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Détournement de slogan

Détournement de slogan #1

slogan1Je lisais l’article de Clément de Gaulejac dans Liberté No. 306 en me disant qu’effectivement, la meilleure façon de résister aux discours ambiants rédigés par des firmes de RP et autres marketeurs apoétiques est d’utiliser les mots pour démasquer, avec humour, les rouages absurdes des publicitaires, qui nous conditionnent à acheter une vision unique, une réalité carrée. Voici le premier billet de la série «détournement de slogan».

Chaque fois que j’entre dans une banque, s’entremêlent le fantasme de la cambrioler et le souvenir du Banquier anarchiste de Pessoa. C’est vrai, à l’adolescence, combien de scénarios élaborés, de pulsions refoulées à partir de ce désir de devenir complètement libre et de faire un pied de nez monumental à la société en devenant hors-la-loi par excellence, une Calamity Jane des temps modernes. Une liberté illusoire vous me direz, parce que, bien sûr, l’argent, loin de faire le bonheur est la base d’un système qui est l’antithèse de la liberté.

***

Neuf heures moins dix, les gens font la file devant une porte barrée. L’heure affichée, bien en vue. Les employés qui fuient notre regard parce que l’ouverture n’est pas confirmée par le balancier. Tic-tac. J’entre dans une banque et je vois le parquet brillant, le gardien de ma sécurité, les cubicules et les enveloppes de dépôts bien alignés. Tout est en place pour recevoir mon argent, pour que je contribue, pour que je prépare ma retraite dorée. Je me sens comme chez moi. Je suis important.

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Détournement de slogan

La poésie comme pied de nez aux centres d’achats et aux saucisses hygrade

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Ça fait un bout de temps que je suis silencieuse sur ce blogue. J’étais occupée avec 2 magnifiques projets poétiques, une grande fille de presque 2 ans qui saute dans tous les trous d’eau avec ses bottes de pluie et un emploi à temps partiel presque plein. Aussi, moi et tantie avons accumulé quelques déceptions amoureuses hivernales et autres downs de nos highs. Pas les blessures du siècle, mais le genre de rencontres qui laissent entrevoir des possibles et qui se terminent en queue de poisson. Juste le temps de te dire que peut-être que c’est la bonne personne, d’imaginer que tu pourrais faire un bout de chemin en tenant la main d’un autre être humain. Mais il semble que ce soit difficile de trouver des gens au bonheur facile ces temps-ci. Encore plus difficile d’entrevoir un engagement autre que celui de la maternité. Il en reste quelques moments précieux d’intimité, où les gens enlèvent plus que leurs vêtements et dévoilent même une grande part d’intimité. J’ai le chic pour provoquer les confidences, mais j’ai remarqué que, bien souvent, les gens qui me chuchotent leurs secrets, se replient ensuite, se retranchent. Comme s’ils avaient nommé l’indicible et se sentaient obligés de transformer leurs frontières mouvantes en barricade pour se protéger. Ces rencontres avortées donnent quand même un rap-ventilateur que tu peux venir entendre lors du lancement montréalais de CODE COLIBRI, le samedi 14 juin prochain au café Bobby McGee (3215, rue Ontario E) en formule 5@7.

[…] j’amène bébé dans une first date
l’souper finit
bébé vomit
pt’être une question de jalousie
mais comment rendre ça séduisant?
texter tantie au plus sacrant
sort la limette pis le beefeater
à soir on s’raconte nos histoires de cœurs
dans une chanson-ventilateur[…]

On remet ça comme à Québec en mars dernier pendant le Mois de la poésie, avec des amis qui lisent des textes, du gin, des enfants qui dessinent sur des textes et une fenêtre poétique sonore.

