Écrire en marchant

IDÉE DE DÉPART

Jacqueline et Myrtha en expédition

« […] On fabrique des villes
comme on fait un puzzle
pièce par pièce
on érige les murs, on enlève les escaliers
puis on dirige les pas
d’autres villes se fabriquent d’elles-mêmes
ce sont des villes oiseaux
celles que mes pieds choisissent avant de les offrir à mon coeur
elles parlent toutes les langues
rient dans tous les dialectes
grandissent dans une conversation intarissable
avec Isidore, Maria, Peteris et Chimène,
qui ont enjambé sept cent cinquante-sept mers
et cueilli autant d’étoiles dans leurs rêves […] »
– Marie-Célie Agnant

L’écriture vient en marchant, pourquoi ne pas explorer l’écriture et votre quartier en même temps. Initiation au flânage urbain, chasse aux images-sons et exercices d’écriture nous ont permis de développer avec des citoyens de Saint-Michel et de Saint-Léonard, des capsules vidéo à l’image des groupes et des quartiers.

Prendre crayon et appareil photo et visiter son propre quartier avec les yeux d’un touriste. S’inspirer des images chassées comme point de départ pour l’écriture, qui peut prendre la forme d’un exercice avec contrainte, d’un haïku, d’une anecdote personnelle enregistrée

Pré[texte] d’écriture 1 :  À partir des photographies récoltées, amener le participant à explorer la forme du haïku. Vous trouverez ici les règles (à suivre, ou pas) du haïku, traduites librement à partir d’un texte de Bob Raczka et illustrées des propos de Michel Pleau.

Pré[texte] d’écriture 2 :  S’inspirer du thème de la fenêtre lors d’une exploration du quartier. Utiliser l’exercice pour aller creuser dans ses propres souvenirs du territoire. Vous trouverez ici une proposition pour revisiter la mémoire des participants.

Pré[texte] d’écriture 3 :  Effectuer une réelle chasse ludique aux images et aux sons et partager nos découvertes à l’oral ou à l’écrit. Vous trouverez ici un exemple de feuille de route pour votre sortie.

Pré[texte] d’écriture 4 :  Ouvrir les boîtes à photos des participants et écrire des textes à partir de photos d’époque. Le texte peut prendre la forme d’un texte de fiction ou d’un récit. À l’image de notre série d’ateliers «boîte à souvenirs» et de la série «Les instantanés», du Devoir, qui propose des textes de fiction inspirés par des photos d’archives des lecteurs.

INSPIRATIONS

Plusieurs auteurs-artistes s’adonnent à la marche dans leur démarche artistique, les sources d’inspiration sont donc multiples. Je trouve les propos de Michel Pleau toujours lumineux en matière de poésie en général et lorsqu’il est question du haïku en particulier. Michel Pleau nous éclaire avec son écriture, mais il est aussi un grand passeur de mots. Il sait s’intéresser à la poésie des autres. Grand explorateur des librairies d’occasion, il partage ses découvertes et nous fait découvrir autant les poètes reconnus qu’inconnus, en n’établissant aucune hiérarchie, sinon celle du cœur touché par les mots.

[…] le haïku éclaire les zones d’ombres de l’existence. Il jette un étrange filet sur le monde pour y recueillir une lumière oubliée. Je crois que le travail du poète de l’instant n’est pas de dire, avec de beaux mots, ce que tout le monde voit mais plutôt de révéler ce qui existe et que nos yeux ne voient plus. Il y eut un temps dans l’histoire de l’humanité où l’on « voyait » beaucoup plus qu’à notre époque. Les hommes et les femmes savaient observer et interpréter de nombreux signes de la nature. Ils savaient, par exemple, lire le ciel. Mais qui, de nos jours, regarde le ciel et ses lumières poétiques? – Michel Pleau

François Bon est une source intarissable d’inspiration lorsqu’il est question d’écriture. Véritable pionner de l’écriture en ligne, amoureux des livres, mobilisateur d’écritures qui se voisinent… il habite son labyrinthe numérique et-ou les rayons de sa bibliothèque, donne à lire, à réfléchir, à diffuser, à s’abonner, à voir et à entendre, notamment sur le tiers livre et sur YouTube.

