Cher fleuve

Les amiEs du Collectif Escargo ont fabriqué une oeuvre en forme d’archipel au village au Pied-du-Courant.
Ils m’ont fait l’immense privilège d’y intégrer des extraits de ce texte-ci…

 

j’ai oublié
notre vie, pleine d’horizons
rapproche-toi, je vieillis
insulaire, je t’enlace
cher fleuve
cher amour
continue là ton sommeil d’écumes
revêts-nous d’un archipel de phares rouillés
d’un bateau sorti d’un film muet
un steamboat dévorant des chardons brumeux
les îles racontent toute notre vie
en fragments qui courent à la dérive
morceaux de paysages intimes
s’échouent au pied du courant décomposé
en milieu dunaire
avec laitues de mer, ascophylles noueuses
laminaires, quenouilles et mousse crépue

 

et enfin, toi
ton écho mort scintillant
aussitôt l’onde entraperçue
j’ai chanté ton estuaire, ta grève et tes bois de mer
les cernes de sel étalés en strates
branchies et nageoires turgescentes
danse-moi sous-marine
et j’agrippe le mouvement de tes marées tardives
et je réintègre ma peau raturée
entre les parenthèses de tes bras amoureux
là, contenance éphémère sous perséides
dans l’eau qui grouille avec le vent tonitruant
perdre le temps soufflé
gamine animée, graminée de bord de mer
dans le foin des dunes
les rosiers sauvages
les genévriers et les mains-de-mer palmées

là où il n’y a pas de trace
seulement le ressac grave de l’eau
qui garde vibrant en apnée
construis-moi le réel à partir de rigoles
architecte du maritime
de la quincaillerie accouchée dans les vagues
des havres multicolores patentés
un paradis apprivoisé sans cartographie
ou une cartographie détournée
pour les marins et les poissons voyageurs
comme le royal esturgeon
et autres dorades nomades
phoques à capuchons, renards roux et pluviers siffleurs
un espace sans ville, sans frontière
pour tous et personne
où flotter avant de croiser les falaises farouches

 

l’hiver, vivre à ton rythme en ruptures
le visage de l’amour vire d’allure
marcher sur l’eau et faire des vrilles dans les nuages
là où tout semble figé et en mouvements
tes glaces de mer devenues banquise cubiste
tout toi immobile et pris de soubresauts marbrés
marcher vers toi
peu importe si c’est ou non la saison du varech
mes poumons boucaneux
mes viscères égarées
mes envies ravagées
blancheur tranchante en mémoire
éloigne-toi, je vieillis
tes bruissements capturés sous les glaces
là où il y avait et il y aura des camarines
des airelles, de la livèche et de la salicorne
…j’efface la lumière
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