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C’était aussi lancement de la deuxième revue du DAM (Diversité Artistique Montréal) TicArtToc, dans laquelle vous trouverez un article composé d’extraits d’une correspondance de Guy Ménard et de moi-même à propos du projet de tatouage poétique collectif LA MARCHE À L’AMOUR. Une revue qui avait pour thématique les artistes indisciplinés. Ce qui fait se questionner sur l’indiscipline, la désobéissance, l’esprit de rébellion, non? J’ai toujours cru au devoir subversif de l’artiste, ce qui m’a valu, à une certaine époque, de belles discussions avec mon directeur de maîtrise, qui me citait Jean de La Fontaine en me disant que toute pratique artistique n’est pas subversive. Et pourtant, même au XVIIe, en plein classicisme, une conteuse comme Madame D’Aulnoy devait bien bouleverser un peu l’ordre établi par le simple fait de prendre la parole et la plume. Si tout pratique artistique n’est pas subversive donc, il faut bien avouer, qu’aujourd’hui plus que jamais, dans le contexte actuel, le simple fait de créer et d’assumer la position d’artiste demande bien un peu de naïveté, sinon de l’inconscience. Être poète aujourd’hui est un magnifique pied de nez aux centres d’achats et aux saucisses hygrade. « Plus de gens en mangent parce qu’elles sont plus fraîches et elles sont plus fraîches parce que plus de gens en mangent. » N’est-ce pas un beau geste engagé, une prise de position en-soi que de mettre temps, énergie et cœur dans une voie qui est nécessairement à contre-courant si on en juge par les coupures en culture, le manque de poésie ambiant et la morosité systémique? Alors on peut crier, on peut trasher, on peut performer avec un gun loadé ou on peut juste essayer, aussi, de (dé)construire un peu de beauté et de travailler dans la marge communautaire. Sûrement que ça dérange plus qu’on pense de chanter en public et de voter RÊVE, dans un monde qui formate, qui récupère, qui monnaye tout et qui coupe les ailes de tellement tellement de monde.

Ce que j’aime des projets communautaires pour lesquels j’ai travaillé cet hiver (POÉSIE EN FAMILLE, avec La maison de la poésie et le Centre de francisation Yves-Thériault / MOSAÏQUE DE MOI, avec Eurêka! Art et dialogue interculturel et le Centre d’éducation aux adultes Gabrielle-Roy) c’est comment les gens qui se disent non-créatifs ont une liberté dans l’exploration créative. Comment les gens, qui ne s’exercent pas à une pratique artistique sur une base régulière, sont vierges d’a priori, d’influences, de patterns expressifs. Aussitôt déconstruits les stéréotypes qui persistent (t’as pas besoin d’être bon en dessin pour pratiquer les arts visuels, t’es pas obligé de faire des rimes pour faire de la poésie) les gens, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, de cultures et d’horizons divers, explorent sans retenue avec ouverture et curiosité. Ils ne possèdent pas la maîtrise de toutes les techniques que la pratique et le temps confèrent, mais sont généreux d’une authenticité et surprenants d’inventivité. Ils nous disent, à travers leurs tableaux et leurs textes, ce qu’eux seul peuvent dire et d’une manière qui n’appartient qu’à eux. Cette prise de parole, peu importe la forme qu’elle prend, enrichit les rapports que nous entretenons entre nous, nous permet d’apprendre à nous connaître, de prendre le temps de jouer et d’adresser des enjeux qui nous sont communs. Travailler en groupe permet d’être dans l’artistique et le social à la fois, dans l’expression et le vivre ensemble, en même temps. J’aime ce travail!

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Les cartes postales du présent billet sont le fruit d’une collaboration de Sophie Poifol, Jean-Christophe Diehl et de moi-même. Elles faisaient partie d’un appel de dossiers qui n’a pas porté fruit, mais je vous les partage parce que je les trouve magnifiques et que je m’ennuie de mes deux comparses, qui sont maintenant en France, après un séjour en Argentine. Nos gentlemen farmers se passionnent de permaculture et d’agriculture bio, tout en continuant de travailler sur différents projets de graphisme, de vidéo, d’art postal… Venez donc nous voir cet automne, qu’on dessine et qu’on écrive ensemble! Vous dites oui et je pourrais même me mettre à cultiver des tomates sur mon balcon pour célébrer la chose!

Détournement de slogan

Sortir du cadre…

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Je n’en peux plus des publicités et d’être sans cesse sollicitée. Je suis particulièrement écœurée de toutes ces publicités qui ciblent les nouveaux arrivants. Les compagnies de téléphone – les banques et les cliniques de recherche pharmaceutique flairent un nouveau marché. On vous promet du crédit avant du travail et on vous suggère de gober des pilules tout en appelant votre famille au Congo. Aaark! Et que dire de toutes ces personnes qui nous sollicitent sur la rue pour différents organismes de bienfaisance, de coopération et environnementaux. Que dire sinon que ces personnes ne sont pas nécessairement engagées par les organismes qu’elles disent représenter, mais par un tiers, qui fait le pont entre les organismes et nos poches. Ainsi, un solliciteur peut vous aborder un jour au nom de tel organisme et le lendemain, pour un autre. C’est-tu moi où me semble que les solliciteurs se multiplient? Hier donc, je marche tranquillement (mais un peu pressée par le temps quand même) et une jeune fille m’aborde avec son dossard et sa tablette :

–       Bonjour, est-ce que vous avez deux minutes?

–       Euh…. non, j’ai pas le temps.

–       Vous n’avez même pas deux minutes?

