Les zigzags de Bona de Mandiargues

« Mandiargues a beau défendre sa garde-robe, Bona a découvert une nouvelle technique pour s’exprimer. Elle choisit soigneusement les tissus, juxtapose avec nuance les couleurs et les matières, lie le tout avec des zigzags. Novion souligne un certain automatisme dans l’emploi des zigzags de la machine à coudre. Elle voit aussi une forme de violence dans les piqûres et les lacérations infligées au vêtement masculin, « petites vengeances » . L’humour ironique que ces objets inspirent et leur harmonie nous amènent plutôt à considérer cette activité comme ludique, exubérante. Le ton du dernier texte de Bonaventure, un vrai poème dédié aux « zigzags », confirme cette interprétation. Car Bona réussit à refaire le monde à sa guise :

Le pied-de-biche zigzague le tissus mis bout à bout sur la tablette de la machine à coudre. Il forme des lacis de la destinée au gré d’un bras qui les pousse, mû par je ne sais quel jouissant secret qui amène sur le chantier ainsi mis à nu un imaginaire manipulé, dessine une illusoire topographie d’état-major d’un pays d’ailleurs (Anthropolite, Androgynopolite). Les zigzags dessinent une nouvelle carte du Tendre, une géographie interne, organique, invertébrée, où les escargots se taillent la bonne part, où la duplicité des visages inquiète parce que venus de nulle part, zigzags guidés par une nouvelle intelligence – la Folie? -, zigzags haletants ou réguliers, saccadés ou hachés, traduisant sur le support brut de la toile une respiration d’un jour et d’une nuit que la Brodeuse millénaire m’a transmise, me donnant en cela, par la bobine, le secret de l’existence même. »

– Adélaïde Rousso, « Pour tout ce que les yeux voient », Pour Bona Tibertelli de Pisis de Mandiargues dans La femme s’entête : la part du féminin dans le surréalisme, sous la dir. de Georgiana M. M. Colvile et Katharine Conley

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