La chaussure retrouvée

Nous sommes parties en navette avec Yvan comme chauffeur. Il y avait une petite neige dehors qui jetait un voile supplémentaire sur les choses. La réalité nous apparaissait derrière la vitre en accéléré, les portes et les adresses défilaient et Yvan connaissait bien notre itinéraire. Il bravait tempête, obstacles et rues étroites pour nous amener faire le tour du quartier. Nous sommes d’abord allés chercher Monsieur Fortuné chez lui et avons mis le cap vers chez Madame Desroches, qui habite une maison avec un élévateur extérieur facilitant ses déplacements en fauteuil roulant. Elle demeure tout à côté d’une grande église, Notre-Dame-de-la Consolata. Une église qui laisse passer les peines jaunes et les rayons de soleil.

En filant vers chez moi, nous avons croisé un escalier bleu sur fond de briques orange, des portes en arches, des murales taggées et des appliqués de céramique en forme d’icônes religieuses semblables à des tsars sous notre neige Sibérie. Chez Monsieur Boisvert, la voisine nous épiait en balayant la neige. Monsieur Boisvert nous a dit qu’elle le watche tout le temps. Un peu voyeuse, comme nous l’étions tous face au quartier dans cette promenade roulante.

Ensuite nous avons fait un stop au parc François-Perrault, voir cette bibliothèque-piano (l’image est de Madame Desroches, qui voit dans l’architecture du mur en retrait de grandes touches blanches sur fond d’horizon). Nous avons salué la sculpture de Cooke-Sasseville, Le Mélomane, qui représente une autruche avec la tête dans le cornet d’un gramophone plutôt que dans le sable. Une manière de souligner que nous sommes à proximité de l’école Joseph-François-Perrault et sa faculté de musique. Une façon d’exprimer que l’autruche plonge non pas dans un aveuglement volontaire, mais dans l’univers des possibles du monde musical.

Ensuite, direction la maison de Monsieur Mayer, qui habite dans une rue où les toitures ont les plus gros glaçons suspendus. Nous avons pu observer le mélange des époques dans les constructions, tous les temps se voisinaient à travers l’architecture. Puis nous avons traversé le Métropolitain pour aller vers le nord chez Madame Pan et Monsieur Chhay. Madame Pan n’était pas dès nôtres puisqu’hospitalisée, mais nous sommes passés devant chez elle, un immeuble au cents coupoles et balcons qui servent d’entrepôts pour les meubles, les poubelles, les jouets pour enfants. Monsieur Chhay nous a pointé sa maison, la dernière de notre parcours. Monsieur Chhay est un grand marcheur, mais il n’avait jamais vu les deux murales de MU, qui ornent l’immeuble au coin de la 24e et Robert et celle au Centre René-Goupil.

chaussureWEBNotre chauffeur nous réservait une surprise pour la fin. Après avoir sillonnés les rues du quartier industriel et avoir croisé encore quelques églises, temple bouddhiste, caserne de pompier et restaurants portugais d’où émanaient des odeurs de grillades… nous nous sommes arrêtés devant le plus grand soulier de clown. Une sculpture en bronze de Rolf Knie, qui fait 27 pieds de longueur. Une chaussure vieillie déposée sur un socle, un soulier fatigué qui a bien marché. Nous avons enlevé la neige et pris des photos de tous les angles de cette godasse avant de revenir au CSSS où des biscuits chinois nous attendaient. Ce soulier était le clou de notre tournée! Un peu le symbole de nos promenades, nos flâneries, nos errances et en même temps, celui de nos obstacles à nous déplacer, de nos enjeux de mobilité, liés à l’âge, à notre condition physique personnelle et à la géographie de notre territoire enclavé. Saint-Michel, avec son autoroute métropolitaine et ses deux carrières désaffectées, présentent certains défis dans les déplacements. Parlez-en à Yvan…

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