Archives de catégorie : Réflexion

2017 je t’attends…

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Voici mes souhaits pour la prochaine année. Des mots que j’ai d’abord fait suivre par snailmail à des amis. Parce que ça me semble aussi une bonne idée de ralentir cette année (tsé question de se rendre à la fin de 2017 avec encore quelques plumes). Sourire et respirer donc!

Il faudra bien sûr continuer de faire des enfants, continuer de leur apprendre à respecter les autres et à se défendre. Lire pour s’inspirer et pour comprendre l’innommable, ce que tous nos biais laissent dans nos angles morts. Trouver des espaces où il n’y a que du doux, pour recharger nos batteries en méditant, en jardinant, en jouant. Marcher et respirer dans les allées bétonnées, mais aussi là où il y a de grands arbres, l’eau et l’odeur du varech rassurante, les abeilles qui persistent. Continuer nous aussi, malgré les frissons de peur et les hauts le cœur. Malgré les commentaires haineux et en se sachant, privilégiée. Utiliser notre colère comme moteur et ne jamais s’habituer à la bêtise. S’adapter, mais dans l’indignation constante, en prenant la parole, en (c)riant très fort, en dansant dans les rues, en étant soi-même dans toute notre flamboyance et notre désespérance à la fois. Nous dans toute notre diversité, retrouvant l’empathie. Il faudra continuer de réfléchir et de s’informer ailleurs que « dans mon livre à moi ». Recommencer à croire en quelque chose avec beaucoup d’amour et d’attentions. Sortir nos métiers à tisser pour faire des cerfs-volants qui voient plus loin, des coquillages qui renferment la mer, des jardins créoles équinoxe, des ponts de papier de soie. Parce que ça prend aussi de la douceur et de la beauté et une part de soi qui s’engage, qui plonge, qui s’assume et qui se commet. Il faudra chanter, imaginer des chorales dans les parcs, afin de partager une fréquence et de résonner ensemble. Continuer d’aimer les narrations mélodiques, les bruits organisés, les beat de drum et les cris qui se transforment en porte-voix. Se raconter des histoires, nos histoires et imaginer des façons de faire différentes et des récits utopiques qui ne demandent pas nécessairement à s’ancrer dans la réalité. Écrire-et-lire des histoires où il n’y a pas que des catastrophes, imaginer des scénarios merveilleux et mettre la lumière sur la lumière, sur les petites choses abîmées qui sont en faites merveilleuses. Cracher et couver, frencher et aboyer. Tout cela en s’assurant que la petite respire toujours la nuit, en l’embrassant sur le front. 2017, je t’attends !

Pensées en vrac sur la question de la voix…

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Je ne sais pas si ce que j’écris est bon, ni même intéressant. Mais c’est une voix. Une voix qui s’accroche et se tisse à d’autres voix réelles ou imaginaires, qui est traversée d’influences et de connivences intertextuelles. J’utilise parfois l’image de la ventriloque pour parler de cette impression qu’écrire peut être une manière de laisser d’autres voix traverser son écriture. Un bel article de Marie-Anne Paveau sur la question du « parler pour » ou du « parler à la place de » m’a fait réfléchir :  Parler du burkini sans les concernées. De l’énonciation ventriloque

Il n’est pas question dans cet article du travail d’écriture d’un auteur, mais plutôt, de l’analyse de discours médiatiques et de la position d’énonciation particulière du « je sais ce que vous dites ». L’auteur fait ressortir l’importance de faire une place aux voix des « concernées » et de les entendre. Alors je me disais qu’il est délicat de travailler à partir de récits et que, malgré mes bonnes intentions et mon désir de porter des paroles qui me semblent peu-ou-pas entendues, je vois ici le danger de s’auto-proclamer porte-parole et de tenter de faire passer son propre message en utilisant la voix des autres. Dans cet exercice de raconter ou de rapporter, ma voix n’est jamais neutre. Il est peut-être illusoire dans ce contexte de vouloir prêter sa voix, porter des voix…?

