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Code Colibri

Si tu sors, je sors

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Chantal Bergeron. « Si tu sors, je sors », CODE COLIBRI

En Afrique de l’Ouest, les vêtements sont taillés dans des tissus magnifiques. Des indigos, des bazins, des bogolans et des tissus pagnes WAX. Les pagnes ont des motifs et des couleurs variés. Ces tissus portent des noms, comme des messages, des histoires à même les trames de fils et de teintures. Un de mes préférés est « si tu sors, je sors ». Le motif de ce pagne est une cage d’oiseau avec la porte ouverte et deux oiseaux qui sortent de la cage. Le message est clair pour monsieur : « si tu sors, je sors ».

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« Ah, t’as une blonde. Non, tu m’en a jamais parlé. Non, non. Pas mal sûre que tu l’as pas mentionnée pendant que j’me tournais la couette. » Nos libidos nous mentent. Ce besoin de mettre des langues à mèches et des sexes dans nos bouches pour combler tous les vides, tous les manques. Se sentir vivant plutôt que corps en jachère. Jamais plus frencher un gars marié. Marie-Madeleine comme dirait Madame Chose. Ce genre de femme-là. Avec ton jugement avalanche dans le regard des autres. Tu t’auto-flagelles la convoitise. Tu finis le bec à l’eau. A-LLO! Yé où le menu? J’cherche une branche où mâcher à tue-tête. Cheville affamée.

À force d’essayer de rabouter notre lien, de nouer le fil que tu cisailles de ta courbature d’échine. T’écharognes le bout de mes doigts, déjà que le vernis s’écaillait à cause de mon acharnement à aimer. Je me rends compte que je ne suis pas dans une cage, mais dans une baleine achalandée. Une cage d’os en quelque sorte. Enchaînée à des chéries en série, duchesse aveugle aux bras surchargés. Si je sors, je me noie. Si je reste, je me noie. Je caresse les vertèbres-barreaux de ma prison d’hiver pis ça me rappelle Prévert. J’envisage un autodafé. Il ne restera que des cendres carnivores. Le désir dans un canot de sauvetage. Quelques enzymes embrassés. Blanc saccage amidonné. Et des chiffons colorés, témoins de chamailles silencieuses. Bûcher. Chagrin de charbon. Cracher le cadenas.

Déjà un moment que j’étais invisible. Je ne t’ai pas dit bonjour la dernière fois que je t’ai vu. Ou si, je t’ai dit bonjour, mais il y avait quand même tout ce non dit. Cette non rencontre. Cette erreur. Des conversations perdues à jamais. Alors si j’vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire… à la prochaine fois. Dans deux ans. Toujours sous la neige. Avec ton accent de whisky chevaleresque. Pis moi, en pin-up chevreuil. Pastiche d’un Harlequin canadien. Sauf que je bois pas. J’allaite. VLAN! On se couchera dans la nonchalance d’une chaloupe imaginaire, mais étanche. Étendus sur nos peaux d’échevelés. Pêchant sans souci de la suite. Prêchant ton corps acrostiche. Assaisonné. Saisonnier.

D’un gars pas libre à l’autre. Fini les projets pilotes de couple. Âme omnivore à soir je mange du tartare de baleine. Aidée de mes canines de secours et de ma frontale batailleuse, je sors du ventre noyade. J’éviscère ma colère. À mesure que je m’attaque aux ribs, les fantômes d’os s’évanouissent. Parasite expulsé et toutes ces épées de Damoclès, qui ont laissé des traces sur mon steak. Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez composé.

Nos corps coagulés. Rêver de cordes de balançoires. De cordes pour puiser l’eau. De cordes de violoncelles. D’une ligne à la mer. D’haubans qui consolident les mâts. Sur la portée inversée, verticale, escalader l’univers des sons. Ne tenir qu’à un brin d’vie. Tenu par l’autre, resté en bas. Qui me regarde en contre-plongée. Et avale le lousse. Une main sur notre lien. Pour me protéger de moi-même.

