Archives de catégorie : Ateliers

LE TIERS LIVRE – ATELIER D’ÉTÉ 2019

– pousser la langue

Non seulement le site est un labyrinthe de trésors, mais le thème de l’atelier d’été 2019 était « pousser la langue ». Encore une fois, plusieurs contributeurs ont participé et une plateforme WP rassemble l’ensemble des propositions d’écriture. Une invitation à travailler la matière première de l’écriture, mais aussi, à voir comment les écritures peuvent s’interpeller, se répondre, entrer en résonance. L’expérience dépasse le carré de page ou d’écran puisqu’elle est collective. Au-delà des textes publiés, des commentaires échangés et des liens qui se tricotent entre les écritures et entre les individus. C’est beau!


mes textes en réponse aux différentes propositions :

[3] sachet de thé *5

Dans nos tasses de thé il y aura toujours beaucoup plus que du thé; il y a nos visages apeurés et aimants.

1. sachet de thé ­> papier > enveloppe > infusion > histoire de Bodhidharma > partout pareil pas pareil > noms > Rosette Red Rose > visages > rituels réconfort > amer comme la vie > fort comme l’amour > doux comme la mort.

2. Petit sachet en papier comme une page ou une interface infusée à décrypter. Objet délicat, peut être en soie, fermé, cacheté, mais translucide, une mousseline repliée sur un vrac, une enveloppe diaphane pliée brochée, un origami botanique ou alimentaire, élémentaire. Et pourtant c’est un objet usiné (comme il peut être artisanal). À l’intérieur : des feuilles séchées, passées de mains en mains. Cueillette > flétrissage > dessication > roulage > séchage > tamisage. La préparation du thé diffère d’un pays à l’autre, mais dans tous les cas l’eau et la chaleur sont présentes. La chaleur et l’eau permettent aux feuilles de gonfler et de dégourdir leurs saveurs. Il y a le buveur immobile devant le thé en mouvement, les feuilles passées de mains en mains. À l’origine, la légende de Bodhidharma : on dit que le moine avait fait vœu de ne pas dormir. Après plusieurs années passées à méditer, Bodhidharma se serait assoupi. À son réveil, furieux, il se coupe les paupières. Les paupières tombent au sol et font naitre le théier, dont les feuilles ressemblent à des paupières. La plante est reconnue pour stimuler l’attention et peut accompagner celui qui cherche l’éveil. Le thé pousse et est bu partout dans le monde, mais partout il n’est pas consommé de la même façon. Avec lait > sucre > citron > menthe > épices > fleurs. Les noms de thés font référence à des lieux (Darjeeling) ou portent des images et une poésie (Gunpowder, puits du dragon…). Il y avait Rosette qui buvait du thé Red Rose. Elle gardait toujours la poche de thé pour faire une seconde infusion. Les mains de Rosette n’ont pas cueilli le thé, mais elles ont cueilli des fraises des champs et des légumes de jardin. J’ai vu ma grand-mère Rosette boire le thé, j’ai bu le thé avec Ahmed et Chloé, je l’ai bu avec des inconnus parce que j’y étais invitée et qu’on ne refuse pas une invitation à boire le thé, j’ai vu les professeurs se cotiser pour acheter une boite de thé, j’ai bu du thé au travail pour me calmer. J’ai surtout bu du thé avec mon amie Sophie.  

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LE TIERS LIVRE – ATELIER D’ÉTÉ 2018

– construire une ville avec des mots

Non seulement le site est un labyrinthe de trésors, mais le thème de l’atelier d’été 2018 était « construire une ville avec des mots ». Plus de 100 contributeurs ont participé au projet! Ainsi s’échafaudaient, en parallèle et au fil des propositions d’écriture, des mondes qui se répondaient. J’aimais faire des allers-retours entre mon projet de ruelles et cette ville tentaculaire. J’aimais passer de l’écriture à la lecture et vice versa. J’aimais découvrir ou redécouvrir des auteurs à travers les propositions de lectures de François Bon, qui s’intéresse à la ville depuis longtemps et qui nous la fait (re)découvrir en (re)lisant Perec, Sarraute, Calvino, Michaux… Qui nous la fait redécouvrir en nous amenant à revenir en arrière, à regarder de tous les côtés, avec tous les sens, par jour de pluie, dans le mouvement et dans l’attente, en observant les silhouettes qui passent et même en bégayant! On peut se promener aléatoirement d’un auteur à l’autre avec le lien « découvrir un autre auteur ». Une façon de dériver en lectures et de laisser le hasard nous faire retrouver des auteurs déjà appréciés, découvrir quelqu’un qui partage le même amour des quenouilles ou apprécier la poésie des images d’une ville lointaine qu’on a l’impression de porter en soi.