The problem of speaking for others includes the problem of speaking about the other, as if, in bell hook’s (1990) words,  » I can talk about you better than you can talk about yourself » (p: 152). – Rakow et Wackwitz, Voice in feminist communication theory (2004)

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Se faire une opinion tranquillement…

Avertissement, ce texte est décousu…

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Je devrais te parler d’acoustique musicale, c’est le cours dans lequel je suis inscrite en ce moment. Un cours qui fait saigner du nez, littéralement. J’entends de moins en moins mon cerveau se recroqueviller sur lui-même chaque mardi après-midi, alors qu’il est question d’impédance, d’intensité… de résistance. Je devrais t’en parler et surtout, je devrais être en train de l’étudier, puisque j’ai un examen la semaine prochaine. Mais, je procrastine et je lis cet article passionnant sur l’éditorialisation, écrit par mon futur directeur (non-j’ai-pas-encore-envoyé-le-formulaire) de projet. Parce que je suis gentille, je vais te glisser ici quelques extraits pour te donner le goût d’aller lire l’article au complet. Désolé… c’est en anglais!

En fait, la question qui m’intéresse particulièrement est celle de la « représentation » versus le « performatif ». Est-ce que l’écriture n’est vouée, pour toujours, qu’à représenter-nommer le monde (être une pâle copie, morte, du monde) ou peut-elle participer à le créer, à l’élaborer sur un mode plus performatif? Dans l’article en question il y a des pistes de réflexion. Dans l’introduction, l’auteur rapporte la critique de Paul Valéry face à la philosophie et de manière plus générale, à l’écriture.

This critique of philosophy is, more generally, a critic of any form of writing: writing means making still what is moving. Written words are frozen frames, inert corpses that only represent the moving bodies that populate reality. Valéry aspired to be a writer of movement, an architect more than a writer.

Behind this forceful critique of philosophy and writing in general lies a more global critique of the representational paradigm: representations are only imitations of reality, but these imitations are frozen frames of moving life, and therefore useless and fake.

The question that I want to take up in this paper is whether digital writing can be described in the same way. This is an important consideration because digital technologies are in fact based on writing. The web is constructed by writing. Everything on it is written – including images and videos, which are expressions of code and exist only as strings of characters. Writing is the actual material of digital space. But what kind of writing is the writing of digital space? Is it different from the kind of writing that is criticized by Valéry? And what is the relationship between writing and philosophy in the digital age?

L’article démontre ensuite comment l’espace numérique est un espace réel. Dans cet espace « digital », notamment sur Internet, l’écriture occupe une place prépondérante. Enfin, l’auteur fait la démonstration que l’espace numérique opère dans le paradigme d’un mode « performatif » (avec définition à l’appui). Selon lui, l’espace numérique n’est pas une représentation du réel, mais une façon singulière de produire et d’organiser la réalité (je simplifie).

Honnêtement, je ne demande qu’à être convaincue, mais j’imagine que ma conception de l’écriture « résiste » aussi ici. Je conviens que le web est (THE!) l’espace d’écriture par excellence, que ce qui s’y passe, même les images et les sons, sont du code, donc de l’écriture. Je trouve franchement poétique l’idée de l’éditeur-architecte et de l’espace qui se construit à travers différentes  connexions, à la manière d’une trame, avec une hiérarchisation (quand même) des éléments qui la composent. Cet échafaudage d’écriture me fait (re)penser à certaines images du film The Matrix, où les 0 et les 1 finissent par se matérialiser. Ça me renvoie aussi au film vu dernièrement La Sapienza d’Eugène Green, qui met en lumière le travail de l’architecte baroque Francesco Borromini.

