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Médiations

La main à la pâte et poésie on the side…

Je suis en train de lire Testament de Vickie Gendreau. Tu te dis que je suis en retard dans mes lectures. Ben oui, je suis en retard d’un an. Chu en retard pis j’ai mal au ventre et aux poumons. Est-ce ma fibre hypocondriaque qui me rappelle le goût de ma propre mort, ma propre finalité? Est-ce l’empathie littéraire? Est-ce le fait de savoir que Vickie Gendreau n’est plus?

Tout est impératif maintenant dans ma vie. C’est probablement la dernière peine d’amour que je vis. Ça fait mal les dernières fois, c’est vulgaire la vie. J’aimerais au moins pouvoir chiller pendant quelques semaines dans la bibliothèque avec Genet et Guyotat. Je ne vous casserai pas trop les oreilles. Mes histoires ne fonctionnent jamais C’est pour ça que j’aime la poésie, c’est toujours infini. Les gens qui finissent leurs poèmes par un point, je m’en méfie.

Ça sent l’autofiction, mais tout le monde fait de l’autofiction. Chacun ne parle que de soi au final et de l’autour de soi. Même Tolkien dans le Seigneurs des Anneaux avec sa phrase célèbre : « Bilbo le Hobbit, c’est moi. » On parle de notre passé et de ce qui s’en vient. Des prophéties-trash-égocentriques-d’humains-craquelés. Parce qu’il n’y a qu’une seule issue pour tous et que la tragédie est ambiante et spectacle. C’est pour ça que les gens vont à Lac Mégantic et qu’ils s’arrêtent au dépanneur pour demander au commis : « c’est où le meilleur point de vue pour observer la zone rouge? » La tragédie est ambiante et spectacle.

Je me promène et je vois un oisillon tombé de son nid qui se fait bouffer par une centaine de mouches – une fenêtre ouverte avec un mur tapissé de femmes nues. À la radio on annonce qu’une femme de 67 ans s’est fait battre à mort sur la rue Saint-Laurent par un homme à qui on venait de refuser l’accès dans un bar. Ça goûte la nicotine dans ma bouche pis je fume pus depuis 5 ans. La gorge nouée.

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2013-07-12-12.52.04_webmaquette de Charles-Hugo Duhamel

Sur une note plus joyeuse, toujours dans le cadre du projet de médiation de LA FALLA 2013, nous avons commencé à mettre la main à la pâte (à la colle!) avec nos participants de 3 HLM. Nous avons modelé des motifs de bas-reliefs pour orner les panneaux de nos lanternes et recouvert le tout de papier falla. D’un HLM à l’autre les projets sont différents et se personnalisent. Les participants de Des Carriers font des soleils haïtiens. Élucille – Marie-Vénus – Emma – monsieur Coulanges – Maude… les humains se multiplient à chaque séance.

Fanal
Ti-moun se promène nus pieds avec son fanal
ses fanaux
comme une veillée aux chandelles
une procession ludique
un chemin écho tracé de soleils-soirées
une guirlande de maisons de soie
des frères arc-en-ciel : blanc, jaune, noir, rouge
qui éclairent une nuit noire de lune ronde
une nuit chaude
pour écrire des phares-acrostiches
à la lueur de réverbères de papier
à la lumière de feux d’artifices
des bougies baleines
qui remplacent l’électricité
verre d’étoile orangée
fermer les yeux
le mot « soleil » chuchoté

Les participantes de Laure-Conan ont travaillé à partir de moules. Annette nous a raconté comment elle avait appris à faire des sucres d’orge à seize ans avec l’aide d’une soeur. Cette même soeur lui a légué sur son lit de mort ses moules en métal et un livre de recettes. Des recettes patrimoniales de beignes, de sirop contre la grippe, de ketchup de fruits. Un livre magnifique aux pages jaunies écrit à la main, à plusieurs mains. Avec une Sainte Vierge en couverture, plastifiée avec des coutures. Un trésor de souvenirs et d’émotions.

Enfin, à Emmaüs, les motifs étaient variés : arbre – pizza – capteur de rêves – visage. C’est beau de voir comment les gens qui terminent en premier donnent un coup de main à ceux qui sont plus lents, moins habiles ou qui ont des projets plus ambitieux. Ainsi on s’assure que le travail de tous est terminé à temps à l’aide d’une sympathique solidarité.

2013-07-24-12.47.40_webDu côté des chapiteaux, les structures avancent, les personnages se multiplient aussi et les canards passent aux pinceaux. Le tout est INCROYABLEMENT beau et les gens s’investissent tellement dans le boulot qu’il y a fort à parier qu’ils ne voient même plus l’étendue de la beauté et du travail générés. Les professionnels et les falleros se concentrent sur tout ce qu’il reste encore à faire. Le temps commence à être moins présent. L’embrasement c’est pratiquement demain! Serez-vous avec nous pour les journées du 15-16-17 août? Programmation disponible sur le site de la TOHU et sur la page facebook de LA FALLA 2013. Fête au village le jeudi 15 août – Soirée urbaine métissée le vendredi 16 août – Clotûre de LA FALLA le samedi 17 août à partir de 17 heure.

