Sortir du cadre…

2013-09-27-15.05.10_web

Je n’en peux plus des publicités et d’être sans cesse sollicitée. Je suis particulièrement écœurée de toutes ces publicités qui ciblent les nouveaux arrivants. Les compagnies de téléphone – les banques et les cliniques de recherche pharmaceutique flairent un nouveau marché. On vous promet du crédit avant du travail et on vous suggère de gober des pilules tout en appelant votre famille au Congo. Aaark! Et que dire de toutes ces personnes qui nous sollicitent sur la rue pour différents organismes de bienfaisance, de coopération et environnementaux. Que dire sinon que ces personnes ne sont pas nécessairement engagées par les organismes qu’elles disent représenter, mais par un tiers, qui fait le pont entre les organismes et nos poches. Ainsi, un solliciteur peut vous aborder un jour au nom de tel organisme et le lendemain, pour un autre. C’est-tu moi où me semble que les solliciteurs se multiplient? Hier donc, je marche tranquillement (mais un peu pressée par le temps quand même) et une jeune fille m’aborde avec son dossard et sa tablette :

–       Bonjour, est-ce que vous avez deux minutes?

–       Euh…. non, j’ai pas le temps.

–       Vous n’avez même pas deux minutes?

Et à ce moment-là, je suis en train de m’enfarger dans une marche en essayant de me sauver de la fille pour entrer dans le commerce par la vitrine plutôt que par la porte.

–       Euh…. je suis en train de me péter la gueule pour pas te parler!

–       Mais c’est une belle jupe que vous avez… elle vient d’où cette jupe?

–       Elle vient du Sénégal.

–       Ah oui, mais elle est jolie. Vous êtes allée au Sénégal?

–       Non, c’est tantie qui est allée au Sénégal et elle travaillait justement pour votre organisme auparavant.

Faque tsé, je connais ton organisme. Je connais la coopération internationale pis je suis pas certaine que tu veux vraiment qu’on en parle. Je sais que certains poissons sont en voie de disparition, pis non, je les donnerai pas à manger à ma fille. Je recycle – je pète vert – je mange local le plus possible – je bénévole de temps en temps – pis non, j’ai pas d’argent!

Et ensuite j’entre dans le métro et là, à l’inverse, plus personne ne me sollicite, plus personne ne me parle, plus personne ne me regarde. Tout le monde a le nez fourré dans son portable. Je pense à Codou, la mère d’accueil de tantie, qui vient d’arriver du Sénégal pour un stage réciprocité de 2 mois. La première fois qu’elle prenait l’avion, la première fois qu’elle prenait une douche chaude. Quand je l’ai vue elle était habillée comme une reine, avec une chevelure sertie d’or et des bijoux et des habits. Une reine d’un chic. Et je l’ai prise dans mes bras et j’avais le goût de pleurer parce qu’elle me serrait fort même si elle ne me connait presque pas (si ce n’est de tout ce que tantie lui a raconté de moi). J’avais le goût de pleurer parce que je sais qu’elle s’en va dans sa famille d’accueil à Saint-Jude. Et à Saint-Jude il y a une ferme, non pas un poulailler de 500 poussins comme à Notto, mais une ferme avec des centaines de milliers de poules. Je sais que tout est différent et qu’il fait froid et que la famille est loin. J’aurais gardé Codou chez moi avec tantie et bébé-hiboue. Mais je sais aussi que ça va bien aller. La mère d’accueil de Codou fait des conserves et donne du temps dans un organisme d’entraide. Il y a aussi un Sénégalais qui travaille sur la ferme, qui connait bien la réalité de Codou et même qu’ils vont fêter ensemble la tabaski la semaine prochaine.

J’ai serré fort Codou mais je n’ai même pas eu le temps de la remercier d’avoir été là pour tantie pendant son stage au Sénégal. Il y a des gens qu’on aime avant de les avoir rencontrés et lorsqu’on les rencontre, on comprend pourquoi.

Un ami m’a envoyé un article bien intéressant sur l’historique du voile. Une manière de m’éduquer j’imagine, de me rappeler que le voile est un signe de la domination de l’homme sur la femme. L’article est bien écrit, intéressant comme je le disais, mais ça ne change rien au fait que les changements ne s’imposent pas. Les changements ça prend du temps. Le meilleur moyen d’opérer des changements passe par la sensibilisation et l’éducation mais surtout, par le fait de donner l’exemple. Si l’égalité des genres est vraiment une valeur si profondément ancrée et si québécoise, qu’elle devienne une priorité. Il ne suffit pas d’avoir une femme « Premier Ministre » pour que tombe le plafond de verre (comme il ne suffit pas d’avoir un Président noir pour que le racisme s’évapore). Si l’égalité des genres est notre priorité, que l’équité des salaires soit chose faite, que la représentation des femmes dans les postes décisionnels soit réelle, que les femmes ne soient pas toujours les plus pauvres et les plus à risque de vivre dans des situations de précarité, que le gérant de banque nous prenne donc au sérieux! Enlever le voile ne change pas les valeurs qu’il symbolise. Enlever le voile n’est qu’une égalité des genres en apparences.

Et mercredi je suis sortie à la TOHU. Comme dans sortie le soir avec une jupe et une amie et c’était pas prévu!! OUuuouh! On sous-estime les petits plaisirs. Un spectacle absolument renversant (c’est le cas de le dire!) : Hans Was Heiri. Des acrobates-danseurs-chanteurs-poètes déambulent sur scène et dans une structure semblable à une roue de hamster divisée en quatre appartements. L’habitacle, qui semble tourner à l’aide d’une manivelle, alterne entre mouvement et non-mouvement, faisant en sorte que le plafond devient plancher et que les personnages sont toujours ballotés-à l’envers-en adaptation dans un cadre à risque, un cube agité. Les personnages ne cessent de nous surprendre en bougeant dans et à l’extérieur du cadre, dans une structure complexe, précise et monstrueuse d’une certaine manière. Beaucoup d’humour, d’émotions et le plaisir de voir des corps très diversifiés, voire atypiques, qui bougent de façons différentes, qui dégagent des énergies différentes. De la danse théâtrale, du théâtre ludique, des acrobaties orchestrées au quart de tour avec l’aide d’un DJ. Une proposition qui sort du cadre. Un beau moment en bonne compagnie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *