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Moments-môman

Lâcher prise et laisser du lousse…

Le lâcher prise! J’ai compris rapidement Mathilde que c’est ce que j’aurais de la difficulté à faire avec toi. Déjà l’accouchement a été long, infini. Nous avons entendu trois femmes qui accouchaient, le temps que me décide à te laisser aller. C’est à ce moment que j’ai compris que c’est ce que j’allais devoir apprendre toute ma vie : le laisser aller. J’aurais voulu te protéger pour toujours, te garder dans mon ventre. Jusqu’à l’étouffement. Maintenant que tu as commencé la maternelle, je te regarde partir en courant avec ton sac à dos trop grand et ta boîte à lunch. Tu sautes sur le jeu de marelle, tu observes, tu t’arrêtes sur une grosse roche, tu vas voir une amie. Moi, je reste toujours quelques minutes dans l’ombre à te regarder, à te trouver belle (mais pas que) et capable et drôle. Je m’étonne que le temps passe si vite, même si tout le monde le dit : « le temps passe trop vite. » J’essaie de prendre des instantanés en mémoire et je me répète que notre lien est élastique et que ça prend du lousse pour respirer l’une et l’autre.

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Corps à modeler

Lorsque j’étais plus jeune, adolescente, je dessinais systématiquement des ballerines. Des femmes très grandes avec de longues jambes. Des femmes, habituellement aux visages sans regard et sans bouche. J’en ai fait une version en argile dans un cours d’exploration spatiale au Cégep. Une femme de glaise en plein vol. J’ai échappé la figurine au sol et elle s’est fracassée en quelques fragments. Impossible de la rafistoler avec de la terre. Je me suis alors tournée vers une mousse qui durcissait au contact de l’air et de la broche. J’ai construit un socle pour ancrer ma danseuse, j’ai rabouter les morceaux avec des fils de métal, j’ai ajouté de la couleur avec de la peinture. Je me souviens encore du professeur, qui m’avait dit avoir été heureux de voir que je ne m’étais pas découragée, que j’avais profité de l’accident pour amener mon personnage ailleurs. Je crois même que je préférais cette statuette abîmée à sa version plus lisse…

 

Tous les matins je t’emmène chez ta gardienne dans une garderie en milieu familial. Tous les matins depuis que tu as un an. C passe plus de temps avec toi que j’en passe moi-même, elle est littéralement ta deuxième mère. Elle te nourrit, te console, te photographie, te cuisine des gâteaux d’anniversaire et te montre comment tenir un crayon. Comme moi, elle t’a beaucoup portée. Comme moi, à un moment donné C a commencé à avoir mal au dos. Il était temps d’arrêter de te garder dans nos bras, nos carcasses étaient courbaturées. On oublie comment c’est physique de s’occuper d’un jeune enfant. Sa présence, comme toutes ces mains aimantes, souvent des mains de mères immigrantes. Ces corps qui gardent nos enfants, pendant que d’autres corps vont travailler.

 

J’aime parler avec C. Elle et moi avons en commun de t’aimer. Un soir, au moment de venir te chercher, C m’a informée qu’elle devait prendre quelques jours de congé. Elle devait subir une intervention chirurgicale préventive, pour éviter de développer un cancer du sein. Une opération de routine pour retirer des ganglions non-cancéreux. Le médecin qui la suivait, qui était aussi chirurgien esthétique, lui a alors conseillé d’en profiter pour bénéficier d’une réduction mammaire. En fait, ce n’était pas vraiment une suggestion, puisqu’il avait déjà fixé le moment du rendez-vous sans autre discussion. Lorsque C a demandé au médecin de clarifier la nécessité (ou non) d’une telle intervention, le médecin lui a répondu que c’était une simple opération de routine, qu’il en faisait des dizaines par semaine les doigts dans le nez et il a ajouté :

 

« Vous allez retrouver la poitrine ferme de vos vingt ans Madame. »

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Les crocus

Ce matin nous marchions en chassant les crocus.