Code Colibri

22 mai anamnésie

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INTRANQUILLE
Gras slogans à l’abordage
Sondages anthropophages
Ad nauseam les mêmes images
Ad nauseam
Nausées
À qui Léger Léger pose ses questions?
Quel géant vert sert d’échantillon?
Dans la foule ça crache des pierres sermons
Déontologie en berne
Visages de la loi camouflés de sourires carquois

Le Charest s’en va chassant
Avec son grand fusil d’argent
Visa le rouge, tua le blanc
Oh président tu es méchant
Colibris contre mammouth argentier
Vol en « v » pour la gratuité
D’ici jusqu’au Chili
Des assos conspuent face à la brise
En Grèce, en Espagne, à New York, en Tunisie
Le monde est une toupie

C’est ça ta stratégie pour gagner tes élections?
Silence prétexte, cassette faisandée

L’étudiant vomit le président
qui veut lui voler son cerf-volant
Échafaudages de malversations
Abus, dit le Vérificateur général
Silence vaseux au-dessus des puits
Cours d’Histoire évanouis
Parasites à l’intersections des valeurs
Les missiles Tomahawk virent à 3 heures
Le village épingle sa révolte en carrés
Feutrines ballerines sur les cœurs indignés

Le torrent déferle sans pare-brises
Face au vent réveil

Comme si tout était noir ou blanc
Qu’il n’y avait ni grain, ni diversité
Que le monde était lisse comme un ballon
Que l’opinion n’aboyait que oui ou non
Pour ou contre l’économie ou l’humain
Et que nous n’avions pas le choix
Que nous ne sommes pas « debout »
Que nous sommes déjà morts
Que notre langue est morte
Et que notre voix dort

C’est ce qu’on aimerait nous faire croire
Plongeons dans l’eau, soyons l’eau

200 000 colibris bougent
Manifestent au jour le jour
Avec pancartes bijoux
À coups de placards poèmes
Avançant comme un ruisseau
Qui réveille un courant social à plat
Aplati
Bruissements d’ailes percussives et casseroles auréolées
Dans la vague des pavés de papier
Qui fracassent le sarcasme des vautours éclaboussés

Il faut se méfier des chiffres
Alignés comme des moulins théoriques
Des cafés imaginaires
Des « obligations » pécuniaires
Logique comptable implacable
L’or, l’argent
Les diamants
L’étudiant serre ses 32 rangs dents
Par dessous l’aile il perd son sang

Un  front commun comme une montagne
Rouge

Calendrier solaire manifestif
Tu te tais toujours
Tu ne dis pas bonjour
Tu demandes à l’étudiant rêvant
Quels seront ses premiers règlements?
Abolir C-78
Marcher le jour la nuit
Sans itinéraire fourni
Nus ou habillés
Mais lumineux, lucides, engagés

Attriqués comme des guerriers
Vengeurs masqués
Pour se protéger
Ça sent ça tourne au vinaigre
Désobéissance civile moins violente
Que ton poivre de Cayenne
Tu attends toujours que le mouvement s’essouffle
Que les oiseaux rendent leur dernier souffle
Les haut-parleurs viennent juste de prendre la parole
Les peuples SONT révoltes

Les casseurs sont au nombre de 3
Et quelles images verra-t-on ce soir à TVA?

Quel beau temps sur l’étang pour donner naissance
Mon corps engagé
Mon oisillon joue de la cuillère rouge
Tous les corps engagés
Tout est printemps
Sauf le printemps qui neige à plein ciel
Les chevaux galopent au bout du champ avec des crinières tressées
L’éducation, la santé, la justice sociale, l’assurance emploi, Kyoto…
Comme autant de fils sur un même tissage
Comme autant de plumes sur un même ramage

Trois dames s’en vont les ramassant

Code Colibri, Moments-môman

Poisson d’avril

Entendu à l’émission « Dessine-moi un dimanche » du 31 mars 2013
à 3min.50 sur les animaux monogames.
« Les plus grands monogames c’est les oiseaux. La plupart des oiseaux sont monogames et ils sont monogames parce que c’est presque impossible d’élever une couvée seule, donc il faut que les deux collaborent, malgré eux, pour élever la couvée. Et donc pour pouvoir passer à travers cette épreuve, qui est de se lever très tôt le matin et de nourrir jusqu’au coucher du soleil des jeunes qui ne font que demander toujours la même chose en criant, je pense que c’est essentiel que le couple de moineaux ou d’hirondelles forme un espèce de lien affectif, mais est-ce que c’est de l’amour humain? Sans doute pas, mais ils ont quand même un attachement très fort l’un pour l’autre. Ils se cherchent lorsqu’il y en a un qui disparaît. »
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Alors chez LUNETTES ROSES cette semaine : c’est froid pour les chevilles les ti-bas – retrouvailles de cuisine avec deux membres de GROUPE POÉSIE COMBATTANTE et 3 enfants beurrés de chocolat qui courent après les rondelles de couleurs d’un phallus de plastique géant – semaine 2 de l’épisode bébé va maintenant à la garderie (ou comment survivre à la séparation en prenant rendez-vous chez le coiffeur et en mangeant des oranges – rencontre avec l’inspirante Patricia Perez et son projet poétique, dont on espère pouvoir vous parler bientôt – et courriels hypnotiques pour essayer de vous fidéliser et de vous convaincre de vous inscrire à notre infolettre saisonnière.

