RÉCIT DE VIE EN VRAC EN LIEN AVEC MON PARCOURS D’APPRENANTE_PRENDRE SOIN

« Les jeunes adultes ont appris à prendre soin des pommiers progressivement, tout en développant un rapport affectif avec tous les arbres du verger. Ils ont prodigué des soins à chaque arbre et s’opposaient à la perspective d’en couper un seul. Ils se sont identifiés aux pommiers. Ils se comparaient à chaque pommier qu’on avait négligé et qu’il fallait sauver, ne serait-ce que parce qu’il y avait une seule branche saine… » (Desmarais et Lamoureux, p. 107-108)

Je ne sais pas si j’avais déjà envisagé l’enseignement et l’apprentissage sous le signe de la bienveillance, mais c’est l’extrait de texte qui, je crois, m’a le plus touché dans le présent cours. Il y a dans tous les métiers qui se font avec des humains et dans la relation, une grande part d’amour à donner et à recevoir. On parle des métiers du « care » et bien sûr, ça semble tomber sous le sens, une fois que c’est nommé, que l’enseignement en fait partie. Je me suis beaucoup occupée d’enfants dans les dernières années. J’ai mouché des nez, j’ai philosophé, j’ai ri, j’ai bricolé avec des enfants. Et il y a aussi mon enfant, que j’ai bercé, j’ai porté, j’ai nourri. Je n’ai pas dormi, je me suis inquiétée, je me suis impatientée, j’ai levé à répétition ce petit corps mouillé pour le sortir du bain, j’ai chanté les yeux fermés et ouverts, j’ai dormi collées, j’ai attendu chez le médecin, l’autobus, la fin du mal d’oreille, j’ai cherché des poux (littéralement), j’ai cousu un costume de pieuvre, j’ai pleuré dans mon lit, je suis sortie sous la pluie le matin pour acheter de quoi faire des biscuits pour toute la classe, je me suis assise à la table pour faire les devoirs, une fusée, un monstre, j’ai essayé d’aimer Noël de nouveau, j’ai cessé d’être capable d’entendre parler de violence faite aux enfants aux nouvelles, j’ai arrêté d’avoir une vie sociale, je me suis couchée plus tôt, mais ça ne sera jamais assez tôt pour ne plus être fatiguée. J’ai peut-être oublié de prendre soin de moi, au point d’en perdre des bouts de ma santé, et je me rends compte que je vais devoir y revenir, à moi, avant de pouvoir être bienveillante comme se faut. Je vais devoir reculer de trois pas, cesser de donner le meilleur de moi-même aux enfants des autres pour en réserver la meilleure partie à Mathilde et à moi-même. Je pourrais commencer par retrouver le silence des forêts. Les arbres, toujours. Marcher pieds nus avec les cheveux sales. Je pourrais ne revenir qu’au printemps seulement, avec encore de la terre sous les ongles comme souvenir de voyage. Je pourrais partir en retraite dans un lieu où je ne ferais que marcher et respirer, afin de me souvenir que tout passe. Je pourrais continuer d’y apprendre comment me calmer et comment garder l’équilibre en marchant face aux vents. Je pourrais partir avec Mathilde pour quelques mois, dans des pays qui n’ont rien à voir avec ici. On ferait l’école à la maison et on pourrait aller visiter des écoles là-bas, pour le plaisir de voir c’est comment ailleurs. On continuerait d’apprendre sur la route et la transformation n’en serait que plus profonde.

« … il y a la conviction que le sens se trouve davantage en nous-mêmes que dans des formes extérieures (les livres, par exemple), et que le sens particulier attribué par chacun à sa propre expérience s’acquiert et se valide à travers l’interaction et la communication humaines. » (Mezirow cité dans Duchesne, 2010)

2 réflexions sur « RÉCIT DE VIE EN VRAC EN LIEN AVEC MON PARCOURS D’APPRENANTE_PRENDRE SOIN »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *