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La Grande Simone

Asclepias-albicans
By NPS [Public domain], via Wikimedia Commons

Les amiEs du Collectif Escargo ont participé au concours de design pour la revitalisation-expansion de la zone de rencontre Simon-Valois. Ils travaillaient en collaboration avec Mousse Architecture de paysage et Gravitaire sur le dossier LA GRANDE SIMONE. Ils m’ont fait l’immense privilège répété d’y intégrer des extraits de textes…

Inspiration. l’ancien chemin de fer et les lignes obliques qui traversent la place – le texte déjà inscrit dans le sol – le motif d’asclépiade et la dentelle de lumières envisagés par les designers – le mouvement des semences et des gens dans l’espace et la mixité des personnes qui donnent vie à la place…

Asclepias curassavica Blanco1.71
By Francisco Manuel Blanco (O.S.A.) [Public domain], via Wikimedia Commons

MISE EN CONTEXTE DU TEXTE POÉTIQUE

Parce que la place Valois est pour tous les Simon et les Simone. Tous les voisins et les voisines, les âmes nomades qui repassent à répétition ici, les travailleurs et les travailleuses qui marchent à pied, les petits frères et les grandes sœurs bienveillantes, les tantes, les mères et les grands-mères. Parce que cette place c’est nous. Et que nous sommes vibrants.

Parce que la place Valois est autant ancrée dans l’histoire passée des trains toujours en marche en mémoire, que dans le mouvement des âmes-pixels, qui se rassemblent et se dispersent tous les jours au gré du vent, telles des aigrettes qui essaiment le quartier de leurs idées, de leurs sensibilités et du pointillé de leurs pas.

TEXTE POÉTIQUE

Avant – les plantes pionnières fleurissaient déjà

Avant – l’asclépiade en friche, ses couleurs non funéraires

Avant – fausse mauvaise herbe ensemencée par le train et son passage familier

Avant – vivaces fécondées à même la fougue des flâneurs de chemin de fer

Avant qu’on arrache toute fibre sauvage et que les populations d’abeilles et de papillons s’effondrent Continuer la lecture de La Grande Simone

À qui appartiennent mes désirs?

Écrire un texte à partir des mots de Carl Lacharité (envoyés aux relayeurs-web de Vocalités vivantes par courriel) et de Sébastien Lamarre #espèce, #arbre, #rescapé, #corps, #fougère, #secret, #naissance, #prédation, #paysage, #pli, #pluie, #boue, #patience, #trembler, #solitude, #creusait, #cris, #oiseaux, #effrayants, #lente, #sel, #grain, #travail, #spore, #chant, #balivernes, #garage, #main, #taverne, #lieu, #creux, #chaloupe, #terrier, #ours, #qui, #femmes, #veulent, #douleurs, #chaudaille, #gueule, #vides, #immense, #geste, #interdit.

Un texte écrit en lisant Calamine de Mélanie Jannard et Royaume scotch tape de Chloé Savoie-Bernard. En lisant aussi cet article de Catherine Dorion et celui-ci de Kateri Lemmens. Écrire en commençant un nouvel emploi en animation avec des enfants et en apprivoisant doucement le concept de rentrée scolaire et de boîte à lunch qui doit contenir des aliments des quatre groupes alimentaires. Écrire en regardant des images de la Catalogne.

La question de l’identité est tellement complexe. Elle déborde du langage et du genre et ne peut pas être réduite non plus, qu’à une question culturelle ou d’orientation sexuelle. Ce texte naît d’une réflexion toute personnelle sur l’identité, réflexion qui me traverse depuis toujours et qui prend des tournures insoupçonnées depuis que, non seulement je suis maman, mais maman d’une petite fille… Continuer la lecture de À qui appartiennent mes désirs?

Vocalités vivantes – la voix

Toute voix qui ne m’arrive pas au cœur, n’est que mime. (Frantz Benjamin, Les Bruits du monde)

Le projet Vocalités vivantes de Rhizome reprend la route ce matin. Direction Ottawa, puis le Manitoba et la Saskatchewan. Dans son dernier article (ici), Jean-Yves Fréchette qui tient le journal de bord du groupe de nomades, nous parle magnifiquement de la voix…

La voix a presqu’un poids. La voix nous touche et peut même nous caresser la peau. Ou nous faire bondir. La voix peut aussi nous liquéfier ou nous aplanir. Polir les rugosités de la vie. La voix sculpte des volumes. Elle lisse le sens. Elle enrobe les contours du poème, trace des motifs, remplit des vides, creuse des plis. (JYF, courriel @LirinaBloom : demain nous repartons)

Parce que la voix tient une place centrale dans le projet Le vivant. Parce que la voix est cette partie intime de chacun, notre empreinte sonore, notre singularité sensible, à travers laquelle nous prenons part au monde. Parce que je pleure chaque fois que je lis ou que j’entends le poème de Frantz Benjamin Mon père ne chante plus, où il est question de la voix unique de cette « femme étincelle », sa mère. Lorsqu’il est question de voix incarnée ou d’oralité, je pense en vrac à Paul Zumthor, à Marc Mercier et aux Brigades poétiques.