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Les fleurs à -40

OLYMPUS DIGITAL CAMERASaint-Valentin frileuse. Un homme marche rapidement avec une douzaine de roses dans les mains. De quoi auront l’air les fleurs une fois à la maison? C’est beau d’être optimiste, mais… Ça me rappelle la fois où je courais avec une bouture fraîchement empotée vers l’autobus dans un froid glacial. La plante se flétrissait avant même que j’aie fait un coin de rue. Je courais, paniquée, avec la plante dans mon manteau en lui parlant. Une autre de ces fois où j’ai eu l’air débile dans un lieu public. La plante est toujours chez moi et se porte mieux que jamais. Ça a l’air que la vie est plus forte que la mort… mais à la fin tout meurt quand même… #resistance-jovialiste

Géopoétiques

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Un jour j’ai eu à lire le livre Amériques, de Jean Morisset et Éric Waddell. C’était dans un cours sur l’américanité. C’est un livre de poésie écrit par deux géographes. Je lisais, sans être capable de m’arrêter et je surlignais les passages que je trouvais beaux et remplis de sens. Je surlignais le livre en entier. Toutes les lignes orangées. Ce jour-là, le jour où j’ai rencontré Morisset et Waddell, je me suis dit que les plus  grands poètes étaient géographes. Quelques années plus tard, je me retrouve dans un bar, à jaser avec une professeur de géographie. Je lui explique comment je suis amoureuse de deux poètes géographes découverts à travers mes lectures à l’Université. Je cherche le nom des géographes en question, j’ai ça sur le bout de la langue et elle me dit que je parle sûrement de son collègue Éric Waddell, assis à quelques tables de nous. Trop gênée pour aller lui parler. Je crois même avoir rougi. Ça fait ça l’amour des mots. J’étais là à regarder Éric Waddell à distance en me disant que c’est lui qui avait écrit tous ces mots fluos remplis d’espace. Je me disais que la géographie et la poésie sont faits pour respirer ensemble, que le territoire, malgré son immensité est un ancrage. Que seul les voyages (y compris les voyages intérieurs) et le langage poétique me donnent l’impression de toucher à quelque chose de vrai. Est-ce que tous les pays visités sont en moi? Est-ce que mes souvenirs correspondent à la réalité? Probablement pas. Toute une liste de pays visités à la recherche de quelque chose que je n’arrive pas à nommer. Pour percevoir tout moi et l’autre sous un nouvel angle. La tête en bas, les pieds en haut. Attachée à mes racines aériennes. J’ai l’air d’une autruche de même. Mais oui, je suis une autruche des fois avec des fêlures à géométrie variable.

« Mais une fois qu’on aura tous découvert de quel coin de Surgères ou de La Rochelle ou  de quelle emblavure de Normandie on vient du côté paternel, il faudra bien trouver un jour notre ascendant maternel. Ou, à tout le moins, s’avouer que, derrière cette Amérique sans nom cherchant à s’inventer un passé européen glorieux et sans tache, se trouve une Huronne, une Natchez, une Alguonquienne, une Noire esclave, une Panisse, une Pas-Pareille ayant servi de préambule dans la hutte amoureuse d’un poème, d’un sapinage ou d’une confluence nommée Amérique. »
– Jean Morisset

Je pense que je suis due pour l’ailleurs. Je me sens nostalgique de la promenade avec pack-sac. Nostalgique et le goût de boire des gin tonic (j’imagine que c’est le ressac de tous ces mois d’abstinence). Je demande l’autre jour à une amie c’est quand la dernière fois qu’elle a pris une brosse? Elle me réponds : « vendredi passé ». Je suis partie à rire. Mais c’est pas drôle. Je suis décalée et je suis une maman. Une maman tout le temps. J’ai envie de gin tonic et d’horizon. C’est que l’ennui de Québec m’a prise par surprise un soir cette semaine. Ça fait ça aussi se promener. On multiplie ses familles et on s’ennuie tout le temps, peu importe on est où. Je me suis mise à envoyer des invitations facebook à toutes les personnes que j’ai connues à Québec. C’est niaiseux, je le sais. Tout le monde avec qui j’ai travaillé, j’ai parlé, j’ai pris une bière ou un sandwich au smoked-meat. Comme si ça effaçait la distance les médias sociaux. Mais non, c’est pire, ça marque la distance, avec des commentaires et des photos à l’appui. C’est là que t’apprends que les salons changent de couleur et que la vie continue. Je m’ennuie de plein de gens que je connaissais peu ou pas, mais qui faisaient partie du paysage. Je m’ennuie du paysage et de la géographie de Québec. Des conversations, des habitudes, des lieux familiers. Je m’ennuie des mots de Léo dans la ville, des marches, de la terrasse verte du centre Frédéric Back, du chocolat noir, du Café Babylone, du Carrefour International de théâtre, du héron bleu dans Limoilou, des boîtes électriques avec photos. Je pense que je suis due pour aller me promener!

