La catharsis du sac de chips!

Cette semaine, j’ai eu la chance de retrouver quelques-uns des aînés-lumières du projet de lanternes poétiques sonores à la bibliothèque de Saint-Michel. Ces aînés faisaient une lecture d’extraits de la pièce Les Chaises de Ionesco. C’était très touchant. Pour ceux qui ne connaissent pas la pièce, il faut savoir qu’elle met en scène deux vieux, qui reçoivent des invités, invisibles aux spectateurs. Une « farce-tragique » qui traite de la vieillesse, de l’amour et de la mort. C’était très touchant de voir ces « vieux » corps incarner la parole de Ionesco et comme toujours, c’était aussi émouvant d’entendre un texte, avec cette couche de sens supplémentaire, porté par la voix, le bagage, l’authenticité de comédiens de fortune. La réalité et la fiction se rejoignaient dans ce beau projet de médiation mené par PPS Danse, en collaboration avec La TOHU et Micheline Gravel, intervenante de milieu.

Le thème de la pièce, c’est l’irréalité du monde. C’est une pièce sur l’absence. Il n’y a personne autour de nous, personne dans le monde, dans un monde évanescent qui disparaît, qui doit disparaître. Où est passé le passé ? Plus rien n’est et, ce qui revient au même, plus rien ne sera.

Les deux vieillards qui sont là sont presque inexistants eux-mêmes. Ils ne sont là que pour manier des chaises, des dizaines de chaises, et pas pour exprimer le vide ontologique, qui est le vrai sujet de la pièce. Ces deux vieillards sont des ratés sociaux et dérisoires mais entre eux, il y a l’amour. Et il n’y a en ce monde que deux essentialités : l’amour et la mort. C’est-à-dire que l’amour peut tuer la mort. – Ionesco

2013-02-16-15.10.14_webÇa m’a changé les idées pendant un moment de ma bébé-Jekyll & mini-Hyde. Parce que OUI, chaque jour avec bébé-hiboue c’est à la fois merveilleux et nous frôlons le chaos. Chaque jour je la trouve magnifique et arrive un 15 minutes de surplus de caractère où j’ai envie de l’enfermer dans un placard pour souffler un peu. Elle est tellement tellement cute quand elle chante, elle rit, elle marche et elle dit « allo ». Pis d’autres fois, elle veut juste pas dormir, pas être dans sa poussette, pas manger ce qu’il y a dans son assiette…. et là là ça pèse sur ta patience ou plutôt, ton manque de patience. Ça teste toutes tes limites, ça te fait douter de toi-même, ça t’énarve. C’est sûr que ça te rassure de voir qu’elle a du caractère, qu’elle s’affirme, qu’elle résiste même, mais osti que t’es fatiguée à fin d’une journée. Toujours un peu #zombie-moitiédetoi-même.

Elle est l’amour et l’horreur habillé de rose, elle est la crème et la bave. Des fois tu voudrais tout lâcher (surtout le lundi matin) pour être toujours avec elle et à d’autres moments (le lundi surtout) tu te dis que c’est vraiment cool qu’elle aille à la garderie parce que ça va te donner un break. Bien sûr, toutes ces pensées te font sentir vraiment coupable. Pis tu repenses à toutes les fois que t’as vu des mères user de chantage affectif pis tu te dis, c’est normal, faut ben partager ça cette culpabilité-là. Faut ben partager avec le monde entier. Pis c’est là que tu te rends compte que t’as un méchant gros moton dans gorge. Le genre de moton qui veut remonter. C’est-tu juste de la tristesse? Tu te dis que « père absent de sa chaise » a d’la misère à passer. T’as ben essayé de l’inclure dans ta vie, de le rendre visible, de garder un lien pour la petite, de le consulter pour le choix du prénom et du nom, de l’inviter à l’échographie, de comprendre, de faire affaire avec un traducteur interculturel, d’ouvrir grandes les portes de ta maison, mais t’as échoué. T’as échoué pis ça ça passe pas. Pis non seulement ça passe pas, mais t’entends des histoires. On parle de toi quand t’es pas là, tu deviens le centre de grenouillages qui doivent pas être trop trop gentils. On sait ce que t’aurais dû faire. On dit que c’est ben de ta faute si t’es toute seule. Ben oui. Ta faute. Encore ta faute.

Faque le moton passe pas pis tu te mets à régurgiter. Une grosse boule de poils. Comme les chats, mais t’es pas un chat. D’où ça vient tout ce poil-là? Pis juste au moment où je m’interroge, je vois bébé-hiboue passer avec sa tête afro pis je me dis : « ben oui! » j’ai donné naissance à la hiboue la plus chevelue de la terre. Elle me regarde avec ses grands yeux magnifiques et elle dit : « miaou! ».

Tu repenses à ton entrevue de cette semaine. La première « vraie » entrevue formelle depuis que t’as eu la petite. Tu te dis que t’es vraiment décalée pis que t’étais mal préparée pis que ta réponse à la question « vous faites quoi si vous arrivez chez une maman et qu’elle vous dit qu’elle veut jeter son bébé par la fenêtre ou l’étrangler » était pas bonne. Commencer ta réponse par « c’est normal« , c’était pas super et c’est peut-être pour ça qu’ils t’ont pas rappelée. Parce que, pour l’instant, peut-être que t’as plus besoin d’aide que tu peux en donner. Peut-être que t’es pas assez concentrée pour répondre aux questions. Peut-être que c’est vrai, ta priorité c’est pas vraiment le travail, c’est elle, mais t’as besoin de manger pareil.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=O3QJrvocmdk&w=560&h=315]
Qui dit moton dit sac de chips (j’savais pas que c’était rendu 4$ un sac de chips!). Faque je mangeais mes chips tout en sachant que j’étais pas la seule à avoir le moton, puisque l’idée de compenser avec du sel pis du gras m’est venue de facebook. Une amie publie ces jours-ci des statuts doux-amers, où elle relate son combat contre sa peine d’amour. Des fois la poutine gagne (poutine 1 – peine d’amour 0), des fois la peine d’amour (Miss Vickie’s 0 – peine d’amour 1). La même amie m’a écrit pour savoir si elle pouvait réserver 8 vers de Miron. Elle voulait tous se les faire tatouer (elle qui n’a jamais eu de tatouage!). Je lui ai répondu que je ne savais pas si les vers de Miron sont plus efficaces que les chips ou la poutine en matière de peine d’amour, mais que je pouvais lui réserver tous les vers qu’elle voulait. Cela dit, ça va bien prendre la moitié de son dos pour inscrire toutes ces phrases poétiques, non? Et si je l’accompagnais? Et si, à deux, on prenait toutes les phrases qui restent pour oublier nos peines? La catharsis par les aiguilles, le tatouage pour laisser une trace et passer à autre chose. Avale pis avance. Trouve ton courage pis marche!

Un commentaire sur “La catharsis du sac de chips!”

  1. Ah Chère ! Je te lis, j’entends ton sentiment de culpabilité tellement universel – ça vient en package avec la maternité – et ça me rejoint dans ma chair de chère mère ! T’es bonne et courageuse d’avancer là dedans toute seule. Fais un beau grand feu avec les grenouillages : t’as fait ce que ton coeur t’a dit de faire. Profite des moments de solitude et d’amitié pour faire des trucs qui te font plaisir. Les choses vont se placer. Bébé-hiboue aura pas toujours 2 ans…….

    Avec toi,

    Anma xxx

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *