Géopoétiques

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Un jour j’ai eu à lire le livre Amériques, de Jean Morisset et Éric Waddell. C’était dans un cours sur l’américanité. C’est un livre de poésie écrit par deux géographes. Je lisais, sans être capable de m’arrêter et je surlignais les passages que je trouvais beaux et remplis de sens. Je surlignais le livre en entier. Toutes les lignes orangées. Ce jour-là, le jour où j’ai rencontré Morisset et Waddell, je me suis dit que les plus  grands poètes étaient géographes. Quelques années plus tard, je me retrouve dans un bar, à jaser avec une professeur de géographie. Je lui explique comment je suis amoureuse de deux poètes géographes découverts à travers mes lectures à l’Université. Je cherche le nom des géographes en question, j’ai ça sur le bout de la langue et elle me dit que je parle sûrement de son collègue Éric Waddell, assis à quelques tables de nous. Trop gênée pour aller lui parler. Je crois même avoir rougi. Ça fait ça l’amour des mots. J’étais là à regarder Éric Waddell à distance en me disant que c’est lui qui avait écrit tous ces mots fluos remplis d’espace. Je me disais que la géographie et la poésie sont faits pour respirer ensemble, que le territoire, malgré son immensité est un ancrage. Que seul les voyages (y compris les voyages intérieurs) et le langage poétique me donnent l’impression de toucher à quelque chose de vrai. Est-ce que tous les pays visités sont en moi? Est-ce que mes souvenirs correspondent à la réalité? Probablement pas. Toute une liste de pays visités à la recherche de quelque chose que je n’arrive pas à nommer. Pour percevoir tout moi et l’autre sous un nouvel angle. La tête en bas, les pieds en haut. Attachée à mes racines aériennes. J’ai l’air d’une autruche de même. Mais oui, je suis une autruche des fois avec des fêlures à géométrie variable.

« Mais une fois qu’on aura tous découvert de quel coin de Surgères ou de La Rochelle ou  de quelle emblavure de Normandie on vient du côté paternel, il faudra bien trouver un jour notre ascendant maternel. Ou, à tout le moins, s’avouer que, derrière cette Amérique sans nom cherchant à s’inventer un passé européen glorieux et sans tache, se trouve une Huronne, une Natchez, une Alguonquienne, une Noire esclave, une Panisse, une Pas-Pareille ayant servi de préambule dans la hutte amoureuse d’un poème, d’un sapinage ou d’une confluence nommée Amérique. »
– Jean Morisset

Je pense que je suis due pour l’ailleurs. Je me sens nostalgique de la promenade avec pack-sac. Nostalgique et le goût de boire des gin tonic (j’imagine que c’est le ressac de tous ces mois d’abstinence). Je demande l’autre jour à une amie c’est quand la dernière fois qu’elle a pris une brosse? Elle me réponds : « vendredi passé ». Je suis partie à rire. Mais c’est pas drôle. Je suis décalée et je suis une maman. Une maman tout le temps. J’ai envie de gin tonic et d’horizon. C’est que l’ennui de Québec m’a prise par surprise un soir cette semaine. Ça fait ça aussi se promener. On multiplie ses familles et on s’ennuie tout le temps, peu importe on est où. Je me suis mise à envoyer des invitations facebook à toutes les personnes que j’ai connues à Québec. C’est niaiseux, je le sais. Tout le monde avec qui j’ai travaillé, j’ai parlé, j’ai pris une bière ou un sandwich au smoked-meat. Comme si ça effaçait la distance les médias sociaux. Mais non, c’est pire, ça marque la distance, avec des commentaires et des photos à l’appui. C’est là que t’apprends que les salons changent de couleur et que la vie continue. Je m’ennuie de plein de gens que je connaissais peu ou pas, mais qui faisaient partie du paysage. Je m’ennuie du paysage et de la géographie de Québec. Des conversations, des habitudes, des lieux familiers. Je m’ennuie des mots de Léo dans la ville, des marches, de la terrasse verte du centre Frédéric Back, du chocolat noir, du Café Babylone, du Carrefour International de théâtre, du héron bleu dans Limoilou, des boîtes électriques avec photos. Je pense que je suis due pour aller me promener!

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N’empêche au-delà de l’ennui, j’ai eu le grand bonheur de visiter de nouveau le site La Traversée – Atelier québécois de géopoétique et d’y découvrir des blogues affiliés. En parcourant les différentes pages des blogues, je voyageais dans différents univers artistiques et je retombais en amour avec des nomades de l’urbanité et du monde. Des façon innovantes d’aborder les espaces réels et imaginaires avec l’interdisciplinaire et les technologies numériques. Il faut voir ce que fait la COOP Audiotopie, avec ses parcours audioguidés qui s’inscrivent dans le territoire en mariant, architecture du paysage – art sonore poétique – aspects sociaux. On peut découvrir Montréal à travers les textes et les photos des marcheurs des Flâneries du mercredi. On s’amuse beaucoup aussi sur le site de la revue de littérature hypermédiatique bleuOrange.  C’est sans compter les envolées lyriques et méditatives que partagent Jean Désy et Isabelle Duval sur facebook en direct de leur roulotte au Colorado. Si ça ça te donne pas le goût de prendre le large…

En attendant, je voyage en métro et je tombe sur des notes laissées là par un étudiant qui travaille sur Gaston Miron. Des notes manuscrites sur des petits bouts de papiers chiffonnés. Mon oeil est toujours attiré par les papiers abandonnés. Habituellement des listes d’épicerie ou de choses à faire. Voilà que je tombe sur ces quelques phrases…

« Comme son peuple, il est un homme en pièce qui se reconstruit – le chiendent est une mauvais herbe, mais c’est une plante adventice, difficile de s’en débarrasser – le moment où il prendra la pleine mesure de ses racines et de la condition canadienne-française (le noir analphabète) – peuple québécois soit enfin prêt à s’ouvrir au monde = construction. »
– étudiant inconnu

Est-ce un hasard?

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2 commentaires sur “Géopoétiques”

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