Archives par mot-clé : parcours géopoétique

Métropolitain encadré

Depuis que je travaille sur le projet PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL, étrangement, j’ai appris à apprivoiser le boulevard métropolitain. J’ai commencé en flânant sous ce dernier, entre les rues Papineau et Saint-Michel. Au départ, comme tout le monde, je ne voyais qu’une cicatrice, une cassure, une censure du paysage. C’est bruyant, c’est poussiéreux, c’est sûr. Mais j’y ai découvert, l’hiver, un endroit protégé du froid. Je m’y réfugiais pour marcher et j’ai commencé à y prendre des photos et des captations sonores. Les lumières, les lignes, les bruits du trafic, qui s’apparentent aux bruits de l’océan lorsqu’on ferme les yeux. Les oiseaux qui nichent dans le coin d’Iberville, les trombes d’eau qui débordent en chutes lorsqu’il y a pluie. Autant de surprises qui font de l’autoroute un personnage du quartier. Un personnage en mouvement. Je me suis surprise à déambuler avec plaisir sur cette frontière, qui coupe le quartier en deux et délimite le nord et le sud. Une porte d’entrée vers d’innombrables découvertes, cette impression d’être funambule sur le fil des souvenirs et des espaces. Au sud : la bibliothèque-piano, les accents du Maghreb, la caverne d’Ali Babaroque du Marché aux puces. Au nord : le centre environnemental, les gourmandises de la rue Charland, les phares comme la TOHU et la Maison d’Haïti. Partout des ruelles vertes, une toponymie avec une mémoire, des communautés culturelles multiples, une vie communautaire active, la culture qui prend l’air, des familles, des entrepreneurs, des aînés, des rêveurs…

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Et les lilas en fleurs!

Avec le projet Parcours géopoétique, j’effectue avec différents groupes d’aînés du quartier des safaris-photos à pied où nous nous exerçons à voir autrement, à capturer des sons et des conversations. J’adore cet exercice qui me permet à chaque fois de constater que nous ne vivons pas dans une réalité unique. Nos regards sont distincts, nous cadrons différemment des détails-sujets différents, sous des lumières différentes. Une surprise chaque fois que nous visionnons nos photos de réaliser que, malgré le fait que nous étions dans un même lieu au même moment, non seulement nous n’avons pas vu les mêmes choses, mais que certains-certaines ont vu des choses que d’autres n’ont pas vues. À force de faire les touristes dans notre propre quartier, nous avons développé l’art de voir autrement et nous tentons de transposer ce voir autrement dans nos projets artistiques collectifs.

Ce vendredi il m’est arrivé quelque chose de drôle. J’ai réalisé, en marchant dans le nord de Saint-Michel, que j’habitais, il y a 10 ans, exactement à deux pas des Habitations où je donne un atelier. La track de chemin de fer clôture tellement bien le quartier que je n’avais pas réalisé la proximité de mes deux lieux d’adoption à 10 ans d’intervalle. Je marchais vers mon ancien appartement au sud d’Ahuntsic en traversant un parc qui voisinait mon ancien chez moi et que je reconnaissais à peine. Étrange comment la mémoire et l’imaginaire se tiennent la main. L’imaginaire au service des trous de mémoire, j’imagine? Le parc m’apparaît aujourd’hui beaucoup plus grand, immense, que dans mon souvenir. J’avais oublié le passage du train parce qu’à l’époque je regardais vers l’ouest plutôt qu’au sud. J’avais oublié le détail des commerces environnants. Je n’ai jamais eu la curiosité de traverser, à l’époque, les frontières et cassures qui encerclent Saint-Michel et le morcellent. En revenant à la maison par le complexe environnemental à pied, j’avais les oreilles remplies d’oiseaux et d’avions. Les uns volant localement et les autres arrivant de destinations plus éloignées. Ça m’a ramenée au souvenir des photos de notre participant, François, qui a des vues aériennes de l’ancienne carrière Miron. Cette fois donc, où François était lui-même un oiseau.

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