Et à ce moment-là, je suis en train de m’enfarger dans une marche en essayant de me sauver de la fille pour entrer dans le commerce par la vitrine plutôt que par la porte.

–       Euh…. je suis en train de me péter la gueule pour pas te parler!

–       Mais c’est une belle jupe que vous avez… elle vient d’où cette jupe?

–       Elle vient du Sénégal.

–       Ah oui, mais elle est jolie. Vous êtes allée au Sénégal?

–       Non, c’est tantie qui est allée au Sénégal et elle travaillait justement pour votre organisme auparavant.

Faque tsé, je connais ton organisme. Je connais la coopération internationale pis je suis pas certaine que tu veux vraiment qu’on en parle. Je sais que certains poissons sont en voie de disparition, pis non, je les donnerai pas à manger à ma fille. Je recycle – je pète vert – je mange local le plus possible – je bénévole de temps en temps – pis non, j’ai pas d’argent!

Et ensuite j’entre dans le métro et là, à l’inverse, plus personne ne me sollicite, plus personne ne me parle, plus personne ne me regarde. Tout le monde a le nez fourré dans son portable. Je pense à Codou, la mère d’accueil de tantie, qui vient d’arriver du Sénégal pour un stage réciprocité de 2 mois. La première fois qu’elle prenait l’avion, la première fois qu’elle prenait une douche chaude. Quand je l’ai vue elle était habillée comme une reine, avec une chevelure sertie d’or et des bijoux et des habits. Une reine d’un chic. Et je l’ai prise dans mes bras et j’avais le goût de pleurer parce qu’elle me serrait fort même si elle ne me connait presque pas (si ce n’est de tout ce que tantie lui a raconté de moi). J’avais le goût de pleurer parce que je sais qu’elle s’en va dans sa famille d’accueil à Saint-Jude. Et à Saint-Jude il y a une ferme, non pas un poulailler de 500 poussins comme à Notto, mais une ferme avec des centaines de milliers de poules. Je sais que tout est différent et qu’il fait froid et que la famille est loin. J’aurais gardé Codou chez moi avec tantie et bébé-hiboue. Mais je sais aussi que ça va bien aller. La mère d’accueil de Codou fait des conserves et donne du temps dans un organisme d’entraide. Il y a aussi un Sénégalais qui travaille sur la ferme, qui connait bien la réalité de Codou et même qu’ils vont fêter ensemble la tabaski la semaine prochaine.

J’ai serré fort Codou mais je n’ai même pas eu le temps de la remercier d’avoir été là pour tantie pendant son stage au Sénégal. Il y a des gens qu’on aime avant de les avoir rencontrés et lorsqu’on les rencontre, on comprend pourquoi.

Un ami m’a envoyé un article bien intéressant sur l’historique du voile. Une manière de m’éduquer j’imagine, de me rappeler que le voile est un signe de la domination de l’homme sur la femme. L’article est bien écrit, intéressant comme je le disais, mais ça ne change rien au fait que les changements ne s’imposent pas. Les changements ça prend du temps. Le meilleur moyen d’opérer des changements passe par la sensibilisation et l’éducation mais surtout, par le fait de donner l’exemple. Si l’égalité des genres est vraiment une valeur si profondément ancrée et si québécoise, qu’elle devienne une priorité. Il ne suffit pas d’avoir une femme « Premier Ministre » pour que tombe le plafond de verre (comme il ne suffit pas d’avoir un Président noir pour que le racisme s’évapore). Si l’égalité des genres est notre priorité, que l’équité des salaires soit chose faite, que la représentation des femmes dans les postes décisionnels soit réelle, que les femmes ne soient pas toujours les plus pauvres et les plus à risque de vivre dans des situations de précarité, que le gérant de banque nous prenne donc au sérieux! Enlever le voile ne change pas les valeurs qu’il symbolise. Enlever le voile n’est qu’une égalité des genres en apparences.

Et mercredi je suis sortie à la TOHU. Comme dans sortie le soir avec une jupe et une amie et c’était pas prévu!! OUuuouh! On sous-estime les petits plaisirs. Un spectacle absolument renversant (c’est le cas de le dire!) : Hans Was Heiri. Des acrobates-danseurs-chanteurs-poètes déambulent sur scène et dans une structure semblable à une roue de hamster divisée en quatre appartements. L’habitacle, qui semble tourner à l’aide d’une manivelle, alterne entre mouvement et non-mouvement, faisant en sorte que le plafond devient plancher et que les personnages sont toujours ballotés-à l’envers-en adaptation dans un cadre à risque, un cube agité. Les personnages ne cessent de nous surprendre en bougeant dans et à l’extérieur du cadre, dans une structure complexe, précise et monstrueuse d’une certaine manière. Beaucoup d’humour, d’émotions et le plaisir de voir des corps très diversifiés, voire atypiques, qui bougent de façons différentes, qui dégagent des énergies différentes. De la danse théâtrale, du théâtre ludique, des acrobaties orchestrées au quart de tour avec l’aide d’un DJ. Une proposition qui sort du cadre. Un beau moment en bonne compagnie.

