous ce dernier, entre les rues Papineau et Saint-Michel. Au départ, comme tout le monde, je ne voyais qu’une cicatrice, une cassure, une censure du paysage. C’est bruyant, c’est poussiéreux, c’est sûr. Mais j’y ai découvert, l’hiver, un endroit protégé du froid. Je m’y réfugiais pour marcher et j’ai commencé à y prendre des photos et des captations sonores. Les lumières, les lignes, les bruits du trafic, qui s’apparentent aux bruits de l’océan lorsqu’on ferme les yeux. Les oiseaux qui nichent dans le coin d’Iberville, les trombes d’eau qui débordent en chutes lorsqu’il y a pluie. Autant de surprises qui font de l’autoroute un personnage du quartier. Un personnage en mouvement. Je me suis surprise à déambuler avec plaisir sur cette frontière, qui coupe le quartier en deux et délimite le nord et le sud. Une porte d’entrée vers d’innombrables découvertes, cette impression d’être funambule sur le fil des souvenirs et des espaces. Au sud : la bibliothèque-piano, les accents du Maghreb, la caverne d’Ali Babaroque du Marché aux puces. Au nord : le centre environnemental, les gourmandises de la rue Charland, les phares comme la TOHU et la Maison d’Haïti. Partout des ruelles vertes, une toponymie avec une mémoire, des communautés culturelles multiples, une vie communautaire active, la culture qui prend l’air, des familles, des entrepreneurs, des aînés, des rêveurs…

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Tatouage collectif – vers 6

Florence Hellin [no6 – avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif] / tatouage : Capitaine Plume, Deuil Merveilleux

Bonjour !

Après avoir choisi mon vers (« Avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif ») il y a plus d’un an, le voici enfin sur la peau !
Il a été réalisé par la tatoueuse Capitaine Plume, au salon Deuil Merveilleux de Bruxelles 🙂
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Et les lilas en fleurs!

Avec le projet Parcours géopoétique, j’effectue avec différents groupes d’aînés du quartier des safaris-photos à pied où nous nous exerçons à voir autrement, à capturer des sons et des conversations. J’adore cet exercice qui me permet à chaque fois de constater que nous ne vivons pas dans une réalité unique. Nos regards sont distincts, nous cadrons différemment des détails-sujets différents, sous des lumières différentes. Une surprise chaque fois que nous visionnons nos photos de réaliser que, malgré le fait que nous étions dans un même lieu au même moment, non seulement nous n’avons pas vu les mêmes choses, mais que certains-certaines ont vu des choses que d’autres n’ont pas vues. À force de faire les touristes dans notre propre quartier, nous avons développé l’art de voir autrement et nous tentons de transposer ce voir autrement dans nos projets artistiques collectifs.

Ce vendredi il m’est arrivé quelque chose de drôle. J’ai réalisé, en marchant dans le nord de Saint-Michel, que j’habitais, il y a 10 ans, exactement à deux pas des Habitations où je donne un atelier. La track de chemin de fer clôture tellement bien le quartier que je n’avais pas réalisé la proximité de mes deux lieux d’adoption à 10 ans d’intervalle. Je marchais vers mon ancien appartement au sud d’Ahuntsic en traversant un parc qui voisinait mon ancien chez moi et que je reconnaissais à peine. Étrange comment la mémoire et l’imaginaire se tiennent la main. L’imaginaire au service des trous de mémoire, j’imagine? Le parc m’apparaît aujourd’hui beaucoup plus grand, immense, que dans mon souvenir. J’avais oublié le passage du train parce qu’à l’époque je regardais vers l’ouest plutôt qu’au sud. J’avais oublié le détail des commerces environnants. Je n’ai jamais eu la curiosité de traverser, à l’époque, les frontières et cassures qui encerclent Saint-Michel et le morcellent. En revenant à la maison par le complexe environnemental à pied, j’avais les oreilles remplies d’oiseaux et d’avions. Les uns volant localement et les autres arrivant de destinations plus éloignées. Ça m’a ramenée au souvenir des photos de notre participant, François, qui a des vues aériennes de l’ancienne carrière Miron. Cette fois donc, où François était lui-même un oiseau.