J’avais le moton. J’avais le goût de pleurer. Je trouvais ça tellement beau de chasser les crocus avec le manteau ouvert. Le soleil, le vent. J’avais le goût de pleurer parce que je suis fatiguée. Fatiguée, « épuisée de me coucher ». J’aime l’hiver, mais je dois avouer que parfois, lorsque l’hiver s’étire je dépéris. Je ne sais pas si c’est le fait d’être loin trop longtemps de ma bicyclette ou plutôt, de la lumière. Tout devient lourd et je ressemble à cette plante dans ma cuisine qui porte le nom de Misère. Cette plante résistante, qui resplendit l’été et qui passe toujours proche de trépasser au printemps. Cette plante, qui double de volume et dont les feuilles brillent au soleil en été. Cette plante qui prend toujours ça difficile de retourner à l’intérieur de la maison à l’automne. Cette plante qui dessèche tranquillement au fil des mois, dont les feuilles brunissent, qui se recroqueville et perd ses tiges. Cette plante c’est moi, qui s’abîme au fil du temps. Je dois dire que j’aime bien les fleurs fanées et que j’ai une grande tendresse pour toutes les choses éreintées, presque éteintes. J’aime voir la vie s’égratigner, le vernis écaillé et la persistance de toutes ces choses qui (se) fuient pour mieux rebondir. En boule sur soi-même et tout à coup avec un peu d’eau, la renaissance semble toujours possible. Les crocus c’est ça, une promesse, la preuve qu’on va pas mourir cette année.

La peur que tu t’abîmes aussi est tellement forte déjà. Dans toute mon imperfection, j’ai peur de faire de toi une plante en pot qui dessèche durant l’hiver. J’ai aussi, comme tout le monde, écouté cette série Netflix 13 reasons. Ça m’a ramenée en arrière et ça m’a projetée en avant. Maintenant j’ai encore plus peur… pour toi. Parce que dans toute sa beauté, la vie fait de nous des êtres fissurés de partout.

Et nous n’avons pas vu de crocus sur Papineau ce matin. Et toi tu courais dans le vent en criant : « on cherche pas de bancs de bébé pis des piñatas, nous on cherche des crocus. » C’était le matin des vidanges, il y avait toutes sortes de choses sur le bord de la rue, mais pas de crocus. Des petites tiges de futures tulipes, mais pas de crocus. Des poubelles pis une promesse.

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Décalée, difficile, différence et diversité en vrac

Lorsque tu es née Mathilde, j’ai passé 10 jours dans la maison chez grand-maman. 10 jours à regarder la vie par la fenêtre. Je me sentais submergée. J’avais littéralement l’impression que la vie se passait ailleurs, sans moi. J’étais complètement bouleversée et je trouvais étrange de voir les gens continuer d’aller travailler le matin comme si de rien n’était. Je me sentais décalée, mais bien sûr, ça ne changeait rien au quotidien des voisins et à la marche générale du monde. J’étais dans un aquarium.

Parce que c’est difficile parfois d’être maman.

Je sais que je demeure privilégiée et que nous sommes à une époque où, non seulement c’est plus facile d’être mère tout court, mais mère monoparentale en particulier. Nous habitons aussi un lieu où il est plus facile d’être parent semble-t-il. Ce n’est pas partout où l’état contribue à minimiser les iniquités avec des politiques familiales, pas partout les congés de maternité, pas partout les garderies à 7$… Le visage de la maternité change selon les époques et les espaces et il est multiple dans un même espace et à une époque donnée. Quand on se compare on se console qu’i disent, mais je revendique malgré tout le droit de ventiler et d’affirmer que malgré que ma maternité soit merveilleuse, elle est aussi (dans une même journée et à tous les jours) chaotique. Alternances d’amour et d’aboiements.

