Bébé-hibou OU penser la nuit

2013-04-09-14.23.42_webC’est la nuit. T’endends keuf-keuf! Ça tousse. Re-keuf-keuf! Tu te dis : « merde, la petite va se réveiller. » T’attends en te cachant en dessous des couvertes. T’entends Mouaaaaaouaaaa! Ça braille. Tu te lèves. Bébé-hibou bien réveillé. Tu la couches dans ton lit avec toi en te disant que peut-être qu’elle est pas réveillée tant que ça et qu’elle va se ré-endormir dans tes bras comme par magie. Tu penses. Ta tête traversée de pensées. Tu trouves que ça se tempête le verre d’eau à cause d’un « tabernacle » dans un livre pour enfants. C’était ton commentaire sur facebook pour alimenter la discussion : « Tempête dans un verre d’eau. Une de plus. Pas de sacre, pas de nudité…. on veut pour nos enfants une représentation du monde lisse, lisse, lisse. De la réglisse artistique. » Pis t’entends bébé-hibou qui chante. Là tu sais qu’a va pas s’endormir tout de suite. Tu sais qu’elle est bien réveillée. Comme si elle avait fait une bonne grosse sieste et qu’elle était prête à jouer ou à grimper debout partout. Tu te dis que tu te garocherais pas dans une librairie pour acheter un livre rempli de sacres, mais que t’appellerais pas non plus l’éditeur et les médias pour porter plainte et monter aux barricades à ce propos. Il te semble qu’il y a de meilleures raisons de monter aux barricades. Bébé-hibou essaie de se lever en s’agrippant aux barreaux de la tête de lit. Il est 1 heure du matin. Tu dis : NON! Là ça va faire tabarnack, tu vas dormir, c’est la nuit. » Tu la couches, tu lui donnes sa poupée. Elle continue de chanter. Tu repenses à ta surprise en analysant les stats wordpress. Ta surprise quand tu t’es aperçu que quelqu’un était tombé sur ton site en tapant : « qu’est-ce qu’un bourgeon dans le langage des mines ». Tu trouves ça poétique. Tu te dis qu’il y a un poète-mineur à quelque part qui lit ton blogue (pas un poète mineur dans le sens de pas important, un poète mineur dans le sens zolaesque – Germinal – ouvrier). Bébé tourne d’un bord. Bébé tourne de l’autre. Tu penses aux premières photos d’Argentine publiées par Bellou et Fonfec. L’arme d’instruction massive. Une bibliothèque ambulante en forme de char d’assaut qui fait le tour des rues de Buenos Aires. Tu trouves que ça c’est cool.

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T’entends bébé-hibou qui se retourne dans sa bassinette pis tu te dis que c’est pas un bébé qui est en train de s’endormir que t’entends. Tu te dis que ça fait longtemps que père-inconnu a pas donné de nouvelles pis tu trouves ça triste pour la petite. Tu pleures un peu pis ça te surprend. Bébé-hibou recommence à pleurer aussi. Tu la reprends. Tu lui donnes de l’eau. Tu t’assois dans la chaise berçante pour la bercer. Tu vois deux grands yeux noirs qui t’observent. Tu te dis que ça doit faire au moins 40 fois que tu dis tabarnack dans ta tête. Peut-être même que tu l’as dit à voix haute une fois ou deux. Tu te dis que t’es une mauvaise mère, mais tu ne le penses pas. Ce qui t’amène à repenser encore une fois à ta nouvelle culpabilité de mère. Tu sais que tu en connais l’odeur. L’odeur de la culpabilité de mère c’est l’odeur qu’a ton enfant quand il revient de la garderie, c’est l’odeur de la gardienne. Pis t’as pas eu le temps de travailler tes textes. T’étais occupée avec la Cdéc, pis la purée de patates douces, pis aller te faire couper les cheveux (la deuxième fois depuis que la petite est née). Tu sens que les paupières plient. Les tiennes. T’es trop contente de la découverte via Alexie Morin du livre Go the f**k to sleep. Tu te note à moi-même  : lire Chien de fusil.

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Tu te dis que l’auteur a écrit ce livre juste pour toi. Juste pour toi maintenant. Pis que t’ai comme dans la scène d’Amélie Poulain où tout le monde jouit en même temps à différents endroits de la ville, sauf qu’on lieu de baiser (ça c’est la voisine d’en haut), t’as un bébé qui dort pas dans tes bras. Et que dans la ville il y a plein de bébés qui dorment pas. À cause de leurs dents ou d’un rhume ou d’un bruit ou d’un mauvais rêve ou que le nez leur pique. Plein de bébés-hibous et de parents cernés mais heureux. Pis à ce moment-là, la petite s’endort. Enfin tabarnack*. *Mot québécois signifiant l’étonnement. 2h28AM.

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