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N’empêche au-delà de l’ennui, j’ai eu le grand bonheur de visiter de nouveau le site La Traversée – Atelier québécois de géopoétique et d’y découvrir des blogues affiliés. En parcourant les différentes pages des blogues, je voyageais dans différents univers artistiques et je retombais en amour avec des nomades de l’urbanité et du monde. Des façon innovantes d’aborder les espaces réels et imaginaires avec l’interdisciplinaire et les technologies numériques. Il faut voir ce que fait la COOP Audiotopie, avec ses parcours audioguidés qui s’inscrivent dans le territoire en mariant, architecture du paysage – art sonore poétique – aspects sociaux. On peut découvrir Montréal à travers les textes et les photos des marcheurs des Flâneries du mercredi. On s’amuse beaucoup aussi sur le site de la revue de littérature hypermédiatique bleuOrange.  C’est sans compter les envolées lyriques et méditatives que partagent Jean Désy et Isabelle Duval sur facebook en direct de leur roulotte au Colorado. Si ça ça te donne pas le goût de prendre le large…

En attendant, je voyage en métro et je tombe sur des notes laissées là par un étudiant qui travaille sur Gaston Miron. Des notes manuscrites sur des petits bouts de papiers chiffonnés. Mon oeil est toujours attiré par les papiers abandonnés. Habituellement des listes d’épicerie ou de choses à faire. Voilà que je tombe sur ces quelques phrases…

« Comme son peuple, il est un homme en pièce qui se reconstruit – le chiendent est une mauvais herbe, mais c’est une plante adventice, difficile de s’en débarrasser – le moment où il prendra la pleine mesure de ses racines et de la condition canadienne-française (le noir analphabète) – peuple québécois soit enfin prêt à s’ouvrir au monde = construction. »
– étudiant inconnu

Est-ce un hasard?

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Journée mondiale de la poésie

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=xb12MSqnkTI&w=420&h=315]
L’an dernier à pareille date ou presque, nous marchions sur Saint-Joseph en criant Saint-Denys Garneau aux passants. Cage d’oiseau avec Marceau, Ouellet, Lamarre, Désy et compagnie. Cette année Sophie Durocher s’énerve le poète de la cité, le Éditions de la Tournure marathone et le Mois de la Poésie célèbre Sylvie Nicolas. Pendant ce temps j’ai le « nous » plus intime et je détricote des couches sales. C’est même pas le printemps, mais avec des lunettes roses on peut se faire accroire n’importe quoi. L’an prochain je te promets d’avoir la Journée mondiale plus poétique. Je t’enregistre des messages téléphoniques en rimes, je peinture des vers sur les nouvelles tulipes ou j’imprime des poèmes dans la neige fraîche à côté des traces de semelles de bottes.

En attendant, je me réjouis de savoir que la délicieuse Sophie Poifol, qui prépare ses valises pour l’Argentine, va nous faire suivre les photos et les textes de sa dernière exposition, présentée au Café Babylone et à la Barberie en 2012. Pour te mettre l’eau à la bouche…

ΧАИДЕ !
ΧАИДЕ, ça vaut dire Allons-y! Let’s go! Andiamo! Vamos!
Ça veut dire partons d’un seul coup! Foutons l’camp! Disparaissons!

Là-bas, en Bulgarie, on était sept dans une maison jaune toute foutue.
En fait on était douze à être venus pour voir.
Mais en vrai on était bien plus nombreux que ça.
Voyageurs novices, volontaires enthousiastes,  aventureux perdus, bénévoles de passage, on a fait de notre mieux avec ce qu’on avait et c’était beau.
Il en reste des images, des bouts de textes à découper et dessins en pointillés.

Images et textes à suivre…. « Il aura mon âme au bec. »