La poésie comme pied de nez aux centres d’achats et aux saucisses hygrade

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Ça fait un bout de temps que je suis silencieuse sur ce blogue. J’étais occupée avec 2 magnifiques projets poétiques, une grande fille de presque 2 ans qui saute dans tous les trous d’eau avec ses bottes de pluie et un emploi à temps partiel presque plein. Aussi, moi et tantie avons accumulé quelques déceptions amoureuses hivernales et autres downs de nos highs. Pas les blessures du siècle, mais le genre de rencontres qui laissent entrevoir des possibles et qui se terminent en queue de poisson. Juste le temps de te dire que peut-être que c’est la bonne personne, d’imaginer que tu pourrais faire un bout de chemin en tenant la main d’un autre être humain. Mais il semble que ce soit difficile de trouver des gens au bonheur facile ces temps-ci. Encore plus difficile d’entrevoir un engagement autre que celui de la maternité. Il en reste quelques moments précieux d’intimité, où les gens enlèvent plus que leurs vêtements et dévoilent même une grande part d’intimité. J’ai le chic pour provoquer les confidences, mais j’ai remarqué que, bien souvent, les gens qui me chuchotent leurs secrets, se replient ensuite, se retranchent. Comme s’ils avaient nommé l’indicible et se sentaient obligés de transformer leurs frontières mouvantes en barricade pour se protéger. Ces rencontres avortées donnent quand même un rap-ventilateur que tu peux venir entendre lors du lancement montréalais de CODE COLIBRI, le samedi 14 juin prochain au café Bobby McGee (3215, rue Ontario E) en formule 5@7.

[…] j’amène bébé dans une first date
l’souper finit
bébé vomit
pt’être une question de jalousie
mais comment rendre ça séduisant?
texter tantie au plus sacrant
sort la limette pis le beefeater
à soir on s’raconte nos histoires de cœurs
dans une chanson-ventilateur[…]

On remet ça comme à Québec en mars dernier pendant le Mois de la poésie, avec des amis qui lisent des textes, du gin, des enfants qui dessinent sur des textes et une fenêtre poétique sonore.

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C’était aussi lancement de la deuxième revue du DAM (Diversité Artistique Montréal) TicArtToc, dans laquelle vous trouverez un article composé d’extraits d’une correspondance de Guy Ménard et de moi-même à propos du projet de tatouage poétique collectif LA MARCHE À L’AMOUR. Une revue qui avait pour thématique les artistes indisciplinés. Ce qui fait se questionner sur l’indiscipline, la désobéissance, l’esprit de rébellion, non? J’ai toujours cru au devoir subversif de l’artiste, ce qui m’a valu, à une certaine époque, de belles discussions avec mon directeur de maîtrise, qui me citait Jean de La Fontaine en me disant que toute pratique artistique n’est pas subversive. Et pourtant, même au XVIIe, en plein classicisme, une conteuse comme Madame D’Aulnoy devait bien bouleverser un peu l’ordre établi par le simple fait de prendre la parole et la plume. Si tout pratique artistique n’est pas subversive donc, il faut bien avouer, qu’aujourd’hui plus que jamais, dans le contexte actuel, le simple fait de créer et d’assumer la position d’artiste demande bien un peu de naïveté, sinon de l’inconscience. Être poète aujourd’hui est un magnifique pied de nez aux centres d’achats et aux saucisses hygrade. « Plus de gens en mangent parce qu’elles sont plus fraîches et elles sont plus fraîches parce que plus de gens en mangent. » N’est-ce pas un beau geste engagé, une prise de position en-soi que de mettre temps, énergie et cœur dans une voie qui est nécessairement à contre-courant si on en juge par les coupures en culture, le manque de poésie ambiant et la morosité systémique? Alors on peut crier, on peut trasher, on peut performer avec un gun loadé ou on peut juste essayer, aussi, de (dé)construire un peu de beauté et de travailler dans la marge communautaire. Sûrement que ça dérange plus qu’on pense de chanter en public et de voter RÊVE, dans un monde qui formate, qui récupère, qui monnaye tout et qui coupe les ailes de tellement tellement de monde.

Ce que j’aime des projets communautaires pour lesquels j’ai travaillé cet hiver (POÉSIE EN FAMILLE, avec La maison de la poésie et le Centre de francisation Yves-Thériault / MOSAÏQUE DE MOI, avec Eurêka! Art et dialogue interculturel et le Centre d’éducation aux adultes Gabrielle-Roy) c’est comment les gens qui se disent non-créatifs ont une liberté dans l’exploration créative. Comment les gens, qui ne s’exercent pas à une pratique artistique sur une base régulière, sont vierges d’a priori, d’influences, de patterns expressifs. Aussitôt déconstruits les stéréotypes qui persistent (t’as pas besoin d’être bon en dessin pour pratiquer les arts visuels, t’es pas obligé de faire des rimes pour faire de la poésie) les gens, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, de cultures et d’horizons divers, explorent sans retenue avec ouverture et curiosité. Ils ne possèdent pas la maîtrise de toutes les techniques que la pratique et le temps confèrent, mais sont généreux d’une authenticité et surprenants d’inventivité. Ils nous disent, à travers leurs tableaux et leurs textes, ce qu’eux seul peuvent dire et d’une manière qui n’appartient qu’à eux. Cette prise de parole, peu importe la forme qu’elle prend, enrichit les rapports que nous entretenons entre nous, nous permet d’apprendre à nous connaître, de prendre le temps de jouer et d’adresser des enjeux qui nous sont communs. Travailler en groupe permet d’être dans l’artistique et le social à la fois, dans l’expression et le vivre ensemble, en même temps. J’aime ce travail!

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Les cartes postales du présent billet sont le fruit d’une collaboration de Sophie Poifol, Jean-Christophe Diehl et de moi-même. Elles faisaient partie d’un appel de dossiers qui n’a pas porté fruit, mais je vous les partage parce que je les trouve magnifiques et que je m’ennuie de mes deux comparses, qui sont maintenant en France, après un séjour en Argentine. Nos gentlemen farmers se passionnent de permaculture et d’agriculture bio, tout en continuant de travailler sur différents projets de graphisme, de vidéo, d’art postal… Venez donc nous voir cet automne, qu’on dessine et qu’on écrive ensemble! Vous dites oui et je pourrais même me mettre à cultiver des tomates sur mon balcon pour célébrer la chose!

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