En attendant…. à défaut d’avoir trouvé mon hirondelle, j’étends mes tentacules.

Chantal Bergeron. « La femme-pieuvre »,
CODE COLIBRI
Colostrum quand tu nous tiens…

Moi garde-manger. Montée de lait latente. Bébé pleure. Attente. Laper, l’appeler. Moi lacté. Supplier. Matin m’appelle. Materne. Réveil. Les pleurs plient. La paupière paléolithique ouverte. Les louves hurlent. Les mères veillent. M’endormir. Quand? Mon bébé boit mon lait. La Mathilde, ma loulou boit mon lait blanc. Tout le temps. Ma louve me boit, m’avale. J’allaite. 23h. 2h. 4h. 7h. J’allaite les heures. Seule. Au début. Gerçures initiales pas glamour. Nuits blanches me mangent. « Profites-en pour dormir parce que tu dormiras pus quand la petite va être née. » Comprendre. Mon corps comprends. J’entends. Je vois la vie passer par la fenêtre. Kamasoutra de l’allaitement. Football et madone inversée. Petits torticolis. Trop. Tire-lait. Trop. Roaller coaster. Trop. Souleurs sans cesse sans sanglot. Camisoles mouillées substituts de larmes. Je cours à côté du train. J’ai faim. Alourdie. Presque balourde. Je mange d’une main, de l’autre, je demande. De l’aide. À l’aide. Pas à l’aise. Pas adaptée. Deux seins comme des ballons. Engorgés. Mes mamelons accommodent la buveuse. Elle balbutie et boit. Ne dort pas, jamais. D’une main je pense à toi, de l’autre, je nourrice. Mes deux seins des ballons. Elle qui ne dort jamais. Ma main droite dans ses cheveux, ma main gauche tient mon œil ouvert et l’autre main écrit ce texte sur l’oreiller. L’insatiable saoulée de mon lait. La paupière lourde. Béate. Blancheur de mon lait. De la nuit. De ma peau. Ma Mathou teintée. Elle et moi ton sur ton. Tout toi métisse, mi-mossi mi-moi. Ça m’émeut ta peau. Dans la nuit. Toi. Toute menue, une merveille. « Maudit, chu-tu en train d’écrire des poèmes maternels? » Et tout à coup tu dis maman. Tu dis maman et tadam. Maman et tadam. Avec ta main dans les airs. La main refuge. Le chant ciment, liant. Sentiment. Aimer.

Tu me tiens.

Code Colibri

Vert-de-gris

Chantal Bergeron. « Vert-de-gris », CODE COLIBRI

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Ça commence par de la moisissure
Qui s’installe – qui se propage
Des métastases sur une boule en miroir
Ton ciel gangrené
Ton plafond qui tombe sur ta tête
Tous les plafonds qui tombent
En même temps!

D’abord
L’homme avec des hanches de femme
marche nus pieds dans le sable.
Tsé celui qui donne des frissons. Le mASSter du flamenco. « Maître », c’est un peu fort comme mot, non? Ça fait penser à un dieu. Le DIEU du flamenco. L’élu, celui qui aime pluss les objets que les personnes. Aime pluss les bagues. Des diamants gros comme des grenades. Aime les faux ongles. Rouges. Qui prolongent ses doigts à l’infini. Il est là. La mâchoire cherrée. Un cheval qui glisse sur l’Apocalypse, qui galope sur l’ambiguïté. Le manteau macho enlevé. MaquilléE comme une catin. Avec du rouge à lèvres sur les dents. Des bagues comme des grenades. En stand by. Attendant. Attendant le miracle. Drag dancing queen en stand by. Attendant. Attendant, dansant tout le temps… avant de mourir.

reBUTER Pendant ce temps on vend des masques à gaz pour les animaux domestiques. La fin du monde est un modèle d’affaires payant pis c’est starté officiellement depuis le 21 mai dernier. La bible vous le garantit c’est jour de jugement dernier. C’est garanti des millions de personnes vont disparaître dans d’atroces douleurs. Alors attendons un peu avant de faire des enfants ou d’en adopter. [Silence.] Attendons et construisons des bunkers souterrains. Munissons-nous de bouteilles d’eau et de conserves. Les gourous inspirés et les petits pois nous sauverons. Les petits pois et les gourous. C’est garanti!