L’immense force de ce livre, c’est son grand écart : d’un côté, après le 11 septembre 2001 et l’attentat du World TRADE Center, notre rapport à la ville bascule. C’est la nappe sous-jacente, qui unifie les 37 fenêtres de Bozier. Parce qu’elles sont listées, dans la table des matières qui ouvre le livre. Ce sont celles que nous portons chacun : ce qu’on voit de la cuisine, ce qu’on voit de la salle où on enseigne, ce qu’on voit de cette chambre de hasard, ou de cette salle de réunion au ministère le jour que. Mais le pare-brise de la voiture, sur le trajet du matin, est aussi une fenêtre. Et les photos sur le mur, au-dessus de la table de travail. Et l’espace urbain, il nous donne quoi à voir : vitrine d’une cafétéria de supermarché, ça ne nous choque pas dans un film, et on ne saurait s’en saisir en littérature ? A sept ans de la parution initiale, Raymond Bozier complète, augmente, révise. Le texte que nous présentons ici est inédit en partie, édition neuve. Nous mûrissons chacun dans l’intérieur de chantiers qui deviennent des chantiers-vie. Alors la version numérique devient l’expression de ce chantier. Un livre essentiel pour les chantiers-ville d’aujourd’hui. – François Bon sur Raymond Bozier

Bibliographie et autres ressources:
-Marie-Célie Agnant (collectif, sous la dir. de Franz Benjamin eRodney Saint-Éloi). Montréal vu par ses poètes, Mémoire d’encrier, 2006 
-Catherine Barnabé. Trace, empreinte, collecte : les formes d’inscriptions du corps de l’artiste dans la ville dans un contexte de mobilité, Mémoire de maîtrise, 2010, [en ligne]
-Jean-François Berthier . Avec les pieds, [en ligne]
-François Bon. le tiers livre, web et littérature par françois bon, [en ligne]
-Benoit Bordeleau. Au détour de l’habitude suivi de Éléments pour un devenir-flâneur, Mémoire de maîtrise, 2010, [en ligne]
-Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde, publie.net, 2011
-Lauren Elkin. Flâneuse : Women Walk The City, Farrar Strauss & Giroux, 2017.
-Kenneth Goldsmith (trad. François Bon ). L’écriture sans écriture, Jean Boîte Éditions, 2018.
-Pierre Ménard. Liminaire, [en ligne]
-Michel Pleau présenté par Hélène Leclerc. La lumière du haïku, 575 – Revue du haïku, [en ligne]
-Bob Raczka. Guyku – a year of haïku for boys, [en ligne]
-Jane Reichhold (adapté au français par Charles-Albert Lehalle), via Geneviève Marceau Vacchino sur FB. 59 règles pour un haïku, [en ligne]
-Rogé. Hochelaga mon quartier, Les éditions de la bagnole, 2015
-Minami Shinbô. Haïkus du chat, Éditions Philippe Picquier, 2017
-Marcello Vitali-Rosati. S’orienter dans le virtuel, Hermann, 2012.

QUESTIONS

  • Qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que j’entends?
  • Et si je visitais mon quartier en touriste?
  • Y a-t-il des archives de journaux de mon quartier disponibles?
  • C’est quoi le beau et le laid?
  • Comment chaque promenade d’un même lieu peut être une redécouverte de ce lieu?
  • Comment chaque lieu change avec les saisons?
  • Comment l’appareil photo peut m’aider à regarder autrement?
  • Comment je peux m’attarder aux lignes, aux textures, aux couleurs, aux formes géométriques, aux ombre et aux reflets, aux écritures dans l’espace, aux toponymes, etc.
  • Quelles conversations habitent les lieux visités?
  • Comment saisir les opportunités et profiter des rencontres faites sur la route?
  • Comment je peux laisser une trace de mon passage dans l’espace?
  • Comment je peux influencer l’espace par mon écriture?

EXEMPLE DE PROJET

Un beau projet imaginé par le professeur et les élèves de la classe d’accueil de l’école Jean-Baptiste-Meilleur : les playmobil visitent le quartier (Centre-Sud) et nous racontent leurs aventures. La forme voisine le roman-photo.