Depuis ces débuts, Rhizome produit des projets/spectacles dans lesquels la voix des auteurs est centrale. Chez Rhizome ce ne sont pas des comédiens qui portent les textes, mais les auteurs eux-mêmes, qui ont à incarner et à porter sur scène leurs propres mots. Le vivant à la particularité de mettre en scène un auteur (Carl Lacharité) entouré d’images d’inconnus, qui forment un chœur avec lui. Est-ce que Carl est bien la seule présence vivante sur scène? Est-ce les images et les voix médiées par la vidéo altèrent l’effet de présence des autres participants du chœur? Est-ce qu’une voix, même médiée, ne suppose-t-elle pas toujours un corps, même fantôme?

Or, quoiqu’elle échappe à la vue, au toucher, au goût, rien n’est plus concret que notre voix. J’élève la mienne, et voici que se produit un événement : dans l’univers sonore, quelque chose naît, éphémère, mais dont la trace s’imprime sans autre médiation dans l’esprit et le cœur, établissant un contact ineffable et intime entre celui qui la perçoit et moi de qui elle émane. Mon corps a été là, représenté par cette voix qui le déborde et le dépasse de toutes parts jusqu’aux limites de ses dimensions acoustiques. Je suis sorti de moi-même, et pourtant indiciblement resté moi.

Peut-être ai-je parlé. Mais cela ne m’importe pas. Le langage, certes est impensable sans la voix. La voix, en revanche, existe indépendamment du langage, qu’elle englobe; auquel sans doute elle sert mais dont, plus encore, à un niveau profond de l’être, elle se sert. Lors même que, par la voix, s’adresse à vous ma parole, celle-ci, dans ses sonorités vécues, s’énonce aussi comme un rappel, comme mémoire d’un contact initial, à l’aube de toute vie, inscrit en moi avec la figure d’une promesse. L’énonciation de ma parole prend par là valeur, en elle-même, d’acte symbolique : grâce à la voix, ma parole est exhibition et don. Elle est présence, là, irréfutable, liée à une situation, une action dont elle unifie et fonctionnalise les éléments, car on la perçoit comme leur cause et leur fin ensemble, leur ultime justification. (Paul Zumthor, Oralités : Polyphonix 16, p.17-18)

J’ai vu Le vivant pour la première fois en 2011, alors que je travaillais pour Rhizome/Le bureau des affaires poétiques et que le spectacle faisait partie de la programmation du Mois de la poésie. Nous avions aussi cette année-là, la visite de Marc Mercier des Instants Vidéo de Marseille, qui avait parcouru les rues de la ville avec Elias Djemil, pour enregistrer des gens, qui récitaient du Émile Nelligan. Marc Mercier a fait cet exercice à plusieurs endroits dans le monde, notamment au Vietnam, s’amusant à documenter la parole poétique à différents endroits, à mettre la parole de divers poètes nationaux en bouche de citoyens anonymes. L’exercice débordait ici de la francophonie et explorait les voix multilingues. Continuer la lecture de Vocalités vivantes – la voix

Pensées en vrac sur la question de la voix…

volée d'oiseaux

Je ne sais pas si ce que j’écris est bon, ni même intéressant. Mais c’est une voix. Une voix qui s’accroche et se tisse à d’autres voix réelles ou imaginaires, qui est traversée d’influences et de connivences intertextuelles. J’utilise parfois l’image de la ventriloque pour parler de cette impression qu’écrire peut être une manière de laisser d’autres voix traverser son écriture. Un bel article de Marie-Anne Paveau sur la question du « parler pour » ou du « parler à la place de » m’a fait réfléchir :  Parler du burkini sans les concernées. De l’énonciation ventriloque

Il n’est pas question dans cet article du travail d’écriture d’un auteur, mais plutôt, de l’analyse de discours médiatiques et de la position d’énonciation particulière du « je sais ce que vous dites ». L’auteur fait ressortir l’importance de faire une place aux voix des « concernées » et de les entendre. Alors je me disais qu’il est délicat de travailler à partir de récits et que, malgré mes bonnes intentions et mon désir de porter des paroles qui me semblent peu-ou-pas entendues, je vois ici le danger de s’auto-proclamer porte-parole et de tenter de faire passer son propre message en utilisant la voix des autres. Dans cet exercice de raconter ou de rapporter, ma voix n’est jamais neutre. Il est peut-être illusoire dans ce contexte de vouloir prêter sa voix, porter des voix…?

The problem of speaking for others includes the problem of speaking about the other, as if, in bell hook’s (1990) words,  » I can talk about you better than you can talk about yourself » (p: 152). – Rakow et Wackwitz, Voice in feminist communication theory (2004)

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