Pensées en vrac sur la question de la voix…

volée d'oiseaux

Je ne sais pas si ce que j’écris est bon, ni même intéressant. Mais c’est une voix. Une voix qui s’accroche et se tisse à d’autres voix réelles ou imaginaires, qui est traversée d’influences et de connivences intertextuelles. J’utilise parfois l’image de la ventriloque pour parler de cette impression qu’écrire peut être une manière de laisser d’autres voix traverser son écriture. Un bel article de Marie-Anne Paveau sur la question du « parler pour » ou du « parler à la place de » m’a fait réfléchir :  Parler du burkini sans les concernées. De l’énonciation ventriloque

Il n’est pas question dans cet article du travail d’écriture d’un auteur, mais plutôt, de l’analyse de discours médiatiques et de la position d’énonciation particulière du « je sais ce que vous dites ». L’auteur fait ressortir l’importance de faire une place aux voix des « concernées » et de les entendre. Alors je me disais qu’il est délicat de travailler à partir de récits et que, malgré mes bonnes intentions et mon désir de porter des paroles qui me semblent peu-ou-pas entendues, je vois ici le danger de s’auto-proclamer porte-parole et de tenter de faire passer son propre message en utilisant la voix des autres. Dans cet exercice de raconter ou de rapporter, ma voix n’est jamais neutre. Il est peut-être illusoire dans ce contexte de vouloir prêter sa voix, porter des voix…?

The problem of speaking for others includes the problem of speaking about the other, as if, in bell hook’s (1990) words,  » I can talk about you better than you can talk about yourself » (p: 152). – Rakow et Wackwitz, Voice in feminist communication theory (2004)

Ce projet de blogue où j’exerce d’abord ma propre voix, me permet de questionner mon rapport à l’écriture. On parle beaucoup du numérique, de comment les technologies modifient et bouleversent notre façon de lire. La lecture n’est plus aussi linéaire. On se promène d’une page à l’autre à travers des hyperliens, de contenus en contenus avec une grande fluidité. Je trouve qu’on parle moins du comment les technologies modifient notre façon d’écrire… Le numérique n’est pas juste une vitrine pour qui écrit, c’est une façon d’appréhender l’acte même d’écrire autrement et c’est un espace où de nouvelles formes de discours peuvent émerger. Je ne parle pas seulement d’un espace pour de nouvelles voix, mais d’un espace pour prendre la parole autrement.

L’environnement numérique me séduit parce que je m’intéresse depuis toujours au collage et à l’intertextualité… avec le web, il devient plus facile de naviguer à travers les voix, de les enchevêtrer et de les juxtaposer. Les voix s’entrelacent ainsi dans la trame, dans l’horizontalité du texte, mais les hyperliens permettent le multicouches, permettent d’ajouter des voix dans la verticalité du texte. L’objet prend de l’épaisseur et est modifiable en continu. Ça questionne donc aussi la finalité et la fermeture du texte, qui n’est pas figé dans l’impression-papier, mais qui demeure un objet en mouvement tant que le(s) « auteur(es) » agissent sur ce dernier et l’activent.

Pendant longtemps, j’écrivais sur papier et je retranscrivais pour l’écran… je passe maintenant tellement de temps à l’écran, que je suis portée à souligner des passages au crayon lorsque j’écris sur papier, de manière à marquer les liens que j’entrevois vers quoi une image, quoi un wiki, quoi une voie(x) parallèle, quoi un article que j’ai lu.

Dans mon dernier cours (Arts et géographies) j’ai reçu le commentaire suivant pour mon travail final:

Vous jouez le collage (ou le fragment) avec toutes les citations continues dans le texte. On pourrait vous accuser de laisser les autres travailler pour vous… mais je n’ai pas vraiment de problème avec cette manière. […]

Cette remarque qui pourrait être une critique je la prends comme un compliment. Dire que je fais du collage et que j’écris par fragments… c’est exactement ce que je veux faire. Et si certains diront que je laisse les autres faire le travail à ma place, je répondrai qu’il faut beaucoup de recherche pour trouver ces voix avec lesquelles on partage une fréquence et encore un peu de travail dans l’agencement de ces voix tissées, cette trame d’idées et de sensibilités partagées.

J’ai toujours de la difficulté à oser prendre la parole, j’ai l’impression d’habiter une précarité et une fatigue qui m’enferment bien souvent dans le silence et l’inaction; mais je me sens bien entourée, je trouve qu’il y a de si nombreuses voix à découvrir et toujours des lectures devant moi pour apaiser mes insomnies…

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