Stand by grenade
Le tambour est cassé
Le band métal fait d’la distorsion
Les tympans claquent
De toutes façons, à quoi ça sert des oreilles quand t’es mort?

Tu commences à trembler par en dedans
Pis c’est là qu’la vieille commence à chanter
A s’lamente
C’est pire qu’la distorsion
C’est la terre qui commence trembler
Des millions de personnes vont mourir
En attendant, le cash coule à flot chez Family Radio
80 millions de dollars américains
C’est garanti!

En faisant l’autopsie, on trouvera des psaumes de Saint Jean en travers d’la gorge des cadavres.

BAM! BAM! T’es mort!

i-BERNER Numérique. Être numériques. Des 0 et des 1. C’est moins dangereux, non? Moins dangereux de développer des allergies. Moins dangereux de se noyer de l’intérieur. Des 0 et des 1. Des signes. Des dessins. Des pixels. Des 0 et des 1. Des 0 pis des 1 avec des désirs quand même et des hésitations. Des désirs d’ailleurs et d’ici. Des urgences aériennes, des contradictions géographiques. Des distances arpentées en un clic, ravalées. Des 0 et des 1 c’est bon, mais c’est pas toi LÀ. TA présence. Va et vient répété pour voir le jardin fleurir et toucher. Rire avec ton rire qui résonne dans la pièce et non dans l’amplificateur bidon intégré au portable. Mettre les doigts dans la terre, dans tes cheveux, tombés. Ça m’étouffe ton cancer et pourtant c’est toi qui meurt, non? [Silence.] Si c’est la fin du monde, ça ne fait aucun sens d’être si loin de chez soi. Si c’est la fin de TON monde, je dois être là. Il n’y a que toi qui meurs au final et tout est dépeuplé. Et si ce n’est pas la fin ce 31 décembre prochain, que ce soit la révolution et qu’elle soit intranquille. Que tout le monde envahisse la place publique comme en Espagne. Avec nos bottes, nos parapluies et nos cris. Garanti, si ce n’est pas fini, c’est que c’est le début. Alors je me lèverai debout. J’attends un peu, VOIR, devant l’écran que je caresse. À la prochaine pub, j’y vais. Et si je ne meurs pas, je ferai le choix de vivre. Je décide que OUI! Clic! Je google un peu en attendant. Je google mon nom.

BUTER [avec le ton de la confidence] Faut dire qu’l’Apocalypse est déjà commencée. Yalda Younes peut vous en parler… Yalda Younes est une danseuse d’origine libanaise. Le messie flashdance. Elle tape du pied et elle dit NON! Attendant le miracle sous les rafales flamboyantes de mitraillettes, AK-47. Stand by. Avec la peur de décevoir plus forte que la peur de mourir. Elle qui n’aime pas les rires mal placés. [Silence.] Elle danse avec le bruit des balles en arrière-son, une cacophonie hécatombe. Frappes de pieds et projectiles se confondent. Tout le corps en colère. Attendant le miracle. Sous la pluie continue. Rafale de gouttelettes, cartouches de plomb. Des tonnes de pluie, de l’eau sans fin qu’on songe à reconstruire l’arche de Noé. Pis on entasse les sacs de sable en attendant. Et on danse avec des bottes de caoutchouc trouées. Et le niveau d’eau monte. Le niveau amer. Toute une vie délavée, lessivée, des fondations qui s’effritent – l’érosion – les moisissures. NON! C’est assez. Les champignons, le squelette nu de nos maisons. Plus de maison. Qu’un territoire inondable. La peau en colère, ratatinée. NON! Reste plus qu’à envoyer un texto avec des photos. Le drame posté sur facebook. La guerre craint. Champs/(chant) de mines. Cassés. Ton crâne nu. Cancer. Quand.

Ça commence par de la moisissure
Qui s’installe – qui se propage
Des métastases sur une boule en miroir
Ton ciel gangrené
Ton plafond qui tombe sur ma tête
Tous les plafonds qui tombent
En même temps!

MORT
Il n’y aura pas de deuil. Parce tout le monde sera mort. On finira la danse dans nos cercueils. En tapant ENCORE du pied et en frappant des mains. Vivants dans nos cercueils fabriqués de nos mains. Requiem des respires. Nos mains, percussives. Et puis, plus rien.

fin