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Pensées en vrac sur la question de la voix…

volée d'oiseaux

Je ne sais pas si ce que j’écris est bon, ni même intéressant. Mais c’est une voix. Une voix qui s’accroche et se tisse à d’autres voix réelles ou imaginaires, qui est traversée d’influences et de connivences intertextuelles. J’utilise parfois l’image de la ventriloque pour parler de cette impression qu’écrire peut être une manière de laisser d’autres voix traverser son écriture. Un bel article de Marie-Anne Paveau sur la question du « parler pour » ou du « parler à la place de » m’a fait réfléchir :  Parler du burkini sans les concernées. De l’énonciation ventriloque

Il n’est pas question dans cet article du travail d’écriture d’un auteur, mais plutôt, de l’analyse de discours médiatiques et de la position d’énonciation particulière du « je sais ce que vous dites ». L’auteur fait ressortir l’importance de faire une place aux voix des « concernées » et de les entendre. Alors je me disais qu’il est délicat de travailler à partir de récits et que, malgré mes bonnes intentions et mon désir de porter des paroles qui me semblent peu-ou-pas entendues, je vois ici le danger de s’auto-proclamer porte-parole et de tenter de faire passer son propre message en utilisant la voix des autres. Dans cet exercice de raconter ou de rapporter, ma voix n’est jamais neutre. Il est peut-être illusoire dans ce contexte de vouloir prêter sa voix, porter des voix…?

The problem of speaking for others includes the problem of speaking about the other, as if, in bell hook’s (1990) words,  » I can talk about you better than you can talk about yourself » (p: 152). – Rakow et Wackwitz, Voice in feminist communication theory (2004)

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Conversation de jardin

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l’homme: – vous êtes une artiste!

la femme: – je sais pas…

l’homme: – tout le monde est artiste. Vous avez vu les jardins Gamelin…? Ça prend des artistes pour créer des plates-bandes comme ça. Il y a toute une section de plantes comestibles… de la verdure-en-ville, des sentiers de copeaux de bois qui mènent vers des framboisiers, de la mélisse et de la sauge.

la femme: – oui je sais. C’est ce que je dis tout le temps, lors des bons jours, que chacun est un peu artiste à sa manière.

l’homme: – vous faites quoi?

la femme: – je joue du piano, j’écris parfois…

l’homme: – justement, je voudrais composer de la musique de films. Vous pourriez m’aider…

la femme: – vous savez, je ne voudrais pas faire de promesses que je ne tiendrai pas. Je ne vais pas vous aider, parce que j’ai moi-même besoin d’aide. Continuer la lecture de Conversation de jardin

Cher fleuve

Les amiEs du Collectif Escargo ont fabriqué une oeuvre en forme d’archipel au village au Pied-du-Courant.
Ils m’ont fait l’immense privilège d’y intégrer des extraits de ce texte-ci…

 

j’ai oublié
notre vie, pleine d’horizons
rapproche-toi, je vieillis
insulaire, je t’enlace
cher fleuve
cher amour
continue là ton sommeil d’écumes
revêts-nous d’un archipel de phares rouillés
d’un bateau sorti d’un film muet
un steamboat dévorant des chardons brumeux
les îles racontent toute notre vie
en fragments qui courent à la dérive
morceaux de paysages intimes
s’échouent au pied du courant décomposé
en milieu dunaire
avec laitues de mer, ascophylles noueuses
laminaires, quenouilles et mousse crépue

 

et enfin, toi
ton écho mort scintillant
aussitôt l’onde entraperçue
j’ai chanté ton estuaire, ta grève et tes bois de mer
les cernes de sel étalés en strates
branchies et nageoires turgescentes
danse-moi sous-marine
et j’agrippe le mouvement de tes marées tardives
et je réintègre ma peau raturée
entre les parenthèses de tes bras amoureux
là, contenance éphémère sous perséides
dans l’eau qui grouille avec le vent tonitruant
perdre le temps soufflé
gamine animée, graminée de bord de mer
dans le foin des dunes
les rosiers sauvages
les genévriers et les mains-de-mer palmées

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Se faire une opinion tranquillement…

Avertissement, ce texte est décousu…

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Je devrais te parler d’acoustique musicale, c’est le cours dans lequel je suis inscrite en ce moment. Un cours qui fait saigner du nez, littéralement. J’entends de moins en moins mon cerveau se recroqueviller sur lui-même chaque mardi après-midi, alors qu’il est question d’impédance, d’intensité… de résistance. Je devrais t’en parler et surtout, je devrais être en train de l’étudier, puisque j’ai un examen la semaine prochaine. Mais, je procrastine et je lis cet article passionnant sur l’éditorialisation, écrit par mon futur directeur (non-j’ai-pas-encore-envoyé-le-formulaire) de projet. Parce que je suis gentille, je vais te glisser ici quelques extraits pour te donner le goût d’aller lire l’article au complet. Désolé… c’est en anglais!

En fait, la question qui m’intéresse particulièrement est celle de la « représentation » versus le « performatif ». Est-ce que l’écriture n’est vouée, pour toujours, qu’à représenter-nommer le monde (être une pâle copie, morte, du monde) ou peut-elle participer à le créer, à l’élaborer sur un mode plus performatif? Dans l’article en question il y a des pistes de réflexion. Dans l’introduction, l’auteur rapporte la critique de Paul Valéry face à la philosophie et de manière plus générale, à l’écriture.