C’est difficile et quand j’entends mon amie Isabelle me dire que notre situation particulière (de foyer monoparental) est lourde, j’ai automatiquement un boulet dans le fond de la gorge et j’ai envie de me mettre en boule dans un coin pour pleurer ou oui, être bercée. Il y a des moments creux et certains passages à vide. Les 6 premier mois et le manque de sommeil, les périodes de crises et de confrontation. Je me souviens de la légèreté retrouvée lorsque j’ai réalisé que j’étais finalement passée à travers le sprint des premiers mois, suivi du vertige de comprendre que ma vie se transformait en marathon, que la course n’était pas finie et que j’avais devant moi toutes sortes d’autres défis. Ces défis ne sont pas sportifs, mais me demandent d’être en forme et de puiser encore dans toutes mes ressources. Pas toujours l’impression d’être capable d’y arriver. Se sentir mal outillée, vieille, fatiguée par moments et finalement, comme dans un marathon… retomber sur ses pieds, être toujours capable, avoir du rebond. Roller coaster du fou. Lire la suite

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Les premiers hivers

P1010214_webC’était mardi entre Noël et le Jour de l’An, non?… en nous levant nous avons découvert une épaisse couche de neige de notre fenêtre. C’était juste après avoir lu un article du Devoir publié sur le fil d’actualités FB d’un ami. Dans l’article en question, on établit un rapport entre l’amour de l’hiver et le degré de québécité…

« Peut-on en vouloir à des hommes qui ont souffert de l’hiver de vouloir le mettre à distance pour la suite de leur vie ? À en croire Louis-Edmond Hamelin, penseur de la nordicité, ce sont surtout les jeunes qui aiment aujourd’hui l’hiver. Ce serait à peu près 35 % de la population qui accepte l’hiver. Au médecin et écrivain Jean Désy, Hamelin expliquait par ailleurs que cette portion de la population lui apparaît comme des « gens près de leur pays, car, en réalité, accepter l’hiver, c’est accepter la québécité. Ce n’est pas une fantaisie, l’hiver ; c’est une réalité, un objet qui est là de façon récurrente chaque année. Quelqu’un qui aime l’hiver a, à mon avis, un degré de québécité plus élevé que celui qui passe son temps à le détester. »
– Jean-François Nadeau

Bon…. toujours au chaud, je me disais que moi… ben… oui… j’ose le dire… j’aime pas l’hiver! Ou plutôt, je lui préfère l’été, l’automne et le printemps. Je sais que c’est impensable de dire une chose pareille. C’est comme d’avouer qu’on n’aime pas Proust à des littéraires (j’aime pas Proust!). À la limite, une telle affirmation est pardonnée à de nouveaux arrivants, mais si t’es né ici, nécessairement la tolérance au froid fait partie de ton ADN. Ben oui… mais non!
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Nos identités déambulatoires

100_1032Est-ce qu’on peut aller au-delà de la question de l’identité? Est-ce que nos choix, nos actions, nos doutes, nos questionnements peuvent vraiment se dissocier de cette question fondamentale : « qui suis-je »? Bien sûr, comme l’identité est mouvante, aussitôt qu’on s’approche d’un semblant de réponse, c’est qu’on est déjà ailleurs, autre. Aussi, la situation particulière du Québec, composé de deux solitudes et d’un « peuple invisible » n’est probablement pas étrangère au fait de se sentir soi-même une mosaïque complexe et fragmentée d’identités plurielles plus ou moins avouées. C’est-tu juste moi?
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Chronique, Moments-môman

Les matins gris

petite main dans l'ombre

photo prise par un participant du projet collectif UNE BOUTEILLE VERS LES ÉTOILES

Cet « épisode » est arrivé à l’automne l’an dernier et aujourd’hui j’y (re)pense…

Je me promenais avec Mathilde en poussette sous la pluie. Le genre de journée grise où tu marches parce que t’as l’impression que marcher est la seule façon de chasser les nuages. À chaque pas tu respires un peu mieux, tu es un peu plus présente, là là là. C’est ce qui te préoccupes ces temps-ci : la présence. C’est vrai que tu es très peu présente pour les autres et très peu présente à toi-même dans ce brouhaha urbain-médiatique-familial-de travail. Je crois même m’être plainte de l’absence de gens proches dernièrement et l’ironie du sort s’est chargée de me rappeler que je suis moi-même très peu disponible pour qui que ce soit. On m’invitait à prendre un thé que je n’ai jamais trouvé le temps de siroter. Je ne trouve pas le temps d’aller me faire couper les cheveux, tsé.

