Le moi, fragmenté

Voici le texte inspiré par la toile de mon oncle Claude Grégoire.
Chantal Bergeron. « Miroir, miroir », CODE COLIBRI

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Toi
fille forte
au full face façade
faux-semblant en forme de cuirasse
forteresse blindée
parce que femme sans peau
fragilement nue, frissonnante
mais pas en apparence
sous ces 100 soleils sourires
flore intime, archéologie sous-marine
OUI!

Qu’est-ce qui te fait peur
derrière ton visage enfariné
ce visage filtré par le mirage
faiblement familier
la face d’une étrangère
qui rit jaune, qui jaunit
farce extérieure à toi
fumisterie
une distance entre TOI et l’apparence de TOI

Alors tu t’efforces de te réinventer
pour refaire connaissance de nouveau
mais tu ne fléchies jamais tant que ça
tu te frimes toi-même dans le reflet
futée va
fatiguée

Faque si t’avais un visage qui fitte
quelle couleur aurait ta peau?
quelle couleur auraient tes yeux?
feeles-tu qu’tu pourrais avoir les yeux bleus?
NON!
sens-tu même qu’il te reste des yeux?
à force de les baisser t’as perdu la vue
à force de rêver tu fais pus la distinction entre le vrai pis l’fantasmé
réalité fabriquée dans ta tête
entre les vertiges in-existentiels
différentes voix sifflent
les céphalées s’agrippent

La femme aux têtes de serpents
comment elle s’appelle déjà?
est-ce que quelqu’un dans la salle sait son nom?
Méduse, ouais, c’est ça
le TOI fragmenté, fissuré
des éclats se dispersent
tu t’éparpilles dans l’espace
tu deviens l’espace
l’espace et le temps
t’en as marre de ton âge, même si tout le monde s’en fout
la vérité, t’en as perdu des bouts
pendant que certains faisaient des plans de carrière
pis des enfants
toi, tu faisais quoi

Fiévreuse
tu réfléchissais, t’écrivais, mais pas tant
tu dérivais en plein jour surtout
vingt-quatre heures par jour au soleil
avec des craquements infiltrés
et la bouche presque submergée
remplie d’alarmes
parce que tu ressentais trop
parce que toutt te rentrait ‘dans
sous forme de tremblements
parce que t’avais pas mis tes frontières
pis perdu ta confiance
que tu savais pas encore que toutes les émotions que tu feelais
t’appartenaient pas
certaines étaient à ta mère, à ta grand-mère, au collectif
d’autres, au monde at large

Ah ça, prendre le large, tu l’as fait souvent
et t’échouer dans des fonds froids
si profonds qu’on n’y perçoit plus aucun souffle
à chercher, à te chercher
un luxe, non?
coincée, stagnante
sans appétit
en dormance
attendant la prochaine errance
c’est-tu de ta faute si t’as besoin de plus de sommeil que la moyenne?

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