Détournement de slogan

Le bonheur selon ceux qui créent nos besoins

La pub. C’est moins poétique. C’est sûr. Je me promène dans le métro. J’oublie que je suis au métro Berri-UQAM. J’oublie que le métro Berri-UQAM est une campagne de pub en soi.Le métro Berri-UQAM est plus marketing que transport, est plus clinquant que wagons et plus stratégie de pub/propagande que voyage du point A au point B. Impression de marcher dans une tévé. Pas une question de lunettes roses, mais de vue embrouillée. Comme si les agences de pub nous pensaient/souhaitaient myopes et demeurés. Des taupes-zombies qui n’utilisent le métro que pour aller travailler (pour gagner des sous) et pour aller magasiner (pour dépenser des sous). Dans cet univers où nous sommes bombardés d’images commerciales format géant – comme si, plus c’est gros, plus c’est efficace. J’imagine qu’on a des statistiques pour nous prouver que oui. – une pub m’a frappée, celle des comptables professionnels agréés. Les pubs des comptables agréés sont agressives. De fait, depuis un certain temps, on essaie de changer l’image des comptables et de nous convaincre que le comptable est un « superhéros du monde des affaires » (un peu comme les soldats dans l’armée canadienne, toujours dans la pub). Mon grand-père était comptable et il n’était pas un superhéros. Peut-être que ce n’est que lui et que mes références en matière de « comptables » ne sont pas justes. Par ailleurs, j’ai eu un cours de comptabilité cette semaine et je ne sentais pas pousser la fibre du superhéros en moi. Au contraire, je me trouvais niaiseuse et je me disais que j’aurais peut-être dû, effectivement, écouter un peu plus mon grand-père du temps qu’il était là. Oui, j’aurais dû, peut-être, écouter mon grand-père et embrasser un peu plus les mathématiques et les fichiers excel. Mais bon. Toujours est-il que je suis dans le métro et que je vois cette gigantesque pyramide de Maslow. WOW! Être comptable comblerait tous nos besoins. Besoin de dormir de boire de manger de sécurité et d’appartenance d’estime de soi de lâcher son fou d’accomplissement. Donc, être comptable = le bonheur. Ce modèle de Maslow plaît bien aux gens du marketing. J’imagine que c’est rassurant de hiérarchiser les besoins. Ce modèle, cette boîte de plus, a été construit, bien sûr, en étudiant une population occidentale. On s’en sert pour positionner les produits…. ou, dans le cas qui nous intéresse, les professions. Quand on voit ça, comment ne pas haïr la pub? En même temps, comme faire abstraction de la pub, qui nous saute littéralement aux yeux? Comment vivre sans être influencé? Par les nouveaux emballages, les nouvelles saveurs. Comment monter des projets sans se buter à la promo et aux logos? Comment devenir porteur d’un organisme culturel sans que les chiffres, l’analyse des concurrents et les stats de Google Analytics prennent toute la place? Comment devenir entrepreneur-artiste sans devenir comptable? Comment s’accrocher à la « parole vraie » plutôt que la parole marchande? Rester soi-même dans ce monde en papier mâché glacé? Être authentique sans se faire blanchir les dents? Concilier nos humanités et ce monde de moins en moins humain?

Je ne vois qu’une solution…. devenir funambules! Vous avez autre chose à me proposer?
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Entendu dans le film L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz (à 1h17)…
« […] et tous ces morts pour une seule raison. Pour le nickel qui couvrent toutes les montagnes de le grande terre et qui ai traité à Noumea. Ce nickel sans lequel vous ne connaîtriez même pas notre existence. Cette terre rouge que des ancêtres nous ont volé contre un paquet de cigarettes et une bouteille d’alcool. Ce nickel pour lequel vous ravagez notre terre. Vous polluez notre air. Notre mer. Ces mines par lesquelles vous avez injecté vos poisons dans notre sang. L’argent. La drogue. L’alcool. Cet argent qui dirige chacun de vos pas. Qui différencie les bons des méchants. Qui vous enferme dans vos villes dortoirs. À ne vivre que pour en gagner plus. Quand vous aurez transformé la planète en argent, les derniers survivants de votre apocalypse, ce sera nous. »