La semaine prochaine je vous raconte le mythe de la création du monde selon les Hurons-Wendat qui est à l’origine de la thématique de LA FALLA de cette année…

Chronique, Moments-môman

Ces ficelles qui nous lient

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Vickie Gendreau est morte hier matin. Celle dont on a tant parlé, parfois tellement bien, de manière tellement intense et touchante. Vickie Gendreau est morte à 24 ans d’une tumeur cérébrale. Roulette russe débile, 1-2-3 cancer. L’auteur de Testament, publié au Quartanier et écrit dans l’urgence d’une vie en sursis. Morte un peu plus d’une semaine après la mise en lecture de Drama Queens, roman à paraître à titre posthume. C’était à l’Espace libre, avec la famille et les amiEs poètes. 24 ans c’est trop jeune pour mourir. Et c’est trop jeune pour perdre une amie. Le 30 avril dernier j’aurais beaucoup aimé aller à la lecture publique, non pas pour voir Vickie Gendreau que je ne connaissais pas, mais pour entendre Érika Soucy. Je n’étais pas trop à l’aise avec l’idée d’assister à la « pièce ». J’aurais eu l’impression d’être voyeuse du mélodrame, de la mort annoncée. J’aurais eu l’impression d’être dans la cuisine de l’auteur, sans invitation, de manger les sandwichs pas de croûte de Catherine Cormier-Larose et de boire les larmes de Mathieu Arsenault. Décalée, le chien dans le jeu de quilles. Mais j’aurais don’ voulu être là pour entendre les mots de Vickie dits par Érika. Parce que ça prend tellement de courage pour lire les mots d’une amie qui meurt. Beaucoup de courage et beaucoup d’amour.

Je n’y étais pas parce que je devais faire une présentation en classe devant un groupe d’une vingtaine de femmes-artistes de disciplines diverses. Parmi ces merveilleuses femmes passionnées, Geneviève « les beaux yeux », qui elle aussi venait de perdre une grande amie à cause du cancer. La fille en question, Élise Leroy, avait la jeune vingtaine aussi. Geneviève me racontait comment son amie était allée à l’hôpital à la suite d’un accident (de vélo? de voiture?) et que des examens avaient révélé la maligne. Arrivée à l’urgence sous un prétexte et repartie avec une sentence de mort, il y a de cela à peine quelques semaines. Geneviève avait passé la fin de semaine dans le bois à apprivoiser son deuil. Elle avait les yeux tristes, mais personne n’aurait pu deviner qu’elle avait perdu une amie proche si elle n’en avait pas parlé. Triste mais forte. Je me disais : « coudon’ tout le monde meurent comme des mouches! » Je me disais que je ne connais pas ça la mort, n’ayant perdu que mes grands-parents. Je me disais que la seule personne de mon âge que j’ai connu et qui n’est plus, c’est Steeve Michaud.

J’ai travaillé avec Steeve Michaud pendant 5-6 ans et ensuite nos routes se sont séparées. Steeve avait déménagé à Rimouski où il était directeur d’un laboratoire de recherches pharmaceutiques. Il avait un jeune garçon, il faisait du sport en plein-air, prenait soin de sa santé mentale et physique et puis BANG, je vous le donne en mille, cancer! Comme je l’ai raconté à Geneviève la semaine dernière, j’ai appris que Steeve est mort en même temps que j’ai appris que j’allais donner naissance. La vie – la mort.  J’étais chez moi, j’avais acheté un test de grossesse et mon feeling était que j’étais enceinte. Pis je me disais : « est-ce que je veux vraiment être enceinte? Est-ce que ça serait une bonne nouvelle? Ça fait 10 ans que je veux un bébé, mais déjà ça s’annonce compliqué. Le papa déborde pas de joie ni d’amour. Il a la tête ailleurs, il brille par son absence comme qui dirait. Tout ceci est tellement souhaité et encore plus… imprévu. Tellement, que j’y croyais même pus. Je sais ben que ça aurait été une bonne idée de fréquenter le papa assez longtemps pour savoir ce qu’il met dans son café avant de faire des bébés. Pourquoi je fais toujours toutt dans le désordre? Pourquoi je prends des cours d’espagnol après un voyage au Guatemala plutôt qu’avant? Pourquoi j’ai le goût de boire du café avant de me coucher? » Et c’est à ce moment que j’ai reçu le courriel qui m’annonçait la mort de Steeve…

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Ce courriel était comme un coup de poing dans face. La mort qui se rapproche, qui te nargue, qui te rappelle que personne est immortel. J’avais tout à coup une espèce d’urgence [de devoir] de vivre maintenant. Pis je me disais que, finalement, c’était une bonne idée de faire des enfants. Ça tombait bien…. puisque le test était positif le lendemain matin.

Parfois j’ai l’impression, encore aujourd’hui, de croiser Steeve. Ça ne dure que quelques secondes et puis je me souviens qu’il est mort. Trop tôt. Je vais aller m’acheter Testament et le lire en tutu rose pis ensuite je vais peut-être me remettre à faire des enfants. Comme une roulette russe débile, 1-2-3 cancers, comme un bingo macabre. L’aléatoire qui frappe pis qui jette à terre tout un réseau immortel qui tient par des ficelles. La vie – la mort. Les petites lueurs-mémoires qui s’allument comme des flammes de chandelles, pis qui vacillent pas, protégées du vent, par en dedans. En ce moment tout est en fleurs à Montréal, des lilas, des pommetiers. Des bouquets géants pour des mamans qui ont perdu un enfant. Trop tôt. La maman de Steeve Michaud, d’Élise Leroy et de Vickie Gendreau. La mort. Mais avant, faisons lui un gros pied de nez, la vie exagérée, le baroque rythme de vie, gros rire gras – collections d’émotions trop fortes – poésie comme mode de survie. Tins toi!