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Chronique

Ces ficelles qui nous lient

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Vickie Gendreau est morte hier matin. Celle dont on a tant parlé, parfois tellement bien, de manière tellement intense et touchante. Vickie Gendreau est morte à 24 ans d’une tumeur cérébrale. Roulette russe débile, 1-2-3 cancer. L’auteur de Testament, publié au Quartanier et écrit dans l’urgence d’une vie en sursis. Morte un peu plus d’une semaine après la mise en lecture de Drama Queens, roman à paraître à titre posthume. C’était à l’Espace libre, avec la famille et les amiEs poètes. 24 ans c’est trop jeune pour mourir. Et c’est trop jeune pour perdre une amie. Le 30 avril dernier j’aurais beaucoup aimé aller à la lecture publique, non pas pour voir Vickie Gendreau que je ne connaissais pas, mais pour entendre Érika Soucy. Je n’étais pas trop à l’aise avec l’idée d’assister à la « pièce ». J’aurais eu l’impression d’être voyeuse du mélodrame, de la mort annoncée. J’aurais eu l’impression d’être dans la cuisine de l’auteur, sans invitation, de manger les sandwichs pas de croûte de Catherine Cormier-Larose et de boire les larmes de Mathieu Arsenault. Décalée, le chien dans le jeu de quilles. Mais j’aurais don’ voulu être là pour entendre les mots de Vickie dits par Érika. Parce que ça prend tellement de courage pour lire les mots d’une amie qui meurt. Beaucoup de courage et beaucoup d’amour.

Je n’y étais pas parce que je devais faire une présentation en classe devant un groupe d’une vingtaine de femmes-artistes de disciplines diverses. Parmi ces merveilleuses femmes passionnées, Geneviève « les beaux yeux », qui elle aussi venait de perdre une grande amie à cause du cancer. La fille en question, Élise Leroy, avait la jeune vingtaine aussi. Geneviève me racontait comment son amie était allée à l’hôpital à la suite d’un accident (de vélo? de voiture?) et que des examens avaient révélé la maligne. Arrivée à l’urgence sous un prétexte et repartie avec une sentence de mort, il y a de cela à peine quelques semaines. Geneviève avait passé la fin de semaine dans le bois à apprivoiser son deuil. Elle avait les yeux tristes, mais personne n’aurait pu deviner qu’elle avait perdu une amie proche si elle n’en avait pas parlé. Triste mais forte. Je me disais : « coudon’ tout le monde meurent comme des mouches! » Je me disais que je ne connais pas ça la mort, n’ayant perdu que mes grands-parents. Je me disais que la seule personne de mon âge que j’ai connu et qui n’est plus, c’est Steeve Michaud.

J’ai travaillé avec Steeve Michaud pendant 5-6 ans et ensuite nos routes se sont séparées. Steeve avait déménagé à Rimouski où il était directeur d’un laboratoire de recherches pharmaceutiques. Il avait un jeune garçon, il faisait du sport en plein-air, prenait soin de sa santé mentale et physique et puis BANG, je vous le donne en mille, cancer! Comme je l’ai raconté à Geneviève la semaine dernière, j’ai appris que Steeve est mort en même temps que j’ai appris que j’allais donner naissance. La vie – la mort.  J’étais chez moi, j’avais acheté un test de grossesse et mon feeling était que j’étais enceinte. Pis je me disais : « est-ce que je veux vraiment être enceinte? Est-ce que ça serait une bonne nouvelle? Ça fait 10 ans que je veux un bébé, mais déjà ça s’annonce compliqué. Le papa déborde pas de joie ni d’amour. Il a la tête ailleurs, il brille par son absence comme qui dirait. Tout ceci est tellement souhaité et encore plus… imprévu. Tellement, que j’y croyais même pus. Je sais ben que ça aurait été une bonne idée de fréquenter le papa assez longtemps pour savoir ce qu’il met dans son café avant de faire des bébés. Pourquoi je fais toujours toutt dans le désordre? Pourquoi je prends des cours d’espagnol après un voyage au Guatemala plutôt qu’avant? Pourquoi j’ai le goût de boire du café avant de me coucher? » Et c’est à ce moment que j’ai reçu le courriel qui m’annonçait la mort de Steeve…