Réfléchir d’abord à là où on est immobile, même provisoirement, même un instant, mais de façon répétitive dans le quotidien, pour regarder la ville : devant une fenêtre, à l’arrêt de bus, à un feu rouge, sur un banc, ou là où on prend le pain, à la caisse d’un supermarché… C’est une suite d’endroits où on attend brièvement, même quelques dizaines de secondes, pourvu que répétées presque au quotidien : il suffit de penser à ce qui revient régulièrement au fil des jours s’immobiliser à un endroit précis pour déceler ces points d’arrêt même très fugaces, pour qu’apparaisse son territoire personnel dans la ville, et un nouveau portrait de cette ville.
– Bon,Tous les mots sont adultes, p.64


mes textes en réponse aux différentes propositions :

[1]

Marcher. Traverser cette frontière qu’est le chemin de fer entre les deux quartiers de la ville. S’assoir dans un parc et manger son sandwich. Regarder l’espace environnant avec une impression de déjà-vu. Elle a déjà été ici. Elle a déjà vu ce parc d’un autre point de vue. Mais est-ce bien ce parc ? N’était-il pas plus petit vu de la rue qui le borde au nord. Elle se lève. Chercher de nouveaux repères. Se déplacer vers l’intersection, se déplacer vers l’arrêt de bus. Son arrêt de bus à elle. Elle a déjà habité ici, tout près. Ce parc était son parc. Ces lieux étaient les siens. Il y a dix ans. Aujourd’hui, tout est à la fois différent et inchangé. Son ancien appartement est bien là. Elle y revient. L’épicerie d’en face a fait place à un service de garde pour enfants. Elle se demande qu’est devenu l’épicier ? Qu’est devenu ce monsieur, qui faisait partie de son quotidien à l’époque au point d’en être un pilier familier. Constater que la mémoire a enregistré une copie de la réalité en léger décalage avec la réalité. Réaliser que tout n’a pas changé sinon soi. Voir toutes les maisons habitées pendant dix ans en surimpression : un appartement avec le trou d’une balle de fusil à plomb dans la porte vitrée – une chambre d’où l’on voit le fleuve par la fenêtre – un logement partagé au-dessus d’une boulangerie — une folie avec une nouvelle famille élargie dans un nouveau pays brûlant – une colocation salutaire — un retour au bercail. Elle qui n’avait jamais franchi la frontière du chemin de fer du temps qu’elle habitait le nord de la ville. Une nouvelle pièce du puzzle se dessine. Recroiser à pied le chemin de fer vers le quartier plus au sud. Avancer dans les traces des sutures de la ville. Se rapiécer en même temps.

[2]

Difficile de cadrer le vent. Le lieu est visible d’abord du nez. Une odeur qui contient tous les temps jusqu’à ta (re)naissance. Cette odeur qui monte à la tête et qui traverse tout le corps enfin immobile. Le seul endroit où se poser parce que le mouvement est devant soi, à l’extérieur de soi, en ravages qui s’échouent sans cesse. En successions de couches de sens qui se sont sédimentées depuis cent mille ans. En lumière et en chants qui se laissent entendre si on patiente assez longtemps. Un chant qu’on peut aussi entendre à l’heure de pointe sur l’autoroute lorsque les yeux fermés. Le chant de l’agitation. L’odeur aussi peut revenir en mémoire aux moments les plus inattendus. Un rappel constant du lieu. Un appel. C’est un endroit au mille visages visités, aux milles noyés et aux pirateries espérées. C’est un espace envisagé comme un débordement.

Un panoramique filé qui fixe tous les âges, tous les genres, tous les doutes dans un coucher de soleil. L’obscurité ou le flou ou les yeux qui se tournent vers l’intérieur. La mince ligne qui sépare le ciel et la terre s’efface en les faisant se confondre. Tourbillons des aquarelles brunes ou grises ou orange. Trombes. Et puis un élément d’humanité, peut-être un bateau, un enfant, un bois brûlé. Des strates successives de pigments mais l’ensemble demeure diaphane. Le lieu goûte les larmes, les roches. La démesure même dans l’arrêt sur l’image. Le berceau multiple se déplie en spirales concentriques dans ta gorge asphyxiée.

Turbulence. Laminaires. Fenêtre. Poêle à bois. Odeur de tabac. Butte. Fraises des champs. Marais. La shed.

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Le Tiers Livre – Atelier d’été 2017

– et si je vous dis « personnages » ?

Si vous ne connaissez pas le site de François Bon, Le Tiers Livre, voici le lien ici pour y remédier. On y trouve mille choses, notamment des ateliers d’écriture en collectif en ligne. Le thème de cet été est « personnages ». Comme j’avais passé l’année dernière avec Javotte de Simon Boulerice, à me poser toutes sortes de questions…

  • Comment donner de l’épaisseur à un personnage?
  • Comment un personnage peut être l’origine et le moteur d’un texte?
  • Comment les personnes-personnages qui nous entourent peuvent nous inspirer?
  • Comment un même personnage peut être la somme de plusieurs traits appartenant à des personnes-personnages qui nous entourent?
  • Comment ma propre voix s’entremêle (ou pas) à celle de mes personnages?
  • Quels monologues habitent mes personnages?
  • Comment les personnages ont leur logique interne personnelle et comment ils dictent le déroulement narratif (ou pas)?
  • Comment sortir de la narration et de la description et faire parler les personnages de façon crédible?
  • Comment les personnages entre en relation avec les autres personnages, le lecteur, le narrateur, leur auteur?
  • Comment la création d’un personnage peut être l’occasion (ou pas) de faire entendre des voix marginales?
  • Comment la question du porte-parole est sensible et comment la ligne est mince entre prêter sa voix pour faire entendre des discours marginaux et parler à la place de l’autre sans même s’en rendre compte?

Je cherchais de nouveaux pré[textes] d’écriture et je trouvais intéressante cette idée de propositions autour d’un même thème. J’aimais aussi l’idée de pouvoir écrire à mon rythme et de participer à une aventure collective, qui donne naissance à une galerie impressionnante de personnages. En prime des découvertes d’auteurs, de livres. De la matière à réflexion. C’est par ici pour découvrir les exercices et les contributions.


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