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Tatouage collectif – vers 39/40/41/42

Émilie Cadorette [no39 – la détresse n’est pas incurable qui fait de moi] et [no40 – une épave de dérision, un ballon d’indécence] et [no41 – un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions] et [no42 – profondes]

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Bonjour! Alors il y a déjà un peu plus d’un mois que je me suis fait tatouer mes vers: « La détresse n’est pas incurable qui fait de moi une épave de dérision, un ballon d’indécence un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes » C’est un ami qui m’a tatouée dans sa chambre très intimement et c’était très important pour moi, En tout premier lieu, ce tatouage exprime quelque chose de très intime, émotionnel et personnel à moi. Il me rappelle chaque jour qu’il ne sert à rien pour moi de vouloir tout laisser tomber, que la tempête passera. J’aime le fait que malgré que ça soit très personnel, mes vers tatoués font partie d’un tout et sont connectés à d’autres personnes. Finalement, l’élan passionnel du poème lié à Montréal résonne vivement avec moi, c’est pourquoi je suis très heureuse de faire partie du projet. Merci de tout coeur pour l’idée! Émilie Cadorette, alias Milie Cado

La chaussure retrouvée

Nous sommes parties en navette avec Yvan comme chauffeur. Il y avait une petite neige dehors qui jetait un voile supplémentaire sur les choses. La réalité nous apparaissait derrière la vitre en accéléré, les portes et les adresses défilaient et Yvan connaissait bien notre itinéraire. Il bravait tempête, obstacles et rues étroites pour nous amener faire le tour du quartier. Nous sommes d’abord allés chercher Monsieur Fortuné chez lui et avons mis le cap vers chez Madame Desroches, qui habite une maison avec un élévateur extérieur facilitant ses déplacements en fauteuil roulant. Elle demeure tout à côté d’une grande église, Notre-Dame-de-la Consolata. Une église qui laisse passer les peines jaunes et les rayons de soleil.

En filant vers chez moi, nous avons croisé un escalier bleu sur fond de briques orange, des portes en arches, des murales taggées et des appliqués de céramique en forme d’icônes religieuses semblables à des tsars sous notre neige Sibérie. Chez Monsieur Boisvert, la voisine nous épiait en balayant la neige. Monsieur Boisvert nous a dit qu’elle le watche tout le temps. Un peu voyeuse, comme nous l’étions tous face au quartier dans cette promenade roulante.

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Rosebud

tuqueWEBNous marchions dans la neige avec Mathilde dans sa petite luge. Nous marchions dans Saint-Michel à la recherche d’une église, l’église de Monsieur Fortuné. Monsieur Fortuma Fortuné demeure près de chez moi, c’est mon voisin depuis deux ans, mais je ne le connais que depuis la semaine dernière. Je l’ai rencontré au Centre d’hébergement des Quatre-Temps, dans le cadre du projet Parcours géopoétique Saint-Michel. Il m’a montré sa maison sur une photo prise via google map et j’ai reconnu au-dessus de chez lui le clocher de l’église Saint-Mathieu. C’est à ce moment que j’ai su que nous étions voisins, en retrouvant ce repère, ce lieu-phare que j’observe chaque fois que je prends la ruelle pour me rendre au métro d’Iberville.

Monsieur Fortuné fait partie du groupe « Neuro ». Il a eu un accident vasculaire cérébral qui lui a laissé une langue joueuse de tours. Lors d’une attaque cérébrale, selon que ce soit le côté gauche ou droit du cerveau qui est touché, l’individu est affecté plus ou moins sur le plan de la motricité, de l’équilibre ou de la parole. Monsieur Fortuné a des défis d’élocution. Il vient tous les mercredis matins au Centre pour rencontrer Marie, son ergothérapeute-artiste-peintre. Il fait des exercices et danse sur du Joe Dassin. Il dessine des fleurs en plein hiver. Nous communiquons difficilement avec sa langue qui fourche et moi qui parle tout le temps, sans arrêt. Mais j’apprends à écouter et à lire sur les lèvres et dans les yeux. J’apprends.

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Tatouage collectif – vers 119

Lorsque la famille passe à l’encre, ça fait toujours chaud au coeur… voici le magnifique tatouage d’Annie-C, un bracelet-d’écriture sur le bras [no119 – harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes] | tatouage Maïka Houde de Tatouage Royal

Harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
À vrai dire, je ne sais pas trop pourquoi je me suis accrochée à ce vers. Au départ, c’était seulement pour la beauté de ses mots : l’Harmonica, sa mélodie et la nostalgie qu’elle porte par moment.  Le monde comme planète, son immensité, sa diversité. Mais le monde comme les gens, la foule dense et riche. Et puis le passage, le pas vers l’avant…

En le portant cet harmonica, on dirait qu’il prend un nouveau sens.  Ce qui me reste en tête c’est l’idée de la transformation au passage, à la rencontre de l’Autre. Céder pour se renouveler… et si cet harmonica c’était moi…

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