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Ce courriel était comme un coup de poing dans face. La mort qui se rapproche, qui te nargue, qui te rappelle que personne est immortel. J’avais tout à coup une espèce d’urgence [de devoir] de vivre maintenant. Pis je me disais que, finalement, c’était une bonne idée de faire des enfants. Ça tombait bien…. puisque le test était positif le lendemain matin.

Parfois j’ai l’impression, encore aujourd’hui, de croiser Steeve. Ça ne dure que quelques secondes et puis je me souviens qu’il est mort. Trop tôt. Je vais aller m’acheter Testament et le lire en tutu rose pis ensuite je vais peut-être me remettre à faire des enfants. Comme une roulette russe débile, 1-2-3 cancers, comme un bingo macabre. L’aléatoire qui frappe pis qui jette à terre tout un réseau immortel qui tient par des ficelles. La vie – la mort. Les petites lueurs-mémoires qui s’allument comme des flammes de chandelles, pis qui vacillent pas, protégées du vent, par en dedans. En ce moment tout est en fleurs à Montréal, des lilas, des pommetiers. Des bouquets géants pour des mamans qui ont perdu un enfant. Trop tôt. La maman de Steeve Michaud, d’Élise Leroy et de Vickie Gendreau. La mort. Mais avant, faisons lui un gros pied de nez, la vie exagérée, le baroque rythme de vie, gros rire gras – collections d’émotions trop fortes – poésie comme mode de survie. Tins toi!

Chronique

Dis-moi c’est quoi ta toune?

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Il était une fois une communauté en Afrique où l’origine d’un enfant est associé non pas à sa naissance, mais au moment où a germé « l’idée de l’enfant » chez sa mère. Cette dernière attend sous un arbre d’entendre la chanson de l’enfant à naître. Elle apprend cette chanson au futur père de l’enfant, puis à la sage-femme et aux vieilles. L’enfant qui naît est accueilli par sa chanson. Petit à petit, la chanson est transmise aux gens de la communauté. Cette chanson est chantée à l’enfant lorsqu’il fait un bon coup ou un mauvais coup, lors des transitions importantes de sa vie. Cette chanson accompagne l’enfant pour lui rappeler qui il est. La tribu sait que le blâme ne corrige pas les gestes délinquants, mais plutôt l’amour et le souvenir de sa propre identité. Une fois en harmonie, en accord avec notre nature et notre propre chanson, semble-t-il, nous rayonnons. Que ça aille bien, que ça aille mal, chantons! Anyway, comme le disait Beckett, « quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter. »

Parce qu’on peut écrire de manière décousue qu’on écrive de jour ou de nuit. Parce qu’il y a des choses qui ne changent pas. Parce que nous changeons si peu… jamais. Parce que je suis tombée sur cette page de Juxtapoz Magazine qui présente le travail de la photographe Irina Werning « Back to the future ». La photographe recrée des moments du passé captés sur pellicule. Elle juxtapose de vieilles photos mettant en scène des enfants avec de nouvelles versions stagées à coups de décors, de costumes et d’attitudes similaires. La particularité des photos est de mettre en scène les mêmes sujets devenus adultes. On ne change pas. Mais on chante. Je regarde ma Mathilde qui vient d’avoir onze mois et je vois déjà en elle la grande fille. Je la vois devenir cette personne à 88 miles à l’heure. Et je ris encore de cette photo du monsieur chauve dans sa chaise haute avec un Playboy. Irina Werning.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=lfnAb11wKQc?rel=0&w=420&h=315]

Ça donne le goût de jouer le jeu, de reprendre une scène, un snapshot classique. Je voudrais revivre ce moment capté où je dors sur l’épaule de mon petit frère. Je trouve cette photo si touchante et il me semble que la nouvelle version, avec moi à l’aube de la quarantaine et mon frère devenu plus grand que moi le serait tout autant.