En descendant la rue, des fleurs partout. Les gens ont pris le temps de cultiver les carrés de terre autour des arbres. L’impression d’être au jardin botanique ou dans une ruelle verte. On décide de prendre l’autobus au moment où la pluie s’intensifie. Dans l’autobus un homme lit Milan Kundera – l’insoutenable légèreté de l’être – un garçon regarde avec envie le plat de céréales de Mathilde – nous sommes tassés comme des sardines humides. Il y a un homme habillé avec un sac de vidange, imperméable de fortune et une dame noire qui porte un tailleur vert émeraude.
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La catharsis du sac de chips!

Cette semaine, j’ai eu la chance de retrouver quelques-uns des aînés-lumières du projet de lanternes poétiques sonores à la bibliothèque de Saint-Michel. Ces aînés faisaient une lecture d’extraits de la pièce Les Chaises de Ionesco. C’était très touchant. Pour ceux qui ne connaissent pas la pièce, il faut savoir qu’elle met en scène deux vieux, qui reçoivent des invités, invisibles aux spectateurs. Une « farce-tragique » qui traite de la vieillesse, de l’amour et de la mort. C’était très touchant de voir ces « vieux » corps incarner la parole de Ionesco et comme toujours, c’était aussi émouvant d’entendre un texte, avec cette couche de sens supplémentaire, porté par la voix, le bagage, l’authenticité de comédiens de fortune. La réalité et la fiction se rejoignaient dans ce beau projet de médiation mené par PPS Danse, en collaboration avec La TOHU et Micheline Gravel, intervenante de milieu.

Le thème de la pièce, c’est l’irréalité du monde. C’est une pièce sur l’absence. Il n’y a personne autour de nous, personne dans le monde, dans un monde évanescent qui disparaît, qui doit disparaître. Où est passé le passé ? Plus rien n’est et, ce qui revient au même, plus rien ne sera.

Les deux vieillards qui sont là sont presque inexistants eux-mêmes. Ils ne sont là que pour manier des chaises, des dizaines de chaises, et pas pour exprimer le vide ontologique, qui est le vrai sujet de la pièce. Ces deux vieillards sont des ratés sociaux et dérisoires mais entre eux, il y a l’amour. Et il n’y a en ce monde que deux essentialités : l’amour et la mort. C’est-à-dire que l’amour peut tuer la mort. – Ionesco

2013-02-16-15.10.14_webÇa m’a changé les idées pendant un moment de ma bébé-Jekyll & mini-Hyde. Parce que OUI, chaque jour avec bébé-hiboue c’est à la fois merveilleux et nous frôlons le chaos. Chaque jour je la trouve magnifique et arrive un 15 minutes de surplus de caractère où j’ai envie de l’enfermer dans un placard pour souffler un peu. Elle est tellement tellement cute quand elle chante, elle rit, elle marche et elle dit « allo ». Pis d’autres fois, elle veut juste pas dormir, pas être dans sa poussette, pas manger ce qu’il y a dans son assiette…. et là là ça pèse sur ta patience ou plutôt, ton manque de patience. Ça teste toutes tes limites, ça te fait douter de toi-même, ça t’énarve. C’est sûr que ça te rassure de voir qu’elle a du caractère, qu’elle s’affirme, qu’elle résiste même, mais osti que t’es fatiguée à fin d’une journée. Toujours un peu #zombie-moitiédetoi-même.

