Et les lilas en fleurs!

Avec le projet Parcours géopoétique, j’effectue avec différents groupes d’aînés du quartier des safaris-photos à pied où nous nous exerçons à voir autrement, à capturer des sons et des conversations. J’adore cet exercice qui me permet à chaque fois de constater que nous ne vivons pas dans une réalité unique. Nos regards sont distincts, nous cadrons différemment des détails-sujets différents, sous des lumières différentes. Une surprise chaque fois que nous visionnons nos photos de réaliser que, malgré le fait que nous étions dans un même lieu au même moment, non seulement nous n’avons pas vu les mêmes choses, mais que certains-certaines ont vu des choses que d’autres n’ont pas vues. À force de faire les touristes dans notre propre quartier, nous avons développé l’art de voir autrement et nous tentons de transposer ce voir autrement dans nos projets artistiques collectifs.

Ce vendredi il m’est arrivé quelque chose de drôle. J’ai réalisé, en marchant dans le nord de Saint-Michel, que j’habitais, il y a 10 ans, exactement à deux pas des Habitations où je donne un atelier. La track de chemin de fer clôture tellement bien le quartier que je n’avais pas réalisé la proximité de mes deux lieux d’adoption à 10 ans d’intervalle. Je marchais vers mon ancien appartement au sud d’Ahuntsic en traversant un parc qui voisinait mon ancien chez moi et que je reconnaissais à peine. Étrange comment la mémoire et l’imaginaire se tiennent la main. L’imaginaire au service des trous de mémoire, j’imagine? Le parc m’apparaît aujourd’hui beaucoup plus grand, immense, que dans mon souvenir. J’avais oublié le passage du train parce qu’à l’époque je regardais vers l’ouest plutôt qu’au sud. J’avais oublié le détail des commerces environnants. Je n’ai jamais eu la curiosité de traverser, à l’époque, les frontières et cassures qui encerclent Saint-Michel et le morcellent. En revenant à la maison par le complexe environnemental à pied, j’avais les oreilles remplies d’oiseaux et d’avions. Les uns volant localement et les autres arrivant de destinations plus éloignées. Ça m’a ramenée au souvenir des photos de notre participant, François, qui a des vues aériennes de l’ancienne carrière Miron. Cette fois donc, où François était lui-même un oiseau.

Les ateliers du printemps sont commencés et voici le détail des ateliers-projets animés par moi-même à l’hiver avec trois groupes d’aînés du quartier…

CACOPHONIE (photomontage)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / Bibliothèque de Saint-Michel)
biblioWEB
Oeuvre collective en cours de construction à partir des photos et des souvenirs des participants, Cacophonie explore le thème de la fenêtre, cette ouverture vers l’intimité et la mémoire. Souvenir réel ou imaginaire? Souvenir d’enfance ou d’un moment marquant? Les sens et le territoire travaillent ici au service de la mémoire. Inspirés par Victor Hugo, Raymond Bozier et François Bon, nous sommes allés à la chasse aux fenêtres en plein hiver michelois. Nos souvenirs se sont ensuite superposés, puisque la mémoire n’est pas chronologique et linéaire; elle est multicouche, mouvante et souvent…. cacophonique. Une cacophonie sonore et visuelle, des voix en parallèle, qui finissent par dialoguer ensemble par moments.

Rodrigo Luiz Moreira (montage-vidéo), Chantal Bergeron (montage-audio) et les participants Aimée-Myrtha Baptiste, Marie-Andrée Baptiste, Jacqueline Blanchard, François Daviau, Yvan Lavigne, Marguerite Pierre et Benito Taglienti.

MOI MES SOULIERS (techniques mixtes)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / centre d’hébergement Les Quatre temps)
photo Romaray Virguez Manrique
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Oeuvre collective en papier et teinture de café, inspirée de la chaussure en bronze de 27 pieds de Rolf Knie (2001, devant le Cirque du Soleil 2e Avenue). Moi mes souliers explore le thème de la botte, symbole de nos promenades, nos flâneries, nos errances et en même temps, celui de nos obstacles à nous déplacer et de nos enjeux de mobilité, liés à l’âge, à notre condition de santé et à la géographie de notre territoire enclavé. Comme le chemin se dessine en marchant, l’œuvre en mouvement est une représentation de la roue de la vie, qui permet au spectateur de voyager à travers temps et espace, du marcheur enfant débutant à l’aîné en fauteuil roulant.

Nous marchons – yeung daer – we walk – nou mache – idziemy – caminamos

Romarey Virguez Manrique (artiste), Marie Pelletier (intervenante), Chantal Bergeron (artiste-intervenante) et les participants M. Boisvert, M. Chhay, Mme Desroches, M. Fortuné, M. Gryn, M. Mayer et Mme Pan. Merci aux intervenantes qui ont participé au projet.

SAINT-MICHEL, VILLE ANIMÉE (toile-graffitis en origami)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / centre Rendez vous 50+)
origamiWEBOeuvre collective en papier inspirée du thème de la maison. Premier ancrage dans un quartier, notre maison est un peu notre propre représentation symbolique. À travers notre toile-graffiti, nous avons exploré la diversité et les contrastes des époques, des saisons, de la verdure qui côtoie le trafic du boulevard pie-9.

Nous avons tenté de compléter la phrase : « Tu sais que t’es à Saint-Michel quand… »

– Tu croises des familles, des poussettes, des langues d’ailleurs et des odeurs de pain.
– Les salons de coiffures font des tresses.
– Il y a des dessins animés sur les murs.
– Tu peux marcher sur la lune au complexe environnemental.
– Dans l’autobus 67 c’est comme voyager dans tous les pays.
– Vis-à-vis les maisons et les commerces un village s’installe, meublé d’autos et de verdure.
– Entre les gens et la poussière, le trafic se fait entendre.

Christèle Brien (artiste), Chantal Bergeron (artiste-intervenante) et les participantes Yolande, Messaouda, Johanne, Sylvie, Shirley, Vicky, Claire, Lorraine et Manon.


Porté par l’organisme Eurêka! Art et dialogue interculturel, PROJET PARCOURS GÉOPOÉTIQUES ST-MICHEL est un projet collectif de création de parcours dans le quartier, qui vise à rassembler citoyens, artistes et organismes autour des notions de CULTURE et de TERRITOIRE et ce dans le but de créer ce sentiment d’appartenance, de communautés plurielles tricotées serrées, souhaité par les citoyens de St-Michel. vous avez envie de participer à une expérience artistique collective? Envie de nous faire découvrir votre St-Michel et de le (re)découvrir à travers le regards de vos voisins?

Ce projet est réalisé grâce à la contribution financière du ministère de la famille. Il s’inscrit dans le cadre de l’Entente spécifique « Adaptation régionale pour l’amélioration des conditions de vie des personnes aînées dans la région de Montréal », pilotée par la CRÉ de Montréal.

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