Le bonheur selon ceux qui créent nos besoins

La pub. C’est moins poétique. C’est sûr. Je me promène dans le métro. J’oublie que je suis au métro Berri-UQAM. J’oublie que le métro Berri-UQAM est une campagne de pub en soi.Le métro Berri-UQAM est plus marketing que transport, est plus clinquant que wagons et plus stratégie de pub/propagande que voyage du point A au point B. Impression de marcher dans une tévé. Pas une question de lunettes roses, mais de vue embrouillée. Comme si les agences de pub nous pensaient/souhaitaient myopes et demeurés. Des taupes-zombies qui n’utilisent le métro que pour aller travailler (pour gagner des sous) et pour aller magasiner (pour dépenser des sous). Dans cet univers où nous sommes bombardés d’images commerciales format géant – comme si, plus c’est gros, plus c’est efficace. J’imagine qu’on a des statistiques pour nous prouver que oui. – une pub m’a frappée, celle des comptables professionnels agréés. Les pubs des comptables agréés sont agressives. De fait, depuis un certain temps, on essaie de changer l’image des comptables et de nous convaincre que le comptable est un « superhéros du monde des affaires » (un peu comme les soldats dans l’armée canadienne, toujours dans la pub). Mon grand-père était comptable et il n’était pas un superhéros. Peut-être que ce n’est que lui et que mes références en matière de « comptables » ne sont pas justes. Par ailleurs, j’ai eu un cours de comptabilité cette semaine et je ne sentais pas pousser la fibre du superhéros en moi. Au contraire, je me trouvais niaiseuse et je me disais que j’aurais peut-être dû, effectivement, écouter un peu plus mon grand-père du temps qu’il était là. Oui, j’aurais dû, peut-être, écouter mon grand-père et embrasser un peu plus les mathématiques et les fichiers excel. Mais bon. Toujours est-il que je suis dans le métro et que je vois cette gigantesque pyramide de Maslow. WOW! Être comptable comblerait tous nos besoins. Besoin de dormir de boire de manger de sécurité et d’appartenance d’estime de soi de lâcher son fou d’accomplissement. Donc, être comptable = le bonheur. Ce modèle de Maslow plaît bien aux gens du marketing. J’imagine que c’est rassurant de hiérarchiser les besoins. Ce modèle, cette boîte de plus, a été construit, bien sûr, en étudiant une population occidentale. On s’en sert pour positionner les produits…. ou, dans le cas qui nous intéresse, les professions. Quand on voit ça, comment ne pas haïr la pub? En même temps, comme faire abstraction de la pub, qui nous saute littéralement aux yeux? Comment vivre sans être influencé? Par les nouveaux emballages, les nouvelles saveurs. Comment monter des projets sans se buter à la promo et aux logos? Comment devenir porteur d’un organisme culturel sans que les chiffres, l’analyse des concurrents et les stats de Google Analytics prennent toute la place? Comment devenir entrepreneur-artiste sans devenir comptable? Comment s’accrocher à la « parole vraie » plutôt que la parole marchande? Rester soi-même dans ce monde en papier mâché glacé? Être authentique sans se faire blanchir les dents? Concilier nos humanités et ce monde de moins en moins humain?

Je ne vois qu’une solution…. devenir funambules! Vous avez autre chose à me proposer?
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Entendu dans le film L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz (à 1h17)…
« […] et tous ces morts pour une seule raison. Pour le nickel qui couvrent toutes les montagnes de le grande terre et qui ai traité à Noumea. Ce nickel sans lequel vous ne connaîtriez même pas notre existence. Cette terre rouge que des ancêtres nous ont volé contre un paquet de cigarettes et une bouteille d’alcool. Ce nickel pour lequel vous ravagez notre terre. Vous polluez notre air. Notre mer. Ces mines par lesquelles vous avez injecté vos poisons dans notre sang. L’argent. La drogue. L’alcool. Cet argent qui dirige chacun de vos pas. Qui différencie les bons des méchants. Qui vous enferme dans vos villes dortoirs. À ne vivre que pour en gagner plus. Quand vous aurez transformé la planète en argent, les derniers survivants de votre apocalypse, ce sera nous. »

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