Elle est l’amour et l’horreur habillé de rose, elle est la crème et la bave. Des fois tu voudrais tout lâcher (surtout le lundi matin) pour être toujours avec elle et à d’autres moments (le lundi surtout) tu te dis que c’est vraiment cool qu’elle aille à la garderie parce que ça va te donner un break. Bien sûr, toutes ces pensées te font sentir vraiment coupable. Pis tu repenses à toutes les fois que t’as vu des mères user de chantage affectif pis tu te dis, c’est normal, faut ben partager ça cette culpabilité-là. Faut ben partager avec le monde entier. Pis c’est là que tu te rends compte que t’as un méchant gros moton dans gorge. Le genre de moton qui veut remonter. C’est-tu juste de la tristesse? Tu te dis que « père absent de sa chaise » a d’la misère à passer. T’as ben essayé de l’inclure dans ta vie, de le rendre visible, de garder un lien pour la petite, de le consulter pour le choix du prénom et du nom, de l’inviter à l’échographie, de comprendre, de faire affaire avec un traducteur interculturel, d’ouvrir grandes les portes de ta maison, mais t’as échoué. T’as échoué pis ça ça passe pas. Pis non seulement ça passe pas, mais t’entends des histoires. On parle de toi quand t’es pas là, tu deviens le centre de grenouillages qui doivent pas être trop trop gentils. On sait ce que t’aurais dû faire. On dit que c’est ben de ta faute si t’es toute seule. Ben oui. Ta faute. Encore ta faute.

Faque le moton passe pas pis tu te mets à régurgiter. Une grosse boule de poils. Comme les chats, mais t’es pas un chat. D’où ça vient tout ce poil-là? Pis juste au moment où je m’interroge, je vois bébé-hiboue passer avec sa tête afro pis je me dis : « ben oui! » j’ai donné naissance à la hiboue la plus chevelue de la terre. Elle me regarde avec ses grands yeux magnifiques et elle dit : « miaou! ».

Tu repenses à ton entrevue de cette semaine. La première « vraie » entrevue formelle depuis que t’as eu la petite. Tu te dis que t’es vraiment décalée pis que t’étais mal préparée pis que ta réponse à la question « vous faites quoi si vous arrivez chez une maman et qu’elle vous dit qu’elle veut jeter son bébé par la fenêtre ou l’étrangler » était pas bonne. Commencer ta réponse par « c’est normal« , c’était pas super et c’est peut-être pour ça qu’ils t’ont pas rappelée. Parce que, pour l’instant, peut-être que t’as plus besoin d’aide que tu peux en donner. Peut-être que t’es pas assez concentrée pour répondre aux questions. Peut-être que c’est vrai, ta priorité c’est pas vraiment le travail, c’est elle, mais t’as besoin de manger pareil.

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Qui dit moton dit sac de chips (j’savais pas que c’était rendu 4$ un sac de chips!). Faque je mangeais mes chips tout en sachant que j’étais pas la seule à avoir le moton, puisque l’idée de compenser avec du sel pis du gras m’est venue de facebook. Une amie publie ces jours-ci des statuts doux-amers, où elle relate son combat contre sa peine d’amour. Des fois la poutine gagne (poutine 1 – peine d’amour 0), des fois la peine d’amour (Miss Vickie’s 0 – peine d’amour 1). La même amie m’a écrit pour savoir si elle pouvait réserver 8 vers de Miron. Elle voulait tous se les faire tatouer (elle qui n’a jamais eu de tatouage!). Je lui ai répondu que je ne savais pas si les vers de Miron sont plus efficaces que les chips ou la poutine en matière de peine d’amour, mais que je pouvais lui réserver tous les vers qu’elle voulait. Cela dit, ça va bien prendre la moitié de son dos pour inscrire toutes ces phrases poétiques, non? Et si je l’accompagnais? Et si, à deux, on prenait toutes les phrases qui restent pour oublier nos peines? La catharsis par les aiguilles, le tatouage pour laisser une trace et passer à autre chose. Avale pis avance. Trouve ton courage pis marche!

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Bébé-hibou OU penser la nuit