“two people who were once very close can
without blame
or grand betrayal
become strangers.
perhaps this is the saddest thing in the world.”
– Warsan Shire

Et de lire via Poème Sale que Warsan Shire a gagné le premier prix de poésie africaine de l’Université Brunel. Un prix qui vise à célébrer et à contribuer au développement de la poésie africaine. Comme on n’entend pas parler de poésie africaine trop trop souvent (on n’entend pas trop trop parler de poésie tout court!) on se réjouit de la nouvelle.

Et de lire via Marie-Anne Paveau que des poèmes de Maya Angelou illustrés par Basquiat ont été publiés en 1993!! Un livre jeunesse qui traite du courage que nous avons tous en nous pour affronter nos peurs. Life doesn’t frigthen me, des dessins magnifiques et des mots pour aborder le concept de résilience.  

Entendu à la radio : « le cou est la porte du vent. » Je me demande si la médecine chinoise est toujours aussi poétique?

Citation de la semaine : « j’ai d’la misère à attendre que l’eau bout pour mettre mes pâtes, penses-tu que j’vas attendre le reste de ma vie avant d’te frencher. »

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À noter : les statistiques c’est bien, mais pas autant que l’humain. LUNETTES ROSES cherche de nouveaux arrivants à interviewer pour un projet d’écriture sur la rencontre avec l’Autre – les beautés/difficultés du « vivre-sensemble » – la déshumanisation du système d’immigration. Vous êtes au Québec depuis moins de cinq ans? Vous avez des choses à dire sur l’identité, la communication interculturelle, l’intégration? Vous avez une heure à partager pour nourrir un texte en processus de création? Écrivez-nous à noslunettesroses@gmail.com. Et SVP faire suivre dans vos réseaux pour diffuser l’information. Merci.

Pis…. c’est quoi ta toune? C’est quoi ta musique?

Chronique

Journée mondiale de la poésie

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=xb12MSqnkTI&w=420&h=315]
L’an dernier à pareille date ou presque, nous marchions sur Saint-Joseph en criant Saint-Denys Garneau aux passants. Cage d’oiseau avec Marceau, Ouellet, Lamarre, Désy et compagnie. Cette année Sophie Durocher s’énerve le poète de la cité, le Éditions de la Tournure marathone et le Mois de la Poésie célèbre Sylvie Nicolas. Pendant ce temps j’ai le « nous » plus intime et je détricote des couches sales. C’est même pas le printemps, mais avec des lunettes roses on peut se faire accroire n’importe quoi. L’an prochain je te promets d’avoir la Journée mondiale plus poétique. Je t’enregistre des messages téléphoniques en rimes, je peinture des vers sur les nouvelles tulipes ou j’imprime des poèmes dans la neige fraîche à côté des traces de semelles de bottes.

En attendant, je me réjouis de savoir que la délicieuse Sophie Poifol, qui prépare ses valises pour l’Argentine, va nous faire suivre les photos et les textes de sa dernière exposition, présentée au Café Babylone et à la Barberie en 2012. Pour te mettre l’eau à la bouche…

ΧАИДЕ !
ΧАИДЕ, ça vaut dire Allons-y! Let’s go! Andiamo! Vamos!
Ça veut dire partons d’un seul coup! Foutons l’camp! Disparaissons!

Là-bas, en Bulgarie, on était sept dans une maison jaune toute foutue.
En fait on était douze à être venus pour voir.
Mais en vrai on était bien plus nombreux que ça.
Voyageurs novices, volontaires enthousiastes,  aventureux perdus, bénévoles de passage, on a fait de notre mieux avec ce qu’on avait et c’était beau.
Il en reste des images, des bouts de textes à découper et dessins en pointillés.

Images et textes à suivre…. « Il aura mon âme au bec. »