This critique of philosophy is, more generally, a critic of any form of writing: writing means making still what is moving. Written words are frozen frames, inert corpses that only represent the moving bodies that populate reality. Valéry aspired to be a writer of movement, an architect more than a writer.

Behind this forceful critique of philosophy and writing in general lies a more global critique of the representational paradigm: representations are only imitations of reality, but these imitations are frozen frames of moving life, and therefore useless and fake.

The question that I want to take up in this paper is whether digital writing can be described in the same way. This is an important consideration because digital technologies are in fact based on writing. The web is constructed by writing. Everything on it is written – including images and videos, which are expressions of code and exist only as strings of characters. Writing is the actual material of digital space. But what kind of writing is the writing of digital space? Is it different from the kind of writing that is criticized by Valéry? And what is the relationship between writing and philosophy in the digital age?

L’article démontre ensuite comment l’espace numérique est un espace réel. Dans cet espace « digital », notamment sur Internet, l’écriture occupe une place prépondérante. Enfin, l’auteur fait la démonstration que l’espace numérique opère dans le paradigme d’un mode « performatif » (avec définition à l’appui). Selon lui, l’espace numérique n’est pas une représentation du réel, mais une façon singulière de produire et d’organiser la réalité (je simplifie).

Honnêtement, je ne demande qu’à être convaincue, mais j’imagine que ma conception de l’écriture « résiste » aussi ici. Je conviens que le web est (THE!) l’espace d’écriture par excellence, que ce qui s’y passe, même les images et les sons, sont du code, donc de l’écriture. Je trouve franchement poétique l’idée de l’éditeur-architecte et de l’espace qui se construit à travers différentes  connexions, à la manière d’une trame, avec une hiérarchisation (quand même) des éléments qui la composent. Cet échafaudage d’écriture me fait (re)penser à certaines images du film The Matrix, où les 0 et les 1 finissent par se matérialiser. Ça me renvoie aussi au film vu dernièrement La Sapienza d’Eugène Green, qui met en lumière le travail de l’architecte baroque Francesco Borromini.

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tatouage collectif – vers 33/102/163

Aujourd’hui j’avais une belle surprise dans ma boîte courriels : 3 nouvelles photos de marcheurs tatoués. Je dois avouer que je trouve ça particulièrement touchant quand des gens se font tatouer en groupe, ici nous avons trois amies. Le tatoueur est Normand Ouellette de chez totem et tabou http://totemettabou.com/. Vous pouvez visualiser l’ensemble des tatouages du projet sur mon flickr par ici et n’oubliez pas de me faire parvenir vos propres photos si ce n’est déjà fait.

Amélie Prévost [no33 – nous n’irons plus mourir de langueur]
Marie-Aude Ardizzon [no102 – de toutes les mers en fleurs de manne]
Catherine Prévost [no163 – ma force noire du bout de mes montagnes]

marieaudeardizzon_web amelieprovost_web catherineprovost_web

 

Les fleurs à -40

OLYMPUS DIGITAL CAMERASaint-Valentin frileuse. Un homme marche rapidement avec une douzaine de roses dans les mains. De quoi auront l’air les fleurs une fois à la maison? C’est beau d’être optimiste, mais… Ça me rappelle la fois où je courais avec une bouture fraîchement empotée vers l’autobus dans un froid glacial. La plante se flétrissait avant même que j’aie fait un coin de rue. Je courais, paniquée, avec la plante dans mon manteau en lui parlant. Une autre de ces fois où j’ai eu l’air débile dans un lieu public. La plante est toujours chez moi et se porte mieux que jamais. Ça a l’air que la vie est plus forte que la mort… mais à la fin tout meurt quand même… #resistance-jovialiste

Les premiers hivers

P1010214_webC’était mardi entre Noël et le Jour de l’An, non?… en nous levant nous avons découvert une épaisse couche de neige de notre fenêtre. C’était juste après avoir lu un article du Devoir publié sur le fil d’actualités FB d’un ami. Dans l’article en question, on établit un rapport entre l’amour de l’hiver et le degré de québécité…

« Peut-on en vouloir à des hommes qui ont souffert de l’hiver de vouloir le mettre à distance pour la suite de leur vie ? À en croire Louis-Edmond Hamelin, penseur de la nordicité, ce sont surtout les jeunes qui aiment aujourd’hui l’hiver. Ce serait à peu près 35 % de la population qui accepte l’hiver. Au médecin et écrivain Jean Désy, Hamelin expliquait par ailleurs que cette portion de la population lui apparaît comme des « gens près de leur pays, car, en réalité, accepter l’hiver, c’est accepter la québécité. Ce n’est pas une fantaisie, l’hiver ; c’est une réalité, un objet qui est là de façon récurrente chaque année. Quelqu’un qui aime l’hiver a, à mon avis, un degré de québécité plus élevé que celui qui passe son temps à le détester. »
– Jean-François Nadeau

Bon…. toujours au chaud, je me disais que moi… ben… oui… j’ose le dire… j’aime pas l’hiver! Ou plutôt, je lui préfère l’été, l’automne et le printemps. Je sais que c’est impensable de dire une chose pareille. C’est comme d’avouer qu’on n’aime pas Proust à des littéraires (j’aime pas Proust!). À la limite, une telle affirmation est pardonnée à de nouveaux arrivants, mais si t’es né ici, nécessairement la tolérance au froid fait partie de ton ADN. Ben oui… mais non!
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