2013-04-09-14.23.42_webC’est la nuit. T’endends keuf-keuf! Ça tousse. Re-keuf-keuf! Tu te dis : « merde, la petite va se réveiller. » T’attends en te cachant en dessous des couvertes. T’entends Mouaaaaaouaaaa! Ça braille. Tu te lèves. Bébé-hibou bien réveillé. Tu la couches dans ton lit avec toi en te disant que peut-être qu’elle est pas réveillée tant que ça et qu’elle va se ré-endormir dans tes bras comme par magie. Tu penses. Ta tête traversée de pensées. Tu trouves que ça se tempête le verre d’eau à cause d’un « tabernacle » dans un livre pour enfants. C’était ton commentaire sur facebook pour alimenter la discussion : « Tempête dans un verre d’eau. Une de plus. Pas de sacre, pas de nudité…. on veut pour nos enfants une représentation du monde lisse, lisse, lisse. De la réglisse artistique. » Pis t’entends bébé-hibou qui chante. Là tu sais qu’a va pas s’endormir tout de suite. Tu sais qu’elle est bien réveillée. Comme si elle avait fait une bonne grosse sieste et qu’elle était prête à jouer ou à grimper debout partout. Tu te dis que tu te garocherais pas dans une librairie pour acheter un livre rempli de sacres, mais que t’appellerais pas non plus l’éditeur et les médias pour porter plainte et monter aux barricades à ce propos. Il te semble qu’il y a de meilleures raisons de monter aux barricades. Bébé-hibou essaie de se lever en s’agrippant aux barreaux de la tête de lit. Il est 1 heure du matin. Tu dis : NON! Là ça va faire tabarnack, tu vas dormir, c’est la nuit. » Tu la couches, tu lui donnes sa poupée. Elle continue de chanter. Tu repenses à ta surprise en analysant les stats wordpress. Ta surprise quand tu t’es aperçu que quelqu’un était tombé sur ton site en tapant : « qu’est-ce qu’un bourgeon dans le langage des mines ». Tu trouves ça poétique. Tu te dis qu’il y a un poète-mineur à quelque part qui lit ton blogue (pas un poète mineur dans le sens de pas important, un poète mineur dans le sens zolaesque – Germinal – ouvrier). Bébé tourne d’un bord. Bébé tourne de l’autre. Tu penses aux premières photos d’Argentine publiées par Bellou et Fonfec. L’arme d’instruction massive. Une bibliothèque ambulante en forme de char d’assaut qui fait le tour des rues de Buenos Aires. Tu trouves que ça c’est cool.

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T’entends bébé-hibou qui se retourne dans sa bassinette pis tu te dis que c’est pas un bébé qui est en train de s’endormir que t’entends. Tu te dis que ça fait longtemps que père-inconnu a pas donné de nouvelles pis tu trouves ça triste pour la petite. Tu pleures un peu pis ça te surprend. Bébé-hibou recommence à pleurer aussi. Tu la reprends. Tu lui donnes de l’eau. Tu t’assois dans la chaise berçante pour la bercer. Tu vois deux grands yeux noirs qui t’observent. Tu te dis que ça doit faire au moins 40 fois que tu dis tabarnack dans ta tête. Peut-être même que tu l’as dit à voix haute une fois ou deux. Tu te dis que t’es une mauvaise mère, mais tu ne le penses pas. Ce qui t’amène à repenser encore une fois à ta nouvelle culpabilité de mère. Tu sais que tu en connais l’odeur. L’odeur de la culpabilité de mère c’est l’odeur qu’a ton enfant quand il revient de la garderie, c’est l’odeur de la gardienne. Pis t’as pas eu le temps de travailler tes textes. T’étais occupée avec la Cdéc, pis la purée de patates douces, pis aller te faire couper les cheveux (la deuxième fois depuis que la petite est née). Tu sens que les paupières plient. Les tiennes. T’es trop contente de la découverte via Alexie Morin du livre Go the f**k to sleep. Tu te note à moi-même  : lire Chien de fusil.

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Tu te dis que l’auteur a écrit ce livre juste pour toi. Juste pour toi maintenant. Pis que t’ai comme dans la scène d’Amélie Poulain où tout le monde jouit en même temps à différents endroits de la ville, sauf qu’on lieu de baiser (ça c’est la voisine d’en haut), t’as un bébé qui dort pas dans tes bras. Et que dans la ville il y a plein de bébés qui dorment pas. À cause de leurs dents ou d’un rhume ou d’un bruit ou d’un mauvais rêve ou que le nez leur pique. Plein de bébés-hibous et de parents cernés mais heureux. Pis à ce moment-là, la petite s’endort. Enfin tabarnack*. *Mot québécois signifiant l